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Raouraoua, le ballon rebondissant

Entre pouvoir, affaires et football, Mohamed Raouraoua a traversé plusieurs décennies au cœur des réseaux d’influence. Une trajectoire éclairée aujourd’hui par une donnée précise : un compte de 2,7 millions de francs suisses à Credit Suisse, ouvert en 1995 et maintenu jusqu’en 2013.


Mohamed Raouraoua compte Crédit Suisse fuite OCCRP

L’ancien président de la Fédération algérienne de football (FAF), Mohamed Raouraoua, détenait un compte millionnaire auprès de Credit Suisse. C’est ce que révèle un listing obtenu par Süddeutsche Zeitung et partagé avec l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) et des médias partenaires, dont Twala.

Ouvert en janvier 1995, ce compte est resté actif jusqu’en juin 2013. Il affichait, au moment de sa clôture, un solde de 2,7 millions de francs suisses. Le compte bénéficiait également à ses deux fils, Youcef et Abdelkader.

Personnage aux multiples réseaux, évoluant entre sphères politique, médiatique et sportive, Mohamed Raouraoua a construit sa trajectoire bien avant son accession à la tête du football algérien.

Il avait 32 ans lorsqu’il a été titularisé dans le corps des conseillers culturels par un arrêté ministériel de janvier 1978, alors qu’il dirigeait le Centre de culture et d’information (CCI) d’Alger, structure relevant du ministère de l’Information. Créés en 1968, les CCI constituaient les services extérieurs du ministère et seront plus tard intégrés à l’Office national de la culture et de l’information (ONCI).

En avril 1982, il devient directeur de coordination des échanges au ministère de l’Information, avant d’être nommé, en 1984, directeur de la télévision au sein de la Radiodiffusion-télévision algérienne (RTA).

La même année, il prend la direction générale de la SN ANEP (Agence nationale d’édition et de publicité), qui gérait alors le portefeuille publicitaire de l’État. Il y restera plus de dix ans, traversant les réformes économiques du début des années 1990, avant d’être limogé en 1995 par le général Mohamed Betchine, conseiller spécial du président Liamine Zeroual.

C’est à cette période, quelques mois avant son éviction, qu’il ouvre son compte à Crédit Suisse.

Une trajectoire entre administration, affaires et football

Après son départ de l’ANEP, Mohamed Raouraoua rejoint le groupe du milliardaire saoudien Abdullah Saleh Kamel, fondateur du conglomérat Dallah Al Baraka, actif notamment dans les médias via le réseau ART.

En 1999, il crée Eurogerm Algérie, société spécialisée dans l’importation de produits agroalimentaires. Cette initiative précède son retour sur la scène publique.

En 2001, Mohamed Raouraoua est propulsé à la tête de la Fédération algérienne de football (FAF), sans avoir dirigé auparavant de club.

En février 2002, le président Abdelaziz Bouteflika le désigne commissaire de l’Année de l’Algérie en France (« Djazair 2003 »), en remplacement de Hocine Snoussi, ancien responsable du MALG et directeur de l’Office Riadh El Feth dans les années 1980.

Durant son premier mandat à la FAF, Raouraoua est largement mobilisé par l’organisation de cet événement, qui comprend près de 2 000 manifestations culturelles. La gestion de son budget, jugé opaque, suscite des critiques, notamment dans le contexte d’une coopération étroite avec la France de Jacques Chirac.

Contraint de quitter la FAF en 2005, il ne retrouve son poste qu’en 2009, à l’issue du mandat de son successeur Hamid Haddadj.

Son second passage à la tête de la FAF marque un tournant. Lors du congrès de la FIFA à Nassau, en 2009, il parvient à faire adopter la levée de la limite d’âge pour les joueurs binationaux, ouvrant la voie à l’intégration de profils formés en Europe.

Ce changement permet notamment l’arrivée de joueurs comme Mourad Meghni, Hassan Yebda, Djamel Abdoun, Yacine Brahimi ou Sofiane Feghouli, contribuant à la qualification de l’Algérie pour la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud.

En 2011, Mohamed Raouraoua est élu au comité exécutif de la FIFA et devient membre de sa commission des finances. Il préside également la commission d’organisation de la Coupe du monde des clubs en 2014.

Un patrimoine construit dans la durée

Parallèlement à ses fonctions, Mohamed Raouraoua développe ses activités économiques.

Avec ses fils, il est actionnaire de la société Algiers Business Centers (ABC), propriétaire du complexe immobilier « Le Ksar » à Bab Ezzouar, un ensemble de 23 000 m² comprenant bureaux, parkings et bâtiments annexes.

Le projet a été financé notamment par la banque Natixis, qui en est également l’un des principaux locataires.

La présence d’un compte bancaire de plusieurs millions de francs suisses à Crédit Suisse, ouvert au milieu des années 1990 et maintenu pendant près de deux décennies, s’inscrit dans cette trajectoire mêlant responsabilités publiques, réseaux d’influence et activités économiques.