Le président Abdelmadjid Tebboune a félicité trois jeunes Algériens pour avoir obtenu « la première et la troisième places » à l’International Mathematics Competition for University Students (IMC 2026), organisée en Bulgarie. Les performances sont bien réelles et méritent d’être saluées. Le classement annoncé, lui, ne résiste pas à la vérification.
Le président Abdelmadjid Tebboune a félicité Chams Eddine Abdelali Derreche, Mohamed Amir Benmelouka et Haithaim Idriss Ait Hamadouche pour leurs résultats à l’IMC 2026. La page officielle de la présidence a relayé le message publié sur le compte du chef de l’État.
Le classement officiel de la compétition ne confirme pas cette présentation.
Chams Eddine Abdelali Derreche a obtenu 72 points et termine dans le groupe classé 18e-20e ex æquo. Il reçoit bien un First Prize. Mohamed Amir Benmelouka et Haithaim Idriss Ait Hamadouche obtiennent chacun 35 points, terminent 220e-227e ex æquo et reçoivent un Third Prize.
La première place n’est donc pas une première place. Et la troisième non plus.
La confusion tient à deux expressions anglaises assez ordinaires. À l’IMC, First Prize et Third Prize désignent des catégories de récompenses attribuées à plusieurs concurrents selon leur score. Elles ne correspondent pas aux marches d’un podium. Un billet de première classe ne fait pas de son détenteur le conducteur du train. Le règlement des mathématiques semble obéir au même principe.
Le message présidentiel ajoute une seconde approximation. Il présente les trois jeunes comme des étudiants de l’École nationale supérieure de mathématiques. Or l’IMC rattache Benmelouka et Ait Hamadouche à cette école, tandis que Derreche apparaît sous l’affiliation « MESRS (Algeria) / Lycée Louis-le-Grand (France) ».
Ces résultats n’en restent pas moins remarquables. Derreche, Benmelouka et Ait Hamadouche ont porté haut les couleurs algériennes dans une compétition internationale exigeante. Leur performance peut légitimement rendre les Algériens fiers. Elle n’avait précisément pas besoin d’être embellie.
L’IMC est une compétition sérieuse, organisée depuis plus de trente ans et destinée principalement aux étudiants des premières années universitaires. Des concurrents y affrontent des problèmes d’algèbre, d’analyse, de géométrie et de combinatoire. Les participants peuvent représenter des universités ou concourir dans d’autres cadres institutionnels, et plusieurs catégories de prix sont attribuées selon les résultats.
Mais l’IMC n’est pas l’IMO, malgré des sigles qui semblent avoir été conçus pour tester l’attention des communicants.
L’International Mathematical Olympiad est l’olympiade mondiale de référence pour les élèves du secondaire. Chaque pays y envoie une petite délégation nationale issue d’une sélection rigoureuse. Les récompenses y prennent la forme de médailles d’or, d’argent et de bronze. L’IMC, elle, s’adresse aux universitaires et fonctionne autrement. Un First Prize n’y signifie donc pas « champion du monde ».
Derreche connaît d’ailleurs la différence. Il avait remporté pour l’Algérie une médaille d’or à l’IMO 2024. Avec Benmelouka et Ait Hamadouche, il mérite pleinement les félicitations qui leur ont été adressées. Leur résultat à l’IMC 2026 est suffisamment remarquable pour se passer de quelques étages supplémentaires.
Présenter cette performance comme une « première place » ne la rend pas meilleure. Elle transforme seulement une félicitation présidentielle en problème de mathématiques d’un genre inattendu : 18e-20e ≠ 1er, et 220e-227e ≠ 3e.
Cette fois, même sans calculatrice, la démonstration est assez courte.