Portée par la Coupe du monde, la FIFA prévoit désormais de dépasser les 15 milliards de dollars de revenus sur le cycle 2023-2026, bien au-delà de ses estimations initiales, qui ne dépassaient pas les 11 milliards. Les caisses sont pleines et, au terme d’un tournoi marqué par des scandales en cascade, le sport s’en est sorti avec un minimum de dégâts.
Sur le terrain, le spectacle n’était pas excellent. Il n’était pas mauvais non plus, malgré la surutilisation de la VAR et son emploi à géométrie variable. Des rencontres comme celles de l’Argentine contre le Cap-Vert et l’Égypte, ou encore celle opposant l’Angleterre au Mexique dans le mythique stade Azteca, resteront dans l’histoire du tournoi.
Mais on se rappelle à peine que des matchs ont été joués à Mexico et à Vancouver. Car c’était surtout une Coupe du monde américaine, où tout a été fait pour rendre le sport un peu plus populaire dans la Mecque du capitalisme, quitte à le soumettre aux codes américains de l’entertainment sportif, à l’image de la NFL ou de la NBA, avec tout le kitsch yankee qui va avec.
Le Mondial transformé en parc d’attractions
C’est donc un succès sur le plan financier, notamment grâce à une logique commerciale et publicitaire maximaliste, aux prix exorbitants des places dans les stades, à la multiplication des partenariats et à une politique tarifaire qui a souvent tenu les supporters les plus fidèles à l’écart des tribunes.
Dans plusieurs villes hôtes, assister à un match est devenu un luxe inaccessible pour une grande partie des amateurs de football, remplacés dans les gradins par des invités d’entreprises, des touristes fortunés et des célébrités américaines locales, soigneusement mises en scène par les réalisations télévisées, au grand désespoir des spectateurs à travers le monde.
Mais le scandale le plus criant a été causé, encore une fois, par l’administration Trump. La sélection iranienne a subi la plus grosse des injustices sous la forme des caprices fascistes de l’administration américaine, engagée dans une guerre injuste contre le pays perse. Empêchés d’entrer sur le territoire américain assez longtemps avant les matchs et obligés de le quitter une fois leurs rencontres terminées, les Iraniens ont été basés au Mexique et ont dû composer sans plusieurs préparateurs physiques et membres de l’encadrement, qui n’ont pas obtenu de visa.
Tout aussi scandaleux, le refoulement de l’arbitre somalien Omar Artan à son arrivée sur le territoire américain, malgré son accréditation officielle délivrée par la FIFA, a suscité un malaise durable et soulevé de nombreuses interrogations. Dans le cas de l’Iran comme dans celui d’Artan, la FIFA s’est révélée incapable de garantir l’équité de la compétition et des conditions de participation égales pour tous les acteurs.
À cela se sont ajoutées les critiques visant l’organisation, les longues files d’attente aux contrôles de sécurité, les difficultés de déplacement entre certaines villes hôtes éloignées de plusieurs milliers de kilomètres, les prix des transports décuplés et une expérience parfois pensée davantage pour le consommateur que pour le supporter.
Le tournoi aura confirmé qu’une Coupe du monde organisée sur un territoire aussi vaste exige une logistique hors norme, dont les coûts ont souvent été supportés par les fans.
Quand le terrain reprend ses droits
Pourtant, malgré cette accumulation d’incidents, le terrain a empêché que les scandales absorbent entièrement le récit du tournoi. Les débats auront davantage porté sur les décisions arbitrales et sur les exploits inattendus du Cap-Vert.
L’expression « le football a gagné » est devenue un lieu commun, mais elle a pris tout son sens à deux occasions au moins durant ce tournoi.
La première s’est présentée après l’écrasement des États-Unis par la Belgique, quatre buts à un, une victoire qui a mis fin, pour un temps, à la polémique Balogun. L’ingérence éhontée de Donald Trump auprès de Gianni Infantino pour faire lever la sanction de l’attaquant américain continuera de faire couler de l’encre, et il est difficile d’en prédire les conséquences. Mais sur le gazon, les Belges ont su faire respecter le football.
La deuxième occasion a été la victoire de l’Espagne en finale. Face à une Argentine au jeu agressif et controversé, couronné par une attitude de très mauvais perdants, plusieurs Argentins ayant agressé leurs adversaires après la fin du match, les Espagnols ont su garder leur calme et déployer leur jeu collectif de possession et de contre-pression, au point d’empêcher l’Albiceleste de tenter le moindre tir durant les 90 minutes réglementaires.
La Coupe du monde 2026 restera probablement comme celle de tous les superlatifs : la plus lucrative, la plus étendue, la plus commercialisée et peut-être aussi la plus politisée. La FIFA y trouvera la confirmation que son modèle économique est plus rentable que jamais.
Les amoureux du ballon rond, eux, retiendront surtout que, malgré les excès du spectacle, le football a limité la casse, en attendant de meilleurs jours.