Le ministre algérien des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ahmed Attaf, a reconnu, ce mercredi 31 juillet, lors d’une conférence de presse, que les relations algéro-françaises sont entrées « dans une crise sans précédent », après le soutien franc de la France au plan marocain pour le Sahara occidental.
Intervenant devant les médias au lendemain du retrait avec effet immédiat de l’ambassadeur d’Algérie en France, Said Moussi, le ministre des Affaires étrangères a affirmé que ce retrait n’est qu’un acte d’une riposte qui en appelle d’autres. « Nous allons encore réduire notre représentation diplomatique en France », a souligné Ahmed Attaf, qui s’est toutefois retenu d’annoncer quels pourraient être les autres aspects de la réaction algérienne.
Le ministre des Affaires étrangères a révélé, par ailleurs, que l’Algérie était au courant du changement de position de la France par rapport à la question du Sahara occidental depuis le dernier sommet du G7 tenu en Italie, auquel avait pris part le président Abdelmadjid Tebboune. Selon Ahmed Attaf, le président français, Emmanuel Macron, l’en a informé lors d’un aparté. Le président Tebboune lui aurait exprimé sa désapprobation sur-le-champ et de vive voix, selon la même source.
Le Sahara occidental au cœur de la rupture
La présidence de la République algérienne n’avait pas fait cas publiquement de cet élément de l’échange entre les deux présidents, laissant les observateurs conclure à un échange courtois entre deux chefs d’État qui revendiquent une solide amitié. Pour les observateurs, Tebboune et Macron auraient conversé autour de la visite du président algérien en France, prévue à l’automne prochain.
Ceci jusqu’à ce qu’Ahmed Attaf révèle l’objet de la discussion qui, finalement, a tourné autour d’une question épineuse, celle du Sahara occidental. Le président Macron, qui assume, dans une lettre à Mohammed VI, l’alignement de son pays sur le plan marocain pour le Sahara occidental, n’avait pas rencontré Tebboune à Bari pour lui annoncer une bonne nouvelle, mais une nouvelle pour le moins irritante.
Le ministre des Affaires étrangères a affirmé que, depuis, l’Algérie n’avait pas cessé de tenter de convaincre le gouvernement français de revenir sur cette position que Macron avait anticipé d’annoncer à son homologue algérien. Les contacts et les échanges entre les deux gouvernements, algérien et français, ont été maintenus jusqu’à il y a une semaine, où tous les contacts ont été totalement rompus.
Une visite d’État désormais compromise
Interrogé sur les répercussions de cette crise naissante entre Alger et Paris sur la visite d’État du président Tebboune en France à l’automne prochain, Ahmed Attaf n’a pas eu une réponse tranchée, mais a indiqué de manière diplomatique que celle-ci est compromise. « Ce que je peux vous dire, c’est que la démarche de la France n’est pas pour aider à la réussite de cette visite. »
Dénonçant le revirement de la France sur la question du Sahara occidental, Ahmed Attaf a souligné « le contexte étrange » dans lequel cela est intervenu, notant qu’il intervient au moment où l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental travaille à relancer le processus de paix et la recherche d’une solution équitable au conflit dans le cadre des résolutions onusiennes.