Silencieux depuis l’annonce de la liquidation de l’entreprise, malgré des sollicitations insistantes de tous bords, le patron du journal Liberté, Issad Rebrab, s’est finalement réservé une tribune dans l’ultime livraison du canard pour expliquer les raisons qui ont motivé sa décision. Et il en livre deux principales : la première est économique, liée à la santé financière du journal, la seconde est d’ordre organisationnel et intéresse sa succession à la tête du groupe industriel Cevital.
« Depuis un temps, le journal est distribué à perte. Et la perspective n’est point encourageante », écrit l’homme d’affaires, avant d’ajouter à l’adresse des « concitoyens et amis du journal ayant exprimé leur souhait de voir sa parution se poursuivre et ceux n’ayant pas compris les motifs », que « sa situation (du journal, ndlr) économique ne lui permet pas qu’un court et vain sursis ».
A l’en croire, avant de se résoudre à fermer le journal, Issad Rebrab avait d’abord envisagé de le vendre, a tenté de s’en séparer mais n’a pas réussi. « Le journal a été proposé à la vente, mais il a été victime, comme beaucoup de supports de presse, de l’évolution mondiale des comportements des lecteurs qui s’orientent vers la presse électronique », révèle-t-il. Ce qui donne à comprendre que Liberté n’a pas trouvé preneur.
Est-ce vraiment le cas ? D’aucuns peinent à croire qu’un journal d’une telle notoriété ne trouve pas preneur. Durant l’été 2021, Rebrab a fait courir le bruit que le journal a été cédé à Abrous Outoudert plusieurs fois directeur de publication–gérant de la publication. Ce dernier, rappelé aux commandes du journal après avoir été renvoyé en 2018, a laissé grossir la rumeur, au point que beaucoup ont cru cette dernière fondée.
Il est même à douter que Rebrab ait réellement mis le journal sur le marché. Aux journalistes qui étaient partis le voir pour tenter de le faire revenir sur sa décision ou à tout le moins céder le journal à un repreneur, il avait sèchement répliqué par un « je ne veux pas qu’il tombe dans d’autres mains ».
Aussi, il est plus vraisemblable de croire au poids de la raison « intime », comme disait son fils Malik, qui a été désigné interlocuteur des employés de Liberté, dans cette décision de fermeture. Issad Rebrab annonce sa retraite. Et, ce faisant, il voudrait éviter à ses enfants, ses successeurs, de trainer le boulet que représenterait à ses yeux Liberté. « Au moment où je prends enfin ma retraite effective, j’ai voulu faire en sorte que la relève qui me succédera puisse se consacrer au seul impératif de développement des activités industrielles du groupe, libérée des contraintes particulières de gestion d’une entreprise de presse. C’est au demeurant le souhait légitime de mes successeurs ».
Voilà qui confirme l’assertion que Rebrab se soit rendu à la décision radicale de fermer le journal sous la pression de ses enfants qui, eux, n’en veulent plus d’une publication qu’ils considèrent être à l’origine des malheurs de leur père et du blocage de l’essor industriel du groupe Cevital. Condamné à 6 mois de prison ferme et à 12 autres avec sursis pour « faux et usage de faux », Issad Rebrab a passé 8 mois derrière les barreaux.