Entre Alger et Paris, le désamour se poursuit. Et, à l’évidence, il s’inscrit dans la durée. S’adressant à la Nation le dimanche 29 décembre 2024, lors d’un discours fleuve devant les deux chambres du Parlement réunies en conférence, Abdelmadjid Tebboune a évoqué le dossier de la mémoire, qui continue de maintenir une brume sur les relations entre l’Algérie et la France.
Le chef de l’État a dénoncé avec force les crimes coloniaux : « Ils ont gazé les Algériens, Bugeaud est un génocidaire, que cela plaise ou pas. Ils ont enfumé des grottes. Cela n’est-il pas un génocide ? Mai 1945, où il y eut 45 000 morts, n’est-il pas un génocide ? », a-t-il rappelé, ne manquant pas de souligner, au passage, que le colonialisme a tué 5,63 millions d’Algériens.
Abdelmadjid Tebboune a expliqué que l’Algérie n’est pas en quête d’excuses, encore moins de compensations, mais qu’elle attend des dirigeants actuels de la France qu’ils reconnaissent les crimes coloniaux. « Je ne vous demande pas de vous excuser pour ce que vos ancêtres ont commis, mais reconnaissez, au moins », a-t-il souligné. La quête, a encore précisé Tebboune, a trait à « la reconnaissance morale pour ce qui s’est passé » et non à une quelconque compensation financière.
Une crise diplomatique qui s’enracine
« Vous êtes devenus une puissance nucléaire et vous nous avez laissé des maladies. Venez nettoyer, nous n’avons que faire de votre argent. Je ne laisserai pas tomber la mémoire, je ne demande ni euro, ni dollar, mais la dignité de nos ancêtres et de nos citoyens », a encore déclaré le chef de l’État à l’endroit des dirigeants français, à qui, a-t-il dit, il continuera de demander des comptes. « Je serai reconnaissant le jour où une statue géante de l’émir Abdelkader trônera dans la capitale française ».
Les relations entre l’Algérie et la France ont de tout temps évolué en dents de scie. Alger et Paris ont, à chaque fois, trouvé les moyens d’éviter que les crises atteignent des degrés de gravité insurmontables. Mais la crise qui a éclaté entre les deux capitales en juillet 2024 semble difficilement surmontable.
Dénonçant le soutien de la France au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental, exprimé par le président Macron au roi du Maroc et réitéré devant le Parlement marocain, l’Algérie a rapatrié son ambassadeur à Paris et a réduit sa représentation diplomatique en France. Depuis, les canaux de communication sont quasiment fermés.