Le gouvernement veut élargir la couverture sociale des agriculteurs en misant sur deux leviers : les services numériques et une présence renforcée dans les chambres agricoles, les foires et les campagnes de proximité.
Dans un communiqué daté du 16 mai 2026, le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale indique que son premier responsable Abdelhak Saihi a présidé, deux jours plus tôt, une réunion consacrée au suivi des mesures destinées à la prise en charge sociale des agriculteurs et à l’élargissement de leur affiliation à la sécurité sociale des non-salariés.
Le dispositif s’appuie notamment sur deux services numériques, « Himayati 5.0 » et « Himayati+ », présentés comme des plateformes réservées à l’accompagnement des agriculteurs. Le communiqué ne précise ni le nombre d’agriculteurs déjà inscrits, ni l’objectif chiffré d’affiliation, mais insiste sur la volonté d’accélérer les démarches, de simplifier les procédures et de rendre l’accès aux droits sociaux plus direct.
Des agents Moussaïdi dans les chambres agricoles
Le directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale des non-salariés a présenté, lors de la réunion, un bilan des actions déjà engagées, ainsi qu’une première évaluation de la campagne d’information lancée le 3 mai 2026 dans plusieurs wilayas. Cette campagne vise à installer, selon les termes du ministère, une « culture de l’affiliation » et à étendre la couverture sociale à une catégorie jugée stratégique.
Le ministère rattache cette campagne à la justice sociale, à l’égalité des chances, mais aussi à la sécurité alimentaire et à la souveraineté nationale. L’agriculteur n’est plus seulement présenté comme un actif à intégrer dans un régime social, mais comme un maillon d’un secteur prioritaire que l’État cherche à encadrer, sécuriser et stabiliser.
La feuille de route repose sur un changement de méthode. Abdelhak Saihi a appelé à dépasser l’approche administrative traditionnelle au profit d’une démarche « de terrain et numérique », fondée sur l’efficacité, l’anticipation et le service de proximité. Le ministère veut ainsi faciliter l’accès des agriculteurs à leurs droits sociaux dans des conditions qu’il présente comme plus simples, plus transparentes et plus efficaces.
Parmi les instructions données figure l’instauration d’un accompagnement social et professionnel permanent des agriculteurs, adapté aux spécificités de l’activité agricole. Le ministère demande aussi de renforcer la présence des agents d’accompagnement « Moussaïdi » au niveau des chambres agricoles, afin d’aider les exploitants à utiliser les services numériques et à accomplir leurs démarches.
Un dispositif sans objectifs chiffrés
Les sorties de terrain et les rencontres directes doivent également être intensifiées dans les wilayas, en coordination avec la Chambre nationale d’agriculture et les chambres locales. Le ministère veut en outre accroître la participation des équipes de sécurité sociale aux manifestations, foires et salons agricoles, considérés comme des espaces privilégiés pour approcher les agriculteurs hors des guichets classiques.
Le communiqué insiste enfin sur la mise en place d’un système d’évaluation régulier de la campagne, couvrant notamment les volets communication et sensibilisation. Le ministère dit vouloir mesurer l’effet réel de la campagne, identifier les failles du dispositif et les corriger au fil de son déploiement.
L’enjeu se joue désormais dans l’exécution. L’État promet de rapprocher la protection sociale d’un monde agricole dispersé, saisonnier et souvent tenu à distance des guichets administratifs, en misant sur le numérique et la présence de terrain.
Mais le communiqué laisse de côté l’essentiel : aucun taux d’affiliation, aucun volume de nouvelles inscriptions, aucun objectif de couverture. Le succès de la campagne se mesurera donc à sa capacité à convertir les tournées, les plateformes et les relais dans les chambres agricoles en adhésions effectives.