L’opération d’importation d’un million de moutons pour l’Aïd 2026, présentée par les autorités comme une réponse à la hausse des prix, a débouché sur une enquête judiciaire portant sur des manquements sanitaires, des irrégularités contractuelles et des soupçons de détournement de la commande publique.
Le procureur général près la cour d’Alger, Mohamed Kamel Ben Boudiaf, a annoncé samedi la présentation de 41 suspects devant le parquet du pôle économique et financier. Le juge d’instruction a placé 13 d’entre eux en détention provisoire et soumis les autres au contrôle judiciaire.
Les poursuites portent notamment sur l’abus de fonction, le trafic d’influence, la dilapidation de deniers publics, la violation des règles relatives aux marchés publics et le blanchiment d’argent.
Entre le 25 mars et le 29 mai 2026, près d’un million de moutons ont été importés pour le compte de l’Algérienne des viandes rouges, ALVIAR. Selon le procureur général, l’opération a été marquée par de graves défaillances dans le contrôle sanitaire et vétérinaire.
Des milliers de bêtes mortes ou abattues
À Béjaïa, une inspectrice vétérinaire a signalé à la direction générale des services vétérinaires du ministère de l’Agriculture que des animaux présentaient des symptômes de maladies contagieuses. Le procureur général a affirmé que l’administration centrale avait tergiversé au lieu d’ordonner le refoulement de la cargaison. Le troupeau a finalement été autorisé à débarquer.
Le bilan communiqué par le parquet fait état de 3 615 bêtes mortes, de 10 700 autres abattues et de plusieurs milliers placées en quarantaine. Pour justifier sa gestion du dossier, la direction générale des services vétérinaires a dépêché une commission de trois membres, dont deux étaient inexpérimentés, selon le procureur général.
Le volet contractuel révèle une concentration tout aussi importante. Sur le million de têtes importées, 700 000 ont été attribuées à un réseau de quatre opérateurs. Le procureur général a fait état de procédures antidatées, d’atteintes à l’intégrité de la consultation internationale et de marchés finalement conclus de gré à gré.
Il a également évoqué des fuites d’informations au profit de certains fournisseurs. Le PDG d’ALVIAR ainsi que plusieurs responsables commerciaux, comptables et cadres chargés de la facturation figurent parmi les personnes poursuivies.
L’urgence politique, terrain des prédateurs
L’affaire montre les risques créés par une opération populiste conçue pour produire rapidement un effet visible sur les prix. En promettant un million de moutons à quelques semaines de l’Aïd, l’État a constitué un marché gigantesque, concentré et soumis à un calendrier politique serré.
Une telle urgence affaiblit les contrôles, réduit la concurrence et ouvre un espace aux comportements prédateurs de fournisseurs cherchant à capter la commande publique. L’État voulait montrer qu’il pouvait contenir les prix par l’importation massive. Le parquet décrit désormais une opération où l’urgence politique a pris le pas sur la sécurité sanitaire et l’intégrité des procédures.