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Sid Ahmed Agoumi, le « Django national » du cinéma algérien, est mort


« Notre Django national surclassait Clint Eastwood. » Pour raconter Sid Ahmed Agoumi, Yasmina Khadra est revenu dimanche à un samedi du début des années 1970, devant le cinéma Splendide de Koléa. Le jeune cadet qu’il était avait fait le mur pour voir Les Hors-la-loi. Sur l’écran apparaît Agoumi, poncho taillé dans un tapis berbère, revolver à la hanche. Pour Khadra, le héros venait de naître.

Sid Ahmed Agoumi, de son vrai nom Sid Ahmed Meziane, est décédé à l’âge de 86 ans, ont annoncé ses proches dimanche 20 septembre. Avec lui disparaît l’un des acteurs qui auront accompagné près de six décennies de théâtre, de cinéma et de télévision algériens.

C’est justement Les Hors-la-loi, réalisé par Tewfik Farès en 1969, qui avait imposé sa silhouette. Agoumi y incarnait Slimane, ancien soldat devenu « bandit d’honneur » dans l’Algérie coloniale. Le film empruntait les codes du western pour raconter la révolte contre l’ordre colonial. Khadra se souvient d’une salle qui retenait son souffle chaque fois qu’Agoumi s’apprêtait à dégainer, avant d’exploser lorsqu’il faisait mouche.

Du western algérien à Costa-Gavras

La même année, Agoumi apparaît dans Z de Costa-Gavras. Sa carrière passera ensuite par Zone interdite, Kahla ou Beida, Le Moulin de monsieur Fabre, L’Autre Côté de la mer, Les Diseurs de vérité, Il était une fois dans l’Oued ou encore Morituri, où il interprète Sid Lankabout. Il continuera à tourner en France dans L’Italien, Beur sur la ville ou Cheba Louisa.

Mais Agoumi appartenait d’abord à cette génération pour laquelle être comédien signifiait passer sans frontière de la scène à l’écran. Au théâtre, il joue notamment Le Cadavre encerclé, Hassan Terro, La Vie est un rêve et L’Homme aux sandales de caoutchouc. Il dirige aussi la Maison de la culture de Tizi Ouzou, les théâtres d’Annaba et de Constantine puis le Théâtre national algérien, avant de le quitter en 1993.

Le public plus jeune le retrouvera bien plus tard dans Sultan Achour 10. Entre Slimane, le rebelle armé des Hors-la-loi, et les personnages de télévision de ses dernières années, Agoumi aura traversé plusieurs âges de la culture algérienne.

Quand les rôles se raréfient

Les salles de cinéma ferment, les productions nationales se raréfient et Agoumi doit chercher ailleurs les rôles que son pays ne lui offre plus. « Il avait la comédie dans la peau », écrit Khadra, se souvenant d’un homme qui continuait de parler des personnages qu’il rêvait encore d’incarner.

L’histoire possède enfin une étrange dernière boucle. Yasmina Khadra révèle avoir écrit un hommage il y a une dizaine d’années, après qu’une fausse information eut annoncé la mort du comédien. Agoumi l’avait appelé, hilare. Khadra voulait supprimer son texte.

« Surtout pas. Laisse-le. Ce texte m’a ressuscité », lui avait répondu l’acteur.

Cette fois, le héros est bien parti.