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Sahara occidental : le droit des Sahraouis résiste au rapport de force


Le Conseil de sécurité a échoué, vendredi 30 octobre, à renouveler le mandat de la MINURSO. Le veto russe a fait tomber le projet américain qui entendait imposer l’autonomie sous souveraineté marocaine comme unique base des négociations. Une tentative à laquelle l’Algérie a opposé, par la voix de son ambassadeur Amar Bendjama, une défense ferme du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.

Onze voix favorables, trois abstentions et un veto russe. Le projet américain sur le Sahara occidental a été rejeté vendredi au Conseil de sécurité. Une contre-proposition russe, qui prévoyait de prolonger d’un an le mandat actuel de la MINURSO, a ensuite recueilli trois voix favorables, une voix contre, celle des États-Unis, et onze abstentions. Aucun des deux textes n’a été adopté.

Washington voulait faire de l’autonomie sous souveraineté marocaine l’unique base du règlement politique. Le projet prévoyait également de retirer le mot « référendum » du nom de la mission des Nations unies. Ces dispositions ont été rejetées avec le texte. Le Conseil n’a reconnu aucune souveraineté marocaine sur le territoire.

Le Maroc conserve le soutien diplomatique des États-Unis et de la France. Mais l’appui de ces deux puissances n’a pas suffi à emporter la décision du Conseil. Rabat se retrouve devant une limite que « ses succès diplomatiques » ne peuvent effacer. Un territoire disputé ne change pas de statut juridique par la seule volonté de ses alliés.

Bendjama rappelle les principes

L’intervention d’Amar Bendjama, représentant permanent de l’Algérie auprès des Nations unies, a donné à cette séance une dimension politique particulière.

Le diplomate algérien a contesté la méthode américaine. « Être porte-plume est une lourde responsabilité, ce n’est pas un privilège, c’est un devoir », a-t-il déclaré, rappelant les exigences d’impartialité et d’équité qui devraient présider à la rédaction d’une résolution.

Sur l’autodétermination, il a posé une question autrement plus embarrassante pour les partisans d’une solution arrêtée à l’avance. « Mais qui a donc peur de la démocratie ? »

Bendjama a également dénoncé une tentative de légaliser un « fait accompli ». Son argument porte sur une contradiction fondamentale. Comment prétendre négocier librement l’avenir d’un territoire si l’issue des négociations est déjà déterminée ? La fermeté de cette intervention mérite d’être soulignée. L’ambassadeur algérien a défendu une position de principe de la diplomatie algérienne, fondée sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

L’Algérie, un acteur incontournable

Le Sahara occidental figure depuis 1963 sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU. En 1975, la Cour internationale de justice a conclu que les liens historiques invoqués par le Maroc ne constituaient pas une souveraineté territoriale faisant obstacle à l’autodétermination des Sahraouis.

Ce cadre juridique demeure. L’Algérie, pays voisin, terre d’accueil des réfugiés et pivot diplomatique du Maghreb, conserve une place essentielle dans la recherche d’un règlement. Aucune solution régionale durable ne pourra raisonnablement faire abstraction de son rôle, pas davantage que la volonté du peuple sahraoui lui-même.

Le mandat de la MINURSO arrive à échéance ce samedi 31 octobre sans renouvellement adopté. Le Conseil devra rechercher un nouvel accord pour préserver la mission et relancer les négociations. À défaut, la mission perdra, pour la première fois après des décennies de renouvellements successifs, son mandat et ses fonctions de surveillance et de désescalade.

La question décisive reste pourtant entière : quand les Sahraouis pourront-ils enfin exercer librement leur droit à l’autodétermination ? Cinquante ans après le départ de l’Espagne, leur avenir ne saurait être décidé uniquement par ceux qui disposent du pouvoir de négocier à leur place.