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Tunisie : Tebboune avertit les Émirats sur la sécurité de l’Algérie


Abdelmadjid Tebboune n’a pas cité les Émirats arabes unis. Il n’en avait guère besoin. Lors de sa rencontre périodique avec les médias, il a désigné un « petit État » qui ferait couler le sang partout où il intervient. La cible est transparente. Son avertissement le plus ferme a toutefois porté sur la Tunisie, soumise selon lui à des pressions destinées à l’éloigner de l’Algérie et à la rendre plus vulnérable.

La normalisation avec Israël est au centre de ces pressions. Tunis refuse jusqu’ici de rejoindre le mouvement engagé par plusieurs capitales arabes sous l’impulsion d’Abou Dhabi et de Washington. Cette position, ajoutée à sa proximité stratégique avec l’Algérie, place la Tunisie dans une confrontation qui dépasse ses capacités économiques et diplomatiques.

La Tunisie, ligne de sécurité de l’Algérie

Tebboune a donc posé une limite nette. « Ce qui touche la Tunisie nous touche », a-t-il déclaré, avant de menacer d’une riposte ceux qui tenteraient d’installer le terrorisme à ses frontières. Il ne parlait pas du pouvoir de Kaïs Saïed, encore moins de sa politique intérieure. Il parlait d’un pays dont la déstabilisation exposerait directement l’Est algérien.

La Tunisie occupe une position décisive entre l’Algérie et une Libye où s’affrontent encore pouvoirs rivaux, groupes armés et puissances étrangères. Son affaiblissement ouvrirait un espace continu aux trafics d’armes, aux réseaux criminels, aux groupes terroristes et aux opérations d’influence. L’Algérie, déjà confrontée à l’instabilité du Sahel et à une frontière libyenne difficile à contrôler, ne peut laisser apparaître un nouveau front à l’Est.

Le communiqué publié mardi par la présidence tunisienne après un entretien entre Kaïs Saïed et Abdel Fattah Al-Sissi confirme le durcissement du climat régional. Le président tunisien y accuse le « mouvement sioniste mondial » de chercher à faire tomber les États en provoquant leur explosion de l’intérieur. Il lie la sécurité de l’Égypte à celle du monde arabe, dénonce la guerre contre les Palestiniens et maintient que la crise libyenne doit être réglée par les Libyens.

Les Émirats, acteur offensif de la recomposition régionale

Le ton est brutal des deux côtés. Il révèle une région où les rivalités se déploient par les pressions financières, les alliances militaires, les campagnes d’influence et l’exploitation des faiblesses internes. Les Émirats sont devenus l’un des acteurs les plus offensifs de cette recomposition, de la Libye au Soudan, avec Israël comme partenaire stratégique.

Pour l’Algérie, la question tunisienne ne relève donc pas de la courtoisie entre voisins. La Tunisie protège son flanc oriental. Sa neutralisation diplomatique, son isolement ou son basculement dans un axe hostile modifieraient l’équilibre régional au détriment direct de l’Algérie.

Tebboune a choisi les mots de la dissuasion. Son message tient en une phrase. Les pressions exercées sur Tunis pour la séparer de l’Algérie et l’entraîner vers la normalisation avec Israël ne seront pas considérées comme une affaire strictement tunisienne. La sécurité de l’Algérie se joue aussi en Tunisie.