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8 Mai 1945 : Hosni Kitouni dénonce l’instrumentalisation mémorielle de Macron


L’historien algérien Hosni Kitouni a réagi à l’annonce de la présidence française concernant la commémoration des massacres du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata, dénonçant une nouvelle « instrumentalisation de l’histoire et de la mémoire » par le président français Emmanuel Macron.

Dans un long message publié sur Facebook, Hosni Kitouni estime que le geste annoncé par l’Élysée « n’apporte rien de nouveau sur la question mémorielle », malgré la venue annoncée à Alger de l’ambassadeur de France et de la ministre déléguée chargée de la Mémoire et des Anciens combattants, Alice Rufo, à l’occasion des commémorations du 8 mai 1945.

L’historien considère que Paris continue d’éviter toute qualification juridique des massacres. « Pas un mot pour qualifier ce qui s’est passé : on parle de vérité sans qualifier juridiquement les faits », écrit-il, soulignant l’absence de reconnaissance officielle de « crime contre l’humanité », une qualification pourtant défendue par de nombreux historiens et régulièrement portée par la partie algérienne.

La mémoire coloniale comme levier diplomatique

Hosni Kitouni relève également l’absence « d’excuses explicites », de « repentance » ou encore de « gestes de réparation engageant la France ». Selon lui, la déclaration de l’Élysée vise avant tout à préserver les intérêts diplomatiques, économiques et sécuritaires entre les deux pays, dans un contexte de crise persistante entre Alger et Paris.

L’historien fait aussi un lien direct avec le cas du journaliste français Christophe Gleizes, mentionné dans le communiqué de l’Élysée. « La stratégie macronienne est toujours la même : faire un geste de la main droite et demander compensation de la main gauche », affirme-t-il, estimant que la mémoire coloniale est utilisée comme levier diplomatique.

Reconnaître, demander pardon, restituer les archives

Pour avancer vers « une vraie réconciliation entre les peuples », Hosni Kitouni appelle la France à poser des actes concrets : reconnaître les massacres comme un crime contre l’humanité, demander pardon aux victimes et à leurs descendants, restituer les archives liées aux événements de mai 1945 et aider les familles à établir la vérité sur les disparus.

Il cite notamment le cas de Sabrina Abda, auteure du livre Ils ont assassiné mon grand-père en 1945, consacré à la disparition de son grand-père durant les massacres.

L’annonce de l’Élysée intervient à l’occasion du 81e anniversaire des massacres du 8 mai 1945, l’un des épisodes fondateurs de la lutte pour l’indépendance algérienne.