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VFS Global, la rente privée du visa rare

Fruit d’une enquête internationale menée par Twala avec Lighthouse Reports et treize médias dans douze pays, ce papier suit la chaîne du visa en Algérie : rendez-vous introuvables, humiliations ordinaires, options payantes, données sensibles confiées au privé. Derrière l’attente, les comptes de VFS révèlent une rente locale très rentable.


Centre de demande de visa en Algérie, symbole de l’externalisation des rendez-vous et des services payants autour du visa Schengen.
En Algérie, VFS Global a longtemps occupé une place centrale dans le parcours des demandeurs de visas Schengen.

En Algérie, le parcours du visa commence rarement au consulat. Il débute devant un écran, dans l’attente d’un rendez-vous introuvable, face à des créneaux qui disparaissent, des pages qui plantent et des services payants présentés comme de simples facilités. VFS Global ne délivre pas les visas, mais l’entreprise a bâti un modèle rentable autour de tout ce qui précède la décision des États : l’accès au guichet, l’angoisse du candidat et la collecte de données personnelles sensibles.

Pendant plus d’un an, Twala, ses partenaires de Lighthouse Reports et de 13 médias dans 12 pays ont enquêté sur les coulisses de cet empire des visas. 

Pour de nombreux Algériens, la demande de visa est devenue une expérience sociale à part entière. Un ami aurait entendu parler de créneaux disponibles à minuit. Un cousin connaît un intermédiaire. Une page web reste blanche. Un compte est bloqué sans explication. Le postulant découvre alors la première règle de la mobilité moderne : avant même d’être jugé par un consulat, il doit franchir une frontière numérique.

VFS Global a longtemps occupé une position centrale dans ce dispositif. Même si l’entreprise ne décide pas qui peut entrer en France, en Allemagne, en Suisse, en Grèce, aux Pays-Bas ou au Canada, cette prérogative restant aux États, elle gère une partie essentielle du parcours : rendez-vous, accueil, collecte des dossiers, transmission des pièces, notifications, services additionnels et données biométriques. Elle ne détient pas le pouvoir du tampon, mais contrôle le couloir qui y mène.

Depuis avril 2025, la France, principal pays Schengen pour les Algériens, est passée à Capago. « Les deux sociétés qui étaient dépositaires du marché, TLS et VFS, n’ont pas réussi à remédier au problème lié à l’absence de rendez-vous », explique un ancien agent du ministère français des Affaires étrangères en charge des visas. « Il y a eu une rupture de confiance entre les demandeurs, ces deux sociétés ainsi qu’avec nous. On voulait un nouveau départ. »

Mais VFS reste emblématique du modèle installé en Algérie : l’État garde la décision, le privé organise l’attente. Dans un pays déjà marqué par les inégalités d’accès à la mobilité, les soupçons migratoires et l’histoire postcoloniale, cette externalisation ajoute un acteur privé entre le demandeur et l’État européen. Le guichet consulaire devient un parcours marchand.

Le rendez-vous devient une denrée rare

Le rendez-vous est devenu le premier « produit » du visa. Officiellement, il ne donne qu’accès au dépôt du dossier. En réalité, sa rareté le transforme en bien économique. En 2022, dans un rapport d’évaluation interne soumis à la Commission européenne, obtenu par Twala et ses partenaires au terme d’une procédure d’accès aux documents administratifs, la France reconnaissait l’existence d’un « retard » dans l’obtention de rendez-vous visa au centre VFS d’Alger, où un demandeur devait attendre en moyenne 36 jours.

Ce qui devrait être une formalité administrative devient un objet de convoitise, capté par des robots, des intermédiaires ou des réseaux capables de réserver avant tout le monde pour revendre ensuite l’accès aux vrais demandeurs.

Le cas de la Hongrie à Alger l’illustre également. En 2023, le contrat avec VFS a été rompu après des soupçons de réservations massives sous de fausses identités, revendues ensuite à des demandeurs réels. Le marché du rendez-vous a simplement changé de mains, passant à BLS Global. Un rapport du ministère hongrois des Affaires étrangères a officialisé ce que de nombreux Algériens expérimentent déjà : la rareté engendre la marchandisation.

Cette pénurie crée une économie parallèle. Le demandeur paie d’abord en temps, ensuite en stress, parfois en argent. Le visa ne relève plus seulement d’une décision administrative, mais d’une succession d’obstacles que seuls les plus rapides, les mieux informés ou les mieux connectés franchissent sans trop de dégâts.

Les États répètent que la décision finale reste publique et souveraine. Mais pour le citoyen, le premier contact avec le pouvoir n’est plus le consulat. C’est un centre externalisé, un agent d’accueil, un service SMS, un formulaire numérique ou un salon premium.

Contacté par Twala et ses partenaires, VFS assure « mettre en œuvre des mesures de sécurité rigoureuses » pour offrir « un accès équitable à tous les demandeurs » et empêcher la mainmise des officines sur les prises de rendez-vous. Elle ajoute que la décision sur leur nombre relève de ses seuls clients.

Selon Michael Tiffany, cofondateur de la société de cybersécurité Human, les protections mises en place n’étaient pas à la hauteur de l’enjeu : « Les dispositifs anti-bots doivent être à la hauteur des enjeux », explique-t-il, d’autant que des revendeurs réalisant des profits importants peuvent payer des personnes pour résoudre les CAPTCHA à leur place. « Les mesures simples qui bloquent les bots de spam ne font rien pour contrer les bots utilisés par les revendeurs. »

Une rente plus rapide que les visas

Les chiffres recueillis pour cette enquête révèlent la dimension économique du phénomène. D’après les comptes déposés au Luxembourg et consultés par Twala, les profits opérationnels de VFS sont passés de 39 millions d’euros en 2017 à 173 millions en 2024. Ils ont plus que quadruplé en sept ans. Sur la même période, les revenus ont doublé, alors que le volume de demandes n’a augmenté que de 15 %. Le revenu par dossier est passé de 19 à 34,7 euros, soit une hausse de 83 %.

La filiale algérienne donne à cette rente une réalité chiffrée. Ses comptes sociaux montrent une société qui, après le choc sanitaire, a renoué avec une forte génération de trésorerie. Avant la pandémie, l’entreprise affichait déjà une rentabilité confortable, avec un chiffre d’affaires de 1,03 milliard de dinars en 2018 et de 1,37 milliard en 2019. En 2020, la fermeture des frontières fait tomber les revenus à 365 millions de dinars et entraîne une perte nette de 247 millions.

La reprise est rapide. En 2022, le chiffre d’affaires atteint 1,62 milliard de dinars et le bénéfice net grimpe à 516,5 millions. En 2023, l’activité bondit encore à 2,27 milliards de dinars, soit 66 % de plus qu’en 2019. Le bénéfice net recule toutefois à 471,6 millions, sous l’effet d’importantes dotations aux amortissements et provisions.

Le bilan dévoile une autre dimension. En 2022 et 2023, la filiale n’a plus de dette financière. Sa trésorerie, placements inclus, dépasse le milliard de dinars en 2023. Mais cette liquidité va de pair avec un passif courant important, porté à 1,31 milliard de dinars, dont 747 millions de dettes fournisseurs et 299 millions de dettes fiscales. VFS Algeria ne se réduit donc pas à une simple antenne locale. C’est une entité rentable, liquide, intégrée à une mécanique de groupe.

Le mouvement le plus significatif apparaît dans le capital social. En 2023, il passe de 1 million à 846 000 dinars, soit une baisse de 154 000 dinars, exactement 15,4 %. Ce chiffre est la clé de lecture de l’opération. Les comptes consolidés luxembourgeois de Speed JVco, maison mère de VFS Global, indiquent qu’en 2023 la filiale algérienne a lancé un programme de rachat de 15,4 % détenus par des minoritaires, pour 1,9 million de francs suisses. Le même document mentionne l’acquisition d’une autre participation minoritaire de 35,6 % dans une filiale algérienne, pour une contrepartie pouvant atteindre 8,6 millions de francs suisses.

Au total, ces deux opérations représentent 51 % du capital et jusqu’à 10,5 millions de francs suisses. La comptabilité algérienne en porte la trace : le capital nominal diminue, tandis que les comptes consolidés révèlent le coût économique de la sortie des minoritaires. En somme, derrière la vitrine du visa, VFS a aussi repris la main sur sa rente algérienne.

Le relais algérien du guichet Schengen

Les documents du Centre national du registre du commerce établissent l’architecture de cette structure locale, à savoir Mawared House Algérie. Son capital associait l’homme d’affaires Reda Benyounes et la société koweïtienne Mawared House. Les mêmes documents indiquent que le siège algérien était installé dans un local loué auprès de son père, Mohand Akli Benyounes, président de l’association des anciens Moudjahidine de la Fédération du FLN en France 1954-1962 et ancien sénateur du tiers présidentiel.

En 2018, la presse algérienne et française avait éventé le rôle de Reda Benyounes dans l’obtention du marché. Il faisait office d’« actionnaire silencieux », assure une source au fait des détails du contrat. Contacté par Twala et ses partenaires, il n’a pas donné suite à nos demandes d’interview. 

Sa présence dans le capital de Mawared House Algérie donnait un ancrage local à une société qui, sur son site internet, affirme opérer des centres de demande de visas pour le compte de VFS Global en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Une version archivée de la page « Countries of Operation », datée du 23 septembre 2023, citait explicitement l’Algérie parmi les pays d’opération de Mawared House, aux côtés de l’Iran, de la Jordanie, du Koweït, du Liban, du Maroc et de la Syrie. Cette mention n’apparaît plus dans la version actuellement consultable de la page, où le nom de l’Algérie a été retiré.

Ce relais local avait d’autant plus de valeur que le marché français constituait le cœur du gisement algérien. VFS l’a toutefois perdu en avril 2025. Les comptes disponibles, arrêtés à 2023, ne permettent pas encore de mesurer l’impact de cette perte, qui touche le principal flux Schengen en Algérie. L’ordre de grandeur peut néanmoins être approché à partir des seuls chiffres officiels français.

Le ministère français de l’Intérieur indique que 250 085 visas ont été délivrés à des ressortissants algériens en 2024. En retenant le taux de refus de 34,8 % mentionné par le Sénat français pour l’Algérie, le nombre total de dossiers ayant donné lieu à décision peut être estimé à 383 566. Autrement dit, le gisement ne se limitait pas aux visas accordés : chaque demandeur, y compris refusé, entrait dans le circuit payant du dépôt externalisé. Appliqué à des frais de traitement de 4 000 dinars par dossier, ce volume représente 1,53 milliard de dinars, hors services additionnels.

Le visa vendu en options

VFS ne prospère pas seulement parce que les voyages se multiplient, mais parce que chaque dossier génère davantage de recettes. La différence entre la faible croissance des volumes et la forte hausse du revenu par dossier résume l’économie de la sous-traitance du visa. La demande de base ouvre la porte. Les options génèrent le profit.

Les tarifs affichés par VFS à Alger montrent comment la demande de visa se transforme en panier de services. Pour l’Allemagne, le salon premium atteint 10 610 dinars. L’envoi du courrier après dépôt hors Alger coûte 2 500 dinars, l’accès à l’internet kiosk 870 dinars, le SMS 170 dinars, la photo 130 dinars et la photocopie 16 dinars. Pour la Grèce, la grille est plus basse, mais la logique reste la même : 4 500 dinars pour le salon premium, 1 500 dinars pour le courrier hors Alger, 1 000 dinars pour le remplissage du formulaire, 400 dinars pour la photo, 190 dinars pour le SMS et 5 dinars pour la photocopie. À cela s’ajoute, un frais de service de 3 200 dinars, à régler en ligne.

La comparaison est instructive. Le même centre, dans le même pays, applique des prix différents selon la mission consulaire concernée. Le premium allemand coûte plus du double de son équivalent grec. Le courrier varie lui aussi selon le dispositif. Ce n’est donc pas le coût local du service qui fixe le prix, mais le contrat, la mission, le marché et la capacité à monétiser l’attente.

Chaque option cible une vulnérabilité précise : le SMS contre l’incertitude, le courrier contre le déplacement, la photo ou la photocopie contre l’erreur matérielle, le remplissage du formulaire contre la complexité, le salon premium contre la fatigue de la file d’attente. La décision de délivrer le visa reste du ressort de l’État. Mais tout ce qui gravite autour devient facturable.

VFS assure que ces services sont facultatifs. « Les demandeurs sont clairement informés, par le biais de multiples canaux de communication, que ces services sont facultatifs, qu’ils n’influencent en rien les décisions relatives à l’octroi des visas ni les délais de traitement, et que leurs tarifs sont fixés de manière transparente et approuvés par le gouvernement », assure l’entreprise contactée par Twala.

La question est de savoir comment ils sont proposés à des personnes qui ont attendu des semaines, parfois des mois, et qui craignent de rater une opportunité de voyage, d’études ou de retrouvailles familiales. Pas besoin de forcer la main. Il suffit que le demandeur soit anxieux. Un SMS rassure, un courrier évite un retour, une aide au formulaire peut sauver un dossier. Quelques centaines ou milliers de dinars deviennent alors le prix de la tranquillité.

Plusieurs déclarations d’employés et d’anciens salariés de VFS font ainsi état de formations pour mieux « présenter les services haut de gamme », afin d’atteindre les objectifs mensuels fixés par la direction. D’autres assurent avoir reçu des primes en échange de leurs performances de vente. Certains évoquent des pratiques commerciales agressives.

Les données, l’autre matière première

L’argent n’est qu’une partie du problème. L’autre, ce sont les données collectées.

Un demandeur algérien livre son nom, son passeport, sa photo, son adresse, sa profession, ses revenus, ses relevés bancaires, ses fiches de paie, ses liens familiaux, son itinéraire, ses réservations, parfois des documents médicaux ou les coordonnées d’un hébergeant. À cela s’ajoutent souvent les données biométriques. Administrativement, ce sont des justificatifs. Numériquement, ce sont des données sensibles. Politiquement, ce sont des fragments d’intimité confiés à une chaîne privée.

En Algérie, la protection des données personnelles est encadrée par la loi n° 18-07 du 10 juin 2018. Celle-ci soumet les organismes publics et privés qui collectent, stockent ou traitent des données permettant d’identifier une personne physique à des obligations de déclaration, d’autorisation et de sécurité. Mais le dispositif est longtemps resté partiellement inopérant : l’Autorité nationale de protection des données à caractère personnel, chargée notamment de recevoir les déclarations, de délivrer les autorisations et d’autoriser les transferts de données vers l’étranger, n’a été effectivement installée que le 11 août 2022, plus de quatre ans après la promulgation de la loi. Les opérateurs disposaient ensuite d’un délai d’un an pour se mettre en conformité, soit jusqu’au 11 août 2023.

Ces documents disent tout : lieu de vie, revenus, réseau, situation familiale, attaches au pays, historique de voyages. Le visa devient une enquête sur la respectabilité du demandeur et sur son « risque de retour ». L’externalisation pose alors une question simple : qui manipule ces informations, où sont-elles stockées, combien de temps, avec quels sous-traitants, et qui répond en cas de fuite ou d’erreur ?

Dans un système public, la responsabilité est identifiable. Dans ce modèle externalisé, elle se dilue entre l’État, l’opérateur, les plateformes, les sous-traitants et les contrats. Le demandeur, lui, n’a pas le choix : pour que son dossier soit examiné, il doit tout livrer.

Quand le labyrinthe devient payant

L’économie du visa externalisé prospère aussi sur les défaillances du parcours. Un site instable, un formulaire difficile, un téléchargement capricieux ou une procédure mal expliquée transforment vite le service payant en bouée de secours. L’option n’est plus seulement un confort. Elle devient une assurance contre l’erreur, le retard ou la nécessité de tout recommencer.

C’est là que le modèle devient problématique. Si le canal ordinaire était fluide, clair et facilement accessible, les services additionnels perdraient une partie de leur attrait. Mais lorsque le rendez-vous est rare, le dossier anxiogène et le moindre incident potentiellement coûteux, le demandeur est naturellement poussé vers ce qui promet de réduire l’incertitude. Pas besoin de supposer une volonté de nuire. Il suffit de constater qu’une entreprise gagne davantage lorsque le parcours est assez complexe pour rendre l’assistance désirable.

En Algérie, cela prend une dimension sociale particulière. Le visa est déjà une épreuve de sélection par les revenus, les attaches familiales, la stabilité professionnelle, l’historique de voyage et la capacité à produire un dossier irréprochable. À cette sélection officielle s’ajoute une seconde sélection : celle de l’accès au bon créneau, au bon formulaire, au bon service, au bon niveau d’assistance. Celui qui comprend vite, paie plus facilement ou trouve un intermédiaire franchit plus aisément les obstacles. Les autres attendent, recommencent, doutent ou abandonnent.

Les salons premium concentrent cette ambiguïté. Ils ne changent pas, en principe, la décision consulaire. Mais ils modifient l’expérience du parcours : moins d’attente, plus de confort, une prise en charge plus rassurante. Or le Code européen des visas interdit qu’un service additionnel permette de contourner les règles ordinaires. La frontière est donc étroite entre un confort facturé et une procédure qui, dans les faits, devient plus praticable pour ceux qui paient.

C’est que le problème ne tient pas uniquement aux prix affichés. Le même opérateur gère le parcours standard, souvent vécu comme difficile, et vend les options censées l’adoucir. Comme le résume Marc Esteve, professeur à University College London, lorsqu’une entreprise contrôle à la fois la qualité du service de base et le profit tiré des options premium, elle n’a pas nécessairement intérêt à rendre le parcours ordinaire trop simple.

Ainsi, plus le visa ressemble à un labyrinthe, plus la carte payante du labyrinthe prend de la valeur. L’attente, l’erreur possible et la peur du refus deviennent des ressources commerciales.

Les États savent, mais ont besoin du système

La responsabilité finale revient aux États. Ils externalisent, inspectent, constatent parfois des failles, mais sanctionnent rarement. Ils ont besoin de ce système. Il absorbe un volume massif de demandes, soulage les consulats, détourne une partie de la colère vers le privé et permet à l’État de conserver le cœur du processus : la décision. Le frottement, lui, est privatisé.

Pour l’Algérien, le visa demeure une humiliation banale. Il faut prouver qu’on ne souhaite pas rester, qu’on travaille, qu’on gagne suffisamment, qu’on a des attaches, puis obtenir un rendez-vous, payer, attendre, et enfin remettre ses documents à un opérateur qui n’est pas l’État, mais agit à sa frontière.

Cette attente n’est pas un simple dysfonctionnement. Elle alimente une économie entière. L’attente génère des services, les services des marges, les marges attirent des investisseurs, qui réclament à leur tour de la croissance. Et cette croissance pousse à vendre toujours plus autour de chaque demandeur.

VFS ne se contente pas de vendre des services annexes au visa. Elle exploite un marché où l’angoisse, la friction administrative et les données sensibles sont devenues les trois matières premières d’une rente. Dans l’Algérie du visa rare, cela suffit à transformer un guichet externalisé en symbole d’une frontière qui ne commence plus à l’aéroport, mais dans une file numérique, devant un écran — là où l’attente elle-même est devenue rentable.