Chargement ...

Tebboune : gouverner sans expliquer


Avec le président Abdelmadjid Tebboune, les limogeages ministériels suivent une mécanique désormais installée : une annonce brève, deux lignes publiées par la page Facebook de la présidence, et rien de plus. Aucun motif, aucun bilan, aucune mise en perspective. Un acte politique majeur est traité comme une formalité administrative.

Le départ du ministre de l’Hydraulique, Taha Derbal, mercredi 8 avril, ne déroge pas à la règle. Aucune raison n’a été donnée. Ce n’est pas une omission, c’est un mode de gouvernement. Le pouvoir décide et ne s’explique pas. Il informe du résultat, jamais des causes.

Ce mode de fonctionnement permet au pouvoir d’éviter de rendre des comptes. Un ministre peut être écarté sans que son action ne soit discutée. Dans le même mouvement, la décision échappe à toute justification. Aucun bilan n’est exigé, aucune responsabilité n’est établie. Ce n’est pas le silence qui est nouveau, mais son inefficacité.

Contrairement à ce qu’il prétend produire, ce silence n’installe aucune stabilité. Il ouvre un espace où circulent les hypothèses, les rumeurs et les récits concurrents. À défaut d’explication officielle, chacun fabrique la sienne.

Ce mécanisme ne concerne pas seulement les ministres. Il s’observe également dans les limogeages de walis, annoncés sans explication. Faute de version officielle, le récit se déplace ailleurs : il est repris et amplifié par des blogueurs installés hors du pays, qui prétendent informer l’opinion. Les versions se multiplient, sans qu’aucune ne puisse être vérifiée.

La fonction ministérielle elle-même est directement affaiblie. Nommer et révoquer sans critères visibles revient à signaler que la fonction ne protège pas. Elle dépend d’arbitrages inaccessibles et invérifiables. Le ministre devient interchangeable, l’action publique perd en cohérence, et le pouvoir en lisibilité.

Gouverner sans expliquer donne au pouvoir une liberté immédiate. Mais cette liberté a un prix : elle affaiblit chacune de ses décisions. Rien n’est dit, et le pouvoir ne maîtrise plus ce qu’elles signifient.