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Maroc : le trompe-l’œil de la dette derrière la vente des bâtiments publics


Au Maroc, l’État vend des bâtiments publics puis les reprend en location. Le Trésor encaisse immédiatement le prix de vente, sans enregistrer de nouvel emprunt, tandis que les administrations continuent d’occuper les mêmes locaux. Depuis 2019, cette formule a rapporté 147 milliards de dirhams (13,4 milliards d’euros), selon le Fonds monétaire international (FMI). Elle permet de contenir la dette affichée, mais engage l’État à payer durablement des loyers.

Le rapport sur la dette publique, publié le 23 octobre avec le projet de budget 2027, chiffre la dette du Trésor à 1 145 milliards de dirhams (104 milliards d’euros) fin 2025, soit 66,6 % du produit intérieur brut (PIB). Si l’État avait emprunté l’équivalent des recettes immobilières pour financer les mêmes dépenses, ce ratio aurait avoisiné 75 %, avec un encours de 1 292 milliards de dirhams (117,6 milliards d’euros). L’écart, près de 8,5 points de PIB, mesure les emprunts évités grâce aux ventes.

Vendre les murs pour alléger les comptes

C’est le principe de la cession-bail, ou sale and leaseback. Des immeubles administratifs et des établissements hospitaliers changent de propriétaire, mais les services publics restent sur place. L’État conserve l’usage des bâtiments, mais doit désormais payer pour les occuper.

En 2024, l’État marocain a cédé 592 actifs immobiliers, principalement des bâtiments administratifs et des équipements publics, pour 35,27 milliards de dirhams. En 2025, 978 autres biens ont été expertisés en vue de nouvelles opérations. L’administration ne précise pas combien de biens ont été effectivement vendus en 2025. Le nombre total de biens cédés depuis le lancement du dispositif en 2019 n’est pas davantage publié.

L’effet sur les comptes est immédiat. Emprunter 10 milliards de dirhams augmente la dette d’autant. Vendre un immeuble au même prix apporte la même trésorerie, sans accroître l’encours des emprunts. L’État améliore ainsi ses comptes en cédant un patrimoine qu’il ne pourra vendre qu’une fois.

Pour la seule année 2025, ces opérations ont procuré 40,1 milliards de dirhams (3,7 milliards d’euros), environ 2,3 % du PIB. Sans cet apport, et à dépenses inchangées, le déficit affiché à 3,5 % du PIB aurait approché 5,8 %.

Rabat présente ces cessions sous l’appellation de « financements innovants ». Dans le rapport économique et financier annexé au budget 2027, le ministère des Finances reconnaît que leurs recettes ont progressé de 26,5 % par an en moyenne entre 2021 et 2025. Le FMI les comptabilise désormais en diminution des acquisitions nettes d’actifs non financiers, et non parmi les recettes ordinaires. Leur effet sur le déficit reste favorable, sans effacer les charges futures.

La dette baisse sur le papier, les loyers restent

La dette du Trésor ne résume cependant pas l’endettement du secteur public marocain. Selon une autre annexe du budget 2027, consacrée aux entreprises et établissements publics, les dettes de financement de ce secteur ont atteint 388,2 milliards de dirhams (35,3 milliards d’euros) fin 2025, en hausse de 17 % sur un an. Dans le même temps, les transferts budgétaires de l’État vers ces organismes ont progressé de 19 %, à 72,9 milliards de dirhams (6,6 milliards d’euros).

Aux charges des emprunts s’ajoutent les loyers des bâtiments cédés. Ils représentaient environ 7 milliards de dirhams (637 millions d’euros) en 2025, selon un chiffre de Bank Al-Maghrib repris devant le Parlement par Fouzi Lekjaa, alors ministre chargé du Budget. La même année, les intérêts et commissions de la dette du Trésor ont atteint 45,2 milliards de dirhams (4,1 milliards d’euros).

La note de présentation du budget 2027 mentionne explicitement les « biens loués par l’État dans le cadre du dispositif Financement innovant ». Le FMI demande de son côté davantage de transparence sur les obligations à long terme créées par ces contrats.

Le budget 2027 ne prévoit plus de nouvelles recettes de ces cessions immobilières. Les loyers contractés, eux, continueront à courir. Les bâtiments n’ont pas changé d’usage, les comptes affichent moins d’emprunts, mais une partie du patrimoine public a changé de mains et son occupation est devenue une dépense durable.