Chargement ...

Législatives 2026 : l’enjeu de la légitimité minimale

À l’approche des législatives, le silence politique semble avoir remplacé le débat public. Entre une offre électorale sans véritable concurrence et une société gagnée par la lassitude, l’héritage du Hirak paraît suspendu plutôt qu’effacé. Une chronique sur la résignation citoyenne et les limites du moment politique actuel, signée Mustapha Hammouche.


Demain, jeudi 2 juillet, 407 députés seront choisis parmi les près de 10 000 prétendants qui ont pu franchir le minutieux barrage filtrant de l’ANIE. 

L’élection en elle-même n’a pas d’enjeu politique, au sens partisan de l’expression.

Cet aspect du scrutin ne tracasse aucune des parties concernées. Il ne n’inquiète pas le pouvoir. Il dispose des moyens et des techniques lui permettant de maîtriser le résultat de l’opération. Les dirigeants des partis du pouvoir, eux-mêmes désignés, ne peuvent que s’en remettre au processus téléguidé et à son issue.

Les partis hors pouvoir, dont certains s’y opposent à l’occasion, savent qu’ils ne peuvent tirer que quelques strapontins, certes généreusement rémunérés, de cette participation. La loi l’a d’ailleurs rendue quasiment obligatoire. Plus affaiblissant pour eux, ils ne peuvent même plus assurer leur fonction de promoteurs de femmes et d’hommes politiques, puisqu’avant même la décision supposée de l’urne, leurs listes sont « nettoyées » par l’ANIE.

Pire encore, ils ne peuvent plus prioriser des candidats par rapport à leurs colistiers maintenant que la hiérarchie de  liste est sans effet sur le choix final ! Cette impuissance des formations politiques à déteindre sur le profil politique de l’Assemblée a contribué à aggraver la défiance populaire envers les instances élues, une défiance déjà largement motivée par la coutumière fraude et par l’infidélité des candidats à leurs propres promesses.  

Les candidats, à leur tour, y vont en brandissant des convictions et des projets dont ils savent n’avoir ni l’aptitude ni la loyauté de les défendre. Ils contribuent tout de même à donner une relative popularité à l’évènement en y attirant une partie de leurs tribus et de leurs  réseaux, quand ils en ont. Quant aux électeurs, il y a longtemps que le niveau d’abstention parle pour eux ; il reflète l’enthousiasme que suscite en eux ce non choix. 

Il subsiste alors les voix avidement attachées au système, celles motivées par le réflexe encore intact de solidarité clanique et celles dues au geste machinal cultivé par certaines catégories instinctivement conservatrices.

En résumé, le pouvoir a besoin de cette élection, comme il a eu besoin de toutes celles passées, pour faire fonctionner l’usine à gaz démocratique. Au demeurant, il en a moins besoin aujourd’hui que les démocraties traditionnelles, étalons de référence des luttes citoyennes dans le monde, sont à leur tour menacées de régression. Aux prises avec leurs propres dérives, elles n’ont plus le loisir de faire la leçon aux autoritarismes du Sud ni même de les toiser. Le recul du multilatéralisme et de l’humanisme fait le reste. Jamais, depuis les premières révolutions « démocratisantes » du 18ème siècle, les dictatures n’ont eu autant de liberté de sévir !

Mais en Algérie, le système politique a une importante hypothèque à lever : il n’a pas encore conçu un clair statut du Hirak, un évènement qui a marqué les esprits, chez les concernés comme à l’extérieur.

Depuis 2019, le souci premier du pouvoir semble être celui de parvenir à imposer l’idée que la problématique à l’origine du mouvement a été résolue et qu’on devrait par conséquent, acter son dépassement. L’essentiel serait de le solder comme référence politique. Or, ni son bénissement ni la poursuite de sa répression ne paraissent y être parvenus. La persistance, diffuse, dans la société, du souvenir du Hirak ne peut que nourrir une appréhension quant au consentement populaire pour un retour au statu quo ante.

Justement, l’autre symptôme de la perpétuation implicite de l’inspiration hirakienne, réside dans le niveau d’abstention électorale. S’agissant d’un système né d’un putsch et qui en a fait le mode de résolution de ses crises, l’intérêt qu’il porte aux formes « démocratiques » de sa perpétuation est paradoxal. Contraint, en 1988, à des réformes institutionnelles, il a su inventer les moyens de s’accommoder au multipartisme : fraude électorale, corruption politique, étouffement effectif de libertés publiques clamées.   

Après 2019, le pouvoir a commencé par mettre en avant la légalité de l’élection. Mais, avec le temps, il redécouvre que la légalité électorale ne peut le dispenser d’une légitimité politique attestée par un minimum de participation populaire à la vie publique. C’est cela l’enjeu de demain.