La pénurie de cigarettes reprend en Algérie. Dans certains commerces, les prix changent au fil de la journée. Un paquet trouvé le matin à un tarif peut coûter plusieurs dizaines de dinars de plus quelques heures plus tard. Le prix réglementé existe toujours. Il n’est tout simplement pas respecté.
Des détaillants interrogés par Twala disent que certains grossistes et distributeurs refusent les paiements bancaires. Ils veulent du liquide. Pas de virement, pas de chèque. Le paiement sort ainsi du circuit bancaire et devient plus difficile à tracer. Dans une filière où l’État connaît les fabricants, agrée les opérateurs, fixe les prix et prélève une fiscalité importante, ce refus de la banque crée une zone d’opacité au cœur même d’un marché réglementé.
Le détaillant, lui, n’a guère de marge. Il accepte les conditions du fournisseur s’il veut être livré. Lorsque la marchandise devient rare, celui qui possède les cartons choisit à qui il vend, combien il livre et sous quelles conditions.
Les épisodes précédents avaient déjà montré combien les prix officiels pesaient peu lorsque l’approvisionnement se tendait. Le Marlboro, réglementé autour de 420 dinars, s’est vendu jusqu’à 700 dinars. Le Winston, officiellement fixé à 380 dinars, avait dépassé 500 dinars. Des détaillants avaient aussi dénoncé la vente liée, contraints d’acheter des marques moins demandées pour obtenir celles réclamées par leurs clients.
La nouvelle poussée de pénurie intervient quelques semaines après l’ouverture d’une procédure judiciaire visant des responsables et des opérateurs de la filière, notamment pour des faits liés à la spéculation illicite et au blanchiment. Elle n’a manifestement pas suffi à remettre de l’ordre dans le circuit.
Il ne s’agit pas d’un marché clandestin installé à la marge. Les cigarettes sont fabriquées légalement, distribuées par des opérateurs identifiés et vendues dans des commerces connus. Pourtant, entre le prix imprimé dans les textes et celui payé au comptoir, une autre économie s’est installée.
Des grossistes peuvent refuser la banque, imposer le cash et dicter leurs conditions à mesure que la marchandise se raréfie sans que l’administration parvienne à remettre la filière sous contrôle. L’État réglemente jusqu’au prix du paquet. Il ne parvient plus à faire respecter le prix qu’il a fixé.