Après les rejets de candidatures qui ont frappé ses listes, le Rassemblement pour la culture et la démocratie choisit de rester dans la course électorale, mais refuse de cautionner ce qu’il décrit comme un encadrement politique de la campagne. Dans un communiqué publié le 7 juin, le parti affirme avoir refusé de signer une charte d’éthique proposée par l’Autorité nationale indépendante des élections, estimant qu’elle pourrait réduire la campagne à un exercice sous surveillance, privé de critique réelle.
Le RCD dit avoir participé à la cérémonie organisée par l’ANIE pour le tirage au sort du temps d’antenne sur les télévisions et radios publiques. Mais il affirme que cette étape intervient après une série d’entraves ayant déjà faussé, selon lui, les conditions de la compétition. Le parti rappelle que la répartition du temps d’antenne dépend du nombre de listes validées. Or, soutient-il, ses listes ont été considérablement réduites par des rejets administratifs, tandis que d’autres formations ont bénéficié d’un traitement plus favorable.
Une inégalité construite avant la campagne
Le grief dépasse donc la seule question médiatique. Pour le RCD, l’inégalité ne commence pas avec la campagne officielle. Elle se construit en amont, au moment de la constitution des listes, de la validation des candidatures et de l’examen des recours. Le parti affirme que tous les recours déposés par ses listes ont été rejetés, sans qu’aucun candidat écarté n’obtienne réparation. Il dénonce des décisions insuffisamment motivées, des délais trop courts et une procédure qui, selon lui, rend le droit au recours largement théorique.
Le communiqué s’inscrit dans le débat autour de l’article 200 de la loi électorale, invoqué dans le filtrage des candidatures. Le RCD ne conteste pas la nécessité de protéger les élections contre l’argent sale, la corruption ou les réseaux d’influence. Mais il accuse l’administration de franchir une ligne rouge lorsqu’elle substitue le soupçon à la preuve. « Une suspicion n’est pas une condamnation », résume le parti, qui estime qu’aucun citoyen ne devrait être privé de ses droits politiques sur la base d’appréciations administratives opaques.
Une charte proposée sans concertation
C’est dans ce climat que l’ANIE a proposé aux partis une charte électorale. Pour le RCD, le problème n’est pas seulement son contenu, mais sa méthode : le texte a été présenté sans concertation préalable, sans que les partis soient réellement associés à sa rédaction ni mis en mesure de l’examiner sérieusement avant d’être invités à le signer séance tenante. Le parti affirme avoir été le seul à refuser explicitement cette démarche.
Le point le plus explosif concerne la liberté de critique. Selon le RCD, la charte tend à empêcher toute critique substantielle des bilans gouvernementaux, des politiques publiques récentes, mais aussi des programmes et pratiques des formations engagées dans la compétition. En d’autres termes, elle veut transformer la campagne en espace de conformité plutôt qu’en moment de confrontation politique.
Pour le parti, une élection ne peut pas être réduite à une opération de communication institutionnelle. Elle doit permettre l’évaluation des bilans, la contestation des choix publics et le débat contradictoire. Signer une charte qui limite cette possibilité reviendrait, selon lui, à accepter une campagne aseptisée, où les candidats seraient autorisés à parler, mais pas à contester.
Participer sans se taire
À moins d’un mois du scrutin du 2 juillet, le RCD tente ainsi de poser le cadre politique de sa campagne : participer sans se taire, concourir sans valider, utiliser les espaces disponibles tout en dénonçant leur rétrécissement. Son communiqué ne vaut donc pas seulement refus d’un document administratif. Il formule une accusation plus large : après avoir réduit le nombre de candidatures, le pouvoir cherche désormais à réduire la portée même de la parole électorale.
Dans cette lecture, l’enjeu n’est plus seulement le sort du RCD. Il touche à la crédibilité du scrutin lui-même. Car si la compétition est filtrée avant le vote et encadrée pendant la campagne, c’est la fonction démocratique de l’élection qui se trouve affaiblie : permettre aux électeurs de choisir, mais aussi d’entendre des critiques suffisamment libres pour que ce choix ait encore un sens.