Le Saharan Blend algérien s’est installé parmi les bruts les plus chers du marché, porté par la flambée provoquée par la guerre impliquant l’Iran et les perturbations dans le détroit d’Ormuz.
Selon les données reprises du rapport mensuel de l’Opep, le brut algérien a atteint 133,40 dollars le baril en avril, contre 104,24 dollars en mars, soit une hausse mensuelle de 29,16 dollars. Le panier de référence de l’Opep a, lui, reculé à 108,79 dollars en avril, après 116,36 dollars en mars. Ce décrochage souligne l’attractivité du Saharan Blend, un brut léger et peu soufré, dans un marché bouleversé par le risque géopolitique.
Sur les marchés internationaux, les cours restaient tendus vendredi 15 mai 2026. Le Brent a terminé la séance à 109,26 dollars le baril, tandis que le West Texas Intermediate américain a clôturé à 105,42 dollars, prolongeant la hausse hebdomadaire alimentée par les craintes d’une nouvelle escalade entre Washington et Téhéran et par la réduction du trafic dans le détroit d’Ormuz. Selon Reuters, une trentaine de navires avaient franchi le passage stratégique depuis mercredi soir, un niveau encore très inférieur aux quelque 140 traversées quotidiennes observées avant la guerre.
Le mouvement ne relève donc pas d’une dynamique propre à l’Algérie. Il traduit d’abord l’intégration d’une prime de risque géopolitique dans le prix du baril. Depuis fin février, la guerre autour de l’Iran a déplacé le marché pétrolier d’un scénario d’équilibre fragile vers une logique de choc d’offre. Le détroit d’Ormuz, par où transite une part décisive des exportations du Golfe, est devenu le centre de gravité du marché. Chaque rumeur de réouverture détend les prix. Chaque attaque, saisie de navire ou restriction de passage les relance.
Un brut algérien léger et hors zone de crise
L’Agence internationale de l’énergie estime que l’offre mondiale de pétrole a encore reculé de 1,8 million de barils par jour en avril, à 95,1 millions de barils par jour, portant les pertes cumulées depuis février à 12,8 millions de barils par jour. La production des pays du Golfe affectés par la fermeture d’Ormuz est ressortie 14,4 millions de barils par jour sous ses niveaux d’avant-guerre.
Dans ce contexte, les bruts disponibles hors de la zone de crise gagnent en valeur. Léger, peu soufré et exporté depuis la Méditerranée, loin du verrou d’Ormuz, le Saharan Blend aux besoins de raffineries en quête de cargaisons immédiatement substituables aux volumes du Golfe. C’est cette combinaison qui explique son écart par rapport à une partie du panier Opep.
Pour l’Algérie, la hausse améliore mécaniquement les recettes d’exportation, les rentrées en devises et la marge budgétaire à court terme. Mais l’effet reste conditionné par deux facteurs : la durée de la crise et les volumes effectivement exportés. Une flambée du baril soutient les comptes extérieurs, mais elle ne remplace ni une hausse durable de la production ni une stratégie de transformation économique.
Le marché suspendu au détroit d’Ormuz
Le marché reste surtout suspendu à Ormuz. L’AIE souligne que les stocks mondiaux observés ont baissé de 129 millions de barils en mars, puis encore de 117 millions en avril, dans un contexte de perturbation du commerce maritime. Elle note aussi que le North Sea Dated a évolué en avril dans une fourchette exceptionnelle de près de 50 dollars le baril, avec un prix moyen de 120,36 dollars.
Autrement dit, le Saharan Blend ne monte pas seul. Il cristallise, à l’échelle algérienne, le nouveau prix du risque mondial : celui d’une guerre qui menace le Golfe, redessine les routes du brut et transforme chaque baril disponible hors d’Ormuz en actif stratégique.