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Safe Exit de l’Égyptien Mohamed Hammad décroche l’Étoile d’or du meilleur film à El-Gouna

Sans surprise, Safe Exit de l’Égyptien Mohamed Hammad décroche l’Étoile d’or de la 9e édition du Festival de cinéma d’El-Gouna. Mais la vraie émotion de la soirée de clôture est palestinienne, entre le sacre de Yesterday the Eye Didn’t Sleep et l’Étoile d’or du documentaire attribuée à Citizen Ossama.


L’équipe de Safe Exit célèbre l’Étoile d’or du meilleur long-métrage de fiction remportée lors de la clôture de la 9e édition du Festival d’El-Gouna, le 25 octobre 2026.

Ce n’est pas parce que c’était prévisible que ce n’est pas légitime. Le film égyptien Safe Exit (Khourouj Amen), second long-métrage de Mohamed Hammad, remporte donc l’Étoile d’or du meilleur long-métrage de fiction. Un thriller psychologique captivant et potentiellement grand public, que la réalisatrice algérienne Sofia Djama tient pour « le plus beau film arabe de l’année », malgré les quelques réserves du critique de Twala. Le scénario, lui, est excellent : Samaan, jeune Copte du Caire, est vigile de nuit, écrit des histoires et traîne le deuil de son père, tué dans un attentat en Libye. L’amitié de Fatima le sauve, jusqu’à ce que la peur l’oblige à cacher un terroriste…

L’Étoile d’or vaut 50 000 dollars à son auteur. « Nous avons tous été profondément touchés par la sincérité de ce récit poignant et riche en rebondissements. Il illustre avec justesse, sans sentimentalisme et avec retenue, la transmission du deuil et des traumatismes de génération en génération », a déclaré la présidente du jury, alors que le grand théâtre en plein air résonnait de cris de joie.

Rakan Mayasi, un cinéaste à suivre

L’Étoile d’argent a été attribuée à A Bit of Light, du réalisateur iranien Ali Asgari (25 000 dollars), tandis que l’Étoile de bronze a récompensé le film japonais All the Lovers in the Night, de Yukiko Sode (15 000 dollars). Soit un drame politique qui ausculte le désespoir d’un médecin de Téhéran, arrêté pour avoir soigné des manifestants antigouvernementaux, et un premier amour filmé en 16 mm à Tokyo. Deux récits profondément touchants, certes, mais, comme disent les critiques blasés, les bons sentiments ne font pas toujours les bons films.

On aurait aimé un peu plus pour Yesterday the Eye Didn’t Sleep (El Bareh El Ain Ma Namet), réalisé par Rakan Mayasi. Pas un plan de trop, pas un mot de trop : le film transforme un accident en tragédie tribale et prouve qu’un film d’auteur arabe peut être fauché et riche en imagination cinématographique. En remportant seulement le prix du meilleur long-métrage arabe, le réalisateur palestinien installé entre Bruxelles et Beyrouth reçoit néanmoins la récompense de 20 000 dollars. C’est toujours ça de gagné.

Côté prix d’interprétation, l’actrice jordanienne Rakeen Saad a reçu, sous un tonnerre d’applaudissements, le prix de la meilleure actrice pour son rôle dans Bomah, tandis que l’acteur serbe Jovan Ginić obtient le prix du meilleur acteur pour son rôle dans Three Weeks After, de Miroslav Terzić. Comme on n’a vu aucun des deux films, pour cause de beau temps, on fait confiance au jury présidé par la réalisatrice britannique Joanna Hogg, entourée de l’actrice égyptienne Nahed El Sebai, du compositeur égyptien Khaled Hammad, du réalisateur kurde irakien Shawkat Amin Korki et de la réalisatrice turque Yeşim Ustaoğlu.

Ghaza, ce que peut le cinéma

Dans la compétition des documentaires, le film palestinien Citizen Ossama, réalisé par Ahmed Hassouna et produit par Rashid Masharawi, a décroché l’Étoile d’or du meilleur documentaire (30 000 dollars), ainsi que le prix du meilleur long-métrage documentaire arabe (10 000 dollars). C’est l’histoire d’un photographe de Ghaza, à l’origine spécialisé dans la photographie d’art, mais obligé de se coltiner les pires horreurs de la guerre génocidaire pour gagner sa vie, si tant est qu’on puisse appeler ça une vie.

Inspiré en partie des expériences du photojournaliste palestinien Motaz Azaiza, qui a obtenu le prestigieux « Prix Liberté », et de celles d’Ismail al-Ghoul, le journaliste d’Al Jazeera assassiné, ce film de fiction tourné dans le contexte réel de la guerre réussit le pari de rester digne et parfois drôle, meilleure manière de résister à la déshumanisation programmée des Palestiniens. Rashid Masharawi a confirmé qu’il montrera ce film en Algérie en décembre, invité par les festivals d’Alger et d’Oran.

Dans cette même catégorie, Whispers in May, de Dongnan Chen, a remporté l’Étoile d’argent (15 000 dollars). C’est un film hybride, entre réalité et fiction, sur la fin de l’enfance, situé dans les montagnes reculées du Liangshan, dans le sud-ouest de la Chine (ceux qui n’ont pas dormi pendant la projection attestent que c’est un film intéressant, quoiqu’un peu long).

Une Étoile verte et deux hommages

Féministe, A War on Women, réalisé par l’Irano-Canadienne Raha Shirazi, se contente, lui, de l’Étoile de bronze (7 500 dollars). Le documentaire American Doctor, réalisé par Poh Si Teng, remporte le prix « Cinéma pour l’humanité », attribué par le public (20 000 dollars). Un chirurgien traumatologue, un urgentiste et un chirurgien orthopédique entrent à Gaza pour sauver des vies. Les trois sont américains : l’un est juif, l’autre d’origine palestinienne et le troisième zoroastrien. Trois témoins impuissants de l’extermination d’un peuple oublié par tous les dieux de l’univers. Glaçant.

Enfin, après avoir décroché le Grand Prix du jury au Festival de Sundance, Nuisance Bear, réalisé par Gabriela Osio Vanden et Jack Weisman (États-Unis, Canada, Royaume-Uni), repart d’El-Gouna avec l’Étoile verte (10 000 dollars), un prix destiné aux films qui abordent les questions environnementales.

Par ailleurs, l’actrice égyptienne Mona Zaki (en ouverture du festival) et le réalisateur et comédien marocain Fawzi Bensaïdi (en clôture) ont été récompensés pour l’ensemble de leur carrière et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils le méritent amplement.