Chargement ...

Au Niger, l’Algérie convertit son autonomie stratégique en projection régionale


La stratégie algérienne consiste à répartir ses dépendances entre plusieurs partenaires afin de préserver une marge de décision.

La diversification de ses partenariats a longtemps servi à préserver la liberté de décision de l’Algérie. Elle lui fournit désormais les moyens d’agir dans son voisinage. Le Niger concentre ce changement autour de l’énergie, des infrastructures et de la coopération militaire.

Pendant des décennies, l’Algérie a projeté son influence par la diplomatie, la médiation et la coopération. Elle a aussi évité de confier à un seul partenaire sa défense, ses marchés, ses capitaux et ses infrastructures. La Russie a conservé un rôle central dans l’armement, la Chine s’est imposée dans les importations et les grands travaux, l’Union européenne dans le commerce et l’énergie, les États-Unis dans les hydrocarbures, les technologies et les capitaux, et la Turquie dans la production industrielle.

Les cinq articles économiques de Twala montrent que ces relations ne sont pas équivalentes. L’Union européenne reste le principal espace commercial et le débouché des hydrocarbures. Près de 828 milliards d’euros de marchandises ont circulé entre les deux parties de 2005 à 2025, sans empêcher le creusement du déficit algérien hors énergie. La Chine est devenue le premier fournisseur de l’Algérie, avec des échanges passés de 222 millions de dollars en 2001 à plus de 15 milliards en 2025. La relation reste largement favorable à Pékin.

Cinq partenaires, cinq fonctions

La Russie fournit le socle militaire et demeure un fournisseur commercial. En 2024, l’Algérie lui a acheté pour 2,02 milliards de dollars de marchandises et n’en a vendu que pour 7,67 millions. Les États-Unis occupent un espace plus ciblé dans les hydrocarbures, les technologies et les capitaux. Les entreprises américaines représentaient 29 % du stock d’investissements directs étrangers en 2024, principalement dans l’énergie. La Turquie se distingue par des investissements productifs, ses groupes fabriquant en Algérie tandis que Sonatrach investit en Turquie.

Cette architecture ne supprime pas les dépendances. Elle les distribue. La volonté de réduire la dépendance aux équipements et à la formation soviétiques apparaissait déjà dans une note américaine préparée avant la visite de Chadli Bendjedid aux États-Unis en 1985. À partir de 1999, Abdelaziz Bouteflika donne à cette orientation une ampleur diplomatique et économique. La Constitution révisée en 2020 en fixe ensuite le cadre pour les déploiements de l’ANP à l’étranger.

Le Niger comme point de bascule

Le Niger fournit le point d’actualité de cette stratégie. En 2026, l’Algérie a lancé son tronçon du TSGP, engagé une exploration à Kafra et envoyé un détachement aérien à Niamey à la demande des autorités nigériennes. Les Su-30 déployés en août sont russes. Leur présence traduit la capacité de l’Algérie à mobiliser un outil militaire acquis dans un partenariat pour une décision régionale qui lui appartient.

La projection reste régionale et dépend du contexte politique et des moyens disponibles. Mais le changement est concret. L’Algérie ne se contente plus de préserver une marge de décision entre plusieurs partenaires. Elle commence à employer cette marge au-delà de ses frontières. Le Niger en est le cas le plus visible.