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El Watan demande à la justice d’annuler un accord d’indemnisation signé avec ses salariés en 2022


La société éditrice du quotidien El Watan demande à la justice d’annuler un accord conclu en août 2022 entre son ancienne direction et la section syndicale UGTA. Il prévoit jusqu’à 22,5 mois de salaire d’indemnités en cas de départ volontaire, de fermeture ou de réduction des effectifs pour raisons économiques. La direction actuelle affirme qu’il a été signé sans l’accord du conseil d’administration et qu’il impose des charges injustifiées à l’entreprise.

Dans une requête adressée à la section sociale du tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, dont Twala a obtenu copie, la SPA El Watan conteste la note d’entente n° 01/2022, signée le 10 août 2022 par son ancien PDG, Mohamed Tahar Messaoudi, et Zineb Oubouchou, connue sous le nom de Salima Tlemçani, alors secrétaire générale de la section syndicale UGTA.

L’accord prévoit une indemnité équivalant à un mois et demi de salaire brut par année d’ancienneté, dans la limite de quinze années de service. Le calcul repose sur la moyenne mensuelle de rémunération la plus favorable parmi les trois dernières années.

La direction estime que cet engagement dépassait les prérogatives de Mohamed Tahar Messaoudi, invoquant l’article 20 des statuts de la société, qui réserve au conseil d’administration l’autorisation de certaines décisions engageant financièrement l’entreprise. La requête souligne que l’ancien PDG avait agi sans délibération du conseil ni consultation des actionnaires, signant la note pendant les congés annuels.

Un accord contesté sur plusieurs fronts

El Watan soutient qu’au moment de la signature, le journal ne faisait l’objet d’aucune procédure de faillite, de liquidation ou de fermeture. Aucun plan de restructuration ni de réduction collective des effectifs n’avait été engagé pour justifier les indemnités prévues.

Des salariés ont depuis saisi la justice pour réclamer les indemnités promises. Selon la direction, ces procédures entraînent des frais supplémentaires et les obligations financières de l’accord menacent l’équilibre de l’entreprise et la continuité de son activité.

El Watan conteste également la représentativité de la section syndicale signataire. Selon la requête, celle-ci n’était habilitée à représenter que les salariés travaillant au siège d’El Watan, au 1, rue Bachir-Attar, à Alger, et non l’ensemble du personnel réparti dans les autres implantations de l’entreprise.

La société demande au tribunal de prononcer la nullité de la note d’entente, d’annuler les droits et obligations qui en découlent et de déclarer ses conséquences juridiques et financières inopposables à l’entreprise.

Un accord signé en pleine crise sociale

En juillet 2022, les salariés d’El Watan avaient déclenché une grève pour réclamer leurs salaires, impayés depuis mars. L’entreprise connaissait alors de graves difficultés de trésorerie, aggravées par le blocage de ses comptes bancaires dans le cadre de contentieux avec l’administration fiscale et le Crédit populaire d’Algérie (CPA).

Le 20 juillet, Mohamed Tahar Messaoudi avait lui-même évoqué la possibilité d’une fermeture définitive du journal, expliquant que l’entreprise ne pouvait plus fonctionner normalement avec ses comptes bloqués et ses salariés privés de rémunération. Il annonçait la tenue prochaine d’un conseil d’administration, puis d’une assemblée générale extraordinaire des actionnaires, pour décider de l’avenir du quotidien.

L’accord aujourd’hui contesté a été signé le 10 août, trois semaines après ces déclarations et six jours avant la suspension de la grève illimitée, décidée le 16 août pour une durée d’un mois. Le mouvement devait reprendre en septembre, faute de paiement des salaires.

Depuis, El Watan a connu plusieurs changements de direction. Omar Belhouchet a retrouvé le poste de PDG en février 2026, après la démission d’Ali Gouissem. Son retour s’est accompagné du rétablissement de la convention avec l’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP). Le retour de ces recettes publicitaires a apporté un peu de répit à l’entreprise, lui permettant de poursuivre tant bien que mal son activité.

En juillet 2025, la direction alertait encore sur le risque de disparition du quotidien, dénonçant sa privation de publicité publique. Elle demande désormais à la justice d’annuler l’accord signé avec ses salariés alors en grève pour leurs salaires impayés.