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Présidentielle du 7 septembre : une élection sur un air de déjà vécu

Le compte à rebours du 7 septembre réveille les vieux réflexes de la scène politique. Autour de Tebboune, le FLN, le RND, El Moustakbel et El Bina ressuscitent le schéma de l’ère Bouteflika : alliance préfabriquée et promesse de retour sur investissement. Face à eux, le MSP tente d’exister par une candidature partisane et le FFS brise un tabou de 25 ans pour réinvestir la présidentielle.


Finies les hésitations ! La classe politique sort de sa torpeur, rompt avec ses ronronnements caractéristiques et, d’un coup, plonge dans le bain préélectoral. Comme si on leur a sonné le tocsin, les partis conviés à des consultations par le président Tebboune le mardi 21 mai, du moins les plus visibles d’entre eux, se sont empressés de se déterminer par rapport au rendez-vous du 7 septembre prochain.

Au lendemain du conclave du Centre international des conférences (CIC), quatre partis, le Front de libération nationale (FLN), le Rassemblement national démocratique (RND), le Front El Moustakbel et le Mouvement El Bina, se sont réunis pour appeler à une candidature unique le 7 septembre. Cette candidature « souhaitée » est celle du président sortant Abdelmadjid Tebboune.

Le vendredi 24 mai, soit le lendemain de la rencontre des quatre partis, Abdelkader Bengrina prend sur lui de révéler à quelle candidature pense l’alliance électorale à laquelle œuvrent El Bina, sa formation politique, le FLN, le RND et El Moustakbel : à celle d’Abdelmadjid Tebboune, bien sûr.

Le Mouvement El Bina a en effet annoncé son soutien à la candidature d’Abdelmadjid Tebboune pour un second mandat. Un soutien qui vaut appel au président sortant à se représenter pour un nouveau mandat. Un appel relayé dès samedi par les partis lilliputiens El Karama et le Front du militantisme national (FMN).

Une alliance électorale autour de Tebboune

L’initiative du FLN, du RND, d’El Moustakbel et d’El Bina a étrangement un air de déjà-vu. Le procédé consistant à se regrouper et à appeler d’une seule et même voix à une candidature à l’élection présidentielle n’est pas nouveau. Il a été expérimenté plus d’une fois du temps du président Abdelaziz Bouteflika. Plutôt avec réussite, puisque Bouteflika a effectué quatre mandats de suite et a tenté un cinquième.

Paradoxalement, comme du temps de Bouteflika, c’est autour du binôme FLN-RND que pivote la nouvelle alliance électorale, laquelle, gageons-le, muera en temps opportun en alliance présidentielle. Que ce soient les partis El Bina et El Moustakbel qui s’agrègent présentement autour du binôme, en lieu et place du MSP et de l’UDR (aujourd’hui disparu) d’Amara Benyounes, ne change pas grand-chose à l’équation politique, qui emprunte énormément à l’ère Bouteflika.

L’alliance présidentielle en construction conserve tous les ingrédients politiques de celle qui a vécu du temps de Bouteflika. Elle se décline dans une configuration doctrinale similaire à celle qui façonnait la précédente : conservatisme et islamisme « bon chic bon genre ». Dans cette nouvelle construction, le Mouvement El Bina prend la place du MSP et le Front El Moustakbel celle de l’UDR.

Il va sans dire que cette alliance, qui se propose comme béquille politique pour Abdelmadjid Tebboune, ne fera pas montre de philanthropie. Elle attendra certainement un retour sur investissement si Tebboune parvient à conserver son poste et son pouvoir. Sûrement, la récompense rêvée des quatre partis de cette alliance — qui pourrait s’élargir à d’autres formations — est de bénéficier de portefeuilles ministériels dans le futur gouvernement. Comme ce fut le cas par le passé.

On ne s’étonnerait pas, par ailleurs, de voir cette alliance autour de la candidature d’Abdelmadjid Tebboune prendre à l’avenir des aspects plus formels et évoluer vers une alliance parlementaire, afin de constituer la majorité qui voterait le plan d’action de l’exécutif et validerait ses bilans. Comme du temps de Bouteflika.

Le MSP, une candidature pour sortir de l’ombre

Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) a décidé de présenter une candidature partisane lors de l’élection du 7 septembre prochain : celle du président du parti, Abdelaali Hassani. C’est la seconde fois en 29 ans que le parti islamiste concourt pour la magistrature suprême avec un candidat issu de ses rangs. Le MSP avait présenté la candidature de son fondateur et premier président, Mahfoud Nahnah, à l’élection présidentielle du 16 novembre 1995, remportée par le général Liamine Zeroual.

Depuis, le MSP a vécu dans le giron du pouvoir. Intégré à tous les gouvernements, le parti s’est contenté de participer au pouvoir sans chercher à s’en emparer. La démarche dite « politique d’entrisme », inaugurée par Mahfoud Nahnah, est restée la ligne de conduite de l’ensemble des dirigeants qui se sont succédé à la tête du parti, même si, du temps d’Abderrazak Makri, les compromis avec le pouvoir étaient plus ou moins laborieux.

Avec sa candidature partisane, le MSP veut, sinon gagner la présidentielle, du moins sortir de l’ombre du pouvoir dans laquelle il a évolué depuis près de trente ans. En filigrane, la candidature d’Abdelaali Hassani pourrait aussi décourager celle d’Abderrazak Makri qui, dans un passé récent, avait fait part de son désir de postuler à la magistrature suprême en tant que candidat du parti, sinon en tant que compétiteur libre.

Le FFS, 25 ans après Hocine Aït Ahmed

Le Front des forces socialistes (FFS) participera à l’élection présidentielle du 7 septembre 2024. Son conseil national, réuni le week-end dernier, a tranché. Et c’est avec une candidature partisane, qu’il reste à désigner, que le parti entrera en compétition. Ce sera sûrement celle de son premier secrétaire national, Youcef Aouchiche. La seule fois où le FFS avait présenté un candidat à la présidentielle, c’était en 1999. Hocine Aït Ahmed, le président du parti, s’était porté candidat, mais il n’est pas allé au bout de l’aventure. Il s’était retiré de la course avec cinq autres candidats, laissant Bouteflika seul sur la piste.

La participation du FFS à l’élection présidentielle du 7 septembre est conséquente avec la démarche du parti de ces dernières années. Le parti s’est, petit à petit, éloigné de l’opposition frontale au pouvoir pour s’ouvrir au compromis. Les responsables du parti sont reçus en audience à El Mouradia et ont admis des points de convergence avec le président Tebboune, même si, pour sauver les apparences, ils évoquent à l’occasion la question des détenus d’opinion et des libertés en général.

L’entrée du FFS en compétition électorale poursuit, en arrière-plan, l’objectif d’éviter à la Kabylie un boycott qui la singulariserait, comme lors des rendez-vous électoraux passés où le taux de participation était le plus faible du pays.

Le FFS réussira-t-il la mission de mobiliser la Kabylie, région où il est fortement ancré, aux côtés du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) qui, lui, n’a pas encore tranché son attitude vis-à-vis du rendez-vous électoral de septembre prochain ?