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Béjaïa : le tableau des critiques qui va faire grincer des dents

À Béjaïa, les critiques voient les mêmes films mais rarement le même cinéma. Twala a donc décidé de les mettre à l’épreuve dans un tableau de notes, emojis compris. Premier constat : tout le monde aime Ferhani. Pour le reste, les ennuis — et les vraies discussions — commencent.


Salle comble à la Cinémathèque de Béjaïa pour l’ouverture des 21es Rencontres cinématographiques de Béjaïa, le 26 septembre 2026. Photo: RCB.

On pourrait très bien se contenter de faire la critique des films dans notre petit coin, tranquilles, et s’auto-persuader que notre point de vue est le plus pertinent de tous.

Avouons-le, c’est confortable, voire sans doute vraisemblable : personne pour nous contredire, personne pour nous demander « mais pourquoi tu dis ça ? ». Le rêve de tout critique, en somme (et sa plus grande faiblesse).

Sauf que cette année, et à la suite d’une conf’ de rédaction très animée de Twala au grand complet (à savoir son directeur, Lyas Hallas, et son critique de cinéma attitré, à défaut d’être rémunéré), on s’est dit que ce serait plus intéressant, et sûrement plus marrant, de confronter notre regard à celui des autres.

En l’occurrence, nos collègues critiques accrédités aux 21èmes Rencontres cinématographiques de Béjaïa. D’où cette idée de tableau de notation. Oui, avec des emojis, on assume.

Pour le panel, franchement, on a été, comme d’habitude, irréprochables. Il y a de vieux titres de la presse écrite, El-Moudjahid en la personne de l’autoritaire et néanmoins sympathique Sihem Oubraham, des quotidiens privés qui ont vu passer trois générations de cinéastes et deux ou trois révolutions numériques (Samir Ardjoum en invité d’El-Watan, Hind O toujours pour le compte de L’Expression et Salah Azouz d’Echourok), des radios régionales du service public (on a opté pour Radio Tizi-Ouzou, pour voir comment un envoyé spécial de la Grande Kabylie, Samir Ouanzar en l’occurrence, va réagir aux films projetés chez ses cousins de la Petite, décidément on pense à tout), des sites (Elmadar News, représenté par le jeune Tarek Kacemi, qui nous a juré que son média djeun’s pesait des centaines de K, et Cinématique, du sympathique Mohamed Abidou, qui a l’avantage de cocher quelques bonnes cases : il est syrien, exilé de longue date en Algérie, cœur d’or et âge vermeil), et des critiques qui sont nés sur les réseaux sociaux, avec leur langue à eux et leur public à eux (qu’on aurait tort de prendre de haut, surtout quand il s’agit d’Inès et Anna de Kulture Intik sur Insta).

La parité est respectée, ce qui n’est déjà pas si courant aux RC, paraît-il. Toutes les générations sont représentées, du vétéran au petit jeune qui découvre le métier. Et toutes les sensibilités, politiques comprises, se retrouvent dans la même salle, devant le même écran, à la même heure.

Autant dire qu’on ne s’ennuie pas à la sortie. Pour des raisons qui peuvent être légitimement contestées, nous avons exclu les critiques qui passent leur temps au Berbère-Bar plutôt qu’à la cinémathèque.

« Votre professionnalisme vous perdra », nous a lancé l’un d’eux, passablement éméché. Comme si ce n’était pas déjà le cas pour Twala…

Le même écran, pas le même film

C’est bien ça, un festival. Ça sert à mesurer à quel point on peut être d’accord ou pas d’accord sur un film, sur quels critères et pour quelles raisons. On sort d’une projection, on a tous vu les mêmes images, entendu les mêmes silences, et pourtant on n’a pas forcément vu le même film.

Les uns sont sensibles à la mise en scène, les autres au sujet, d’autres encore à ce que le film ose (ou n’ose pas) dire du pays, du sujet et de l’époque. Aucun de ces regards n’est illégitime. Ils ne sont juste pas toujours compatibles, et c’est justement ce qui rend la chose intéressante.

Ce tableau, comme l’article que vous êtes en train de lire, va s’enrichir de jour en jour, film après film, jusqu’à la clôture du festival. Les notes arriveront au fil des projections, et les comptes rendus des désaccords aussi, on l’espère.

Alors bien sûr, quelques emojis ne remplaceront jamais une vraie critique, avec ses nuances, ses arguments et ses phrases un peu trop longues (n’est pas Samir Ardjoum qui veut !). On n’a pas cette prétention. C’est un point de départ, une invitation à se demander pourquoi untel a adoré ce que tel autre a détesté et, si on veut, à aller lire, écouter ou regarder leurs critiques dans leurs journaux, leurs radios, leurs sites.

Ferhani met presque tout le monde d’accord

En ce qui concerne le film d’ouverture, Aléa Jacarandas, de Hassen Ferhani, tout le monde a adoré. Tout le monde lui a donné la meilleure note, à l’exception de Samir Ardjoum, d’El-Watan, qui estime ceci :

« Aléa Jacarandas n’est pas, à mes yeux, le film le plus accompli de Hassen Ferhani. Dans ma tête, un rond-point possède une puissance de composition plus immédiate et 143 rue du désert une évidence formelle plus rare. Dans ces deux films, Ferhani avait trouvé un lieu et un dispositif capables d’organiser presque tout le reste. Ici, le centre se dérobe. Le film connaît quelques détours et des articulations plus visibles. Il hésite entre le livre d’Améziane et le film de Hassen, entre l’enquête du père et celle du fils, entre la fiction qui s’écrit devant la caméra et le documentaire qui tente de la saisir. Cette indécision le fragilise parfois. Elle lui donne aussi sa forme la plus intime : deux auteurs regardent Alger ensemble jusqu’au moment où l’un des deux doit continuer seul. »

De son côté, Sihem Oubraham, d’El-Moudjahid, note qu’avec Aléa Jacarandas, Hassen Ferhani « transforme une promenade en quête intime, où les arbres deviennent les balises d’un récit sur la transmission, l’amour et ce que le cinéma peut sauver de l’effacement ».

Le consensus n’aura duré qu’un film

Mais les disputes vont commencer avec le film Chronique des années de siège, du Palestinien Adellah Khati, qui a la particularité d’avoir été coproduit par deux frères algériens, Issaad et Salah Taquieddine (à qui on doit le singulier Soula).

Prix du meilleur premier film au dernier Festival de Berlin, Chronique des années de siège, comme son titre l’indique, relate l’enfer au quotidien des Palestiniens dans les décombres dévastés par les missiles de « la seule démocratie de la région ».

Comment se nourrir, à quoi était-on prêt pour dégoter une cigarette et se la partager à cinq, comment faire l’amour dans ce cadre hideux, où accoucher quand tous les hôpitaux de fortune sont saturés, peut-on brûler les VHS des films qu’on a tant aimés pour se réchauffer, faut-il planquer le morceau de chocolat trouvé par hasard ou le partager avec ses amis ?

Ce film tendu et nerveux au niveau de la mise en scène est visiblement clivant. On a vu le correspondant de Twala féliciter Salah Taquieddine et les comédiens algériens du film (Ahmed Zitouni et Idir Benaibouche), non sans faire sa vipère pour être un minimum conforme à sa réputation :

« Quand un bon metteur en scène vous dirige, vous devenez crédibles, les gars. »

Au restaurant, ceux qui ont aimé le film n’ont pas voulu s’asseoir avec ceux qui sont archi-décidés à le descendre en flammes (ou le contraire ?).

Une journaliste francophone est vite allée en besogne en décrétant que les journalistes arabophones, et supposément islamo-conservateurs, n’ont pas aimé le film à cause de sa pittoresque séquence « Sex à Ghaza », mais la réalité révélée par notre tableau dit le contraire.

On peut être francophone, comme les critiques d’El-Watan et d’El-Moudjahid, et ne pas aimer le film, et l’inverse est tout aussi vrai. Mais pour quelles raisons ?

On attend les comptes rendus, les « reviews », les arguments des uns et des autres. Mais ça traîne, ça traîne… Tout le monde n’est pas aussi réactif que Twala.

(À suivre)

L’AVIS DES CRITIQUES

Les long-métrages (documentaires et fictions) des 21es Rencontres Cinématographiques de Béjaïa (Tableau mis à jour le 28 septembre 2026) notés par les critiques accrédités

Échelle de notes :
👏👏👏👏 Excellent  |  👏👏👏 Très bon  |  👏👏 Bon  |  👏 À voir
|  👎 À éviter  |  👎👎 À fuir
Film Sihem Oubraham
(El Moudjahid)
Tarek Kacemi
(Elmadar News)
Hind O
(L’Expression)
Samir Ardjoum
(El-Watan)
Salah Azouz
(Echorouk)
Inès et Anna
(Kulture Intik)
Mohamed Abidou
(Cinématique)
Samir Ouanzar
(Radio Tizi-Ouzou)
Tewfik Hakem
(Twala)
Alea Jacarandas 👏👏👏👏 👏👏👏👏 👏👏👏👏 👏👏👏 👏👏 👏👏👏👏 👏👏👏👏 👏👏👏 👏👏👏👏
Terminus 60 👏👏 👏👏👏👏 👏👏 👏👏👏 👏👏👏 👏👏👏 👏👏👏
Chroniques des années de siège 👎👎 👏👏 👏👏👏 👎 👎👎 👏👏👏 👏👏👏👏 👏👏 👏👏👏
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