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Mohamed Bouchama, une plume du sport algérien, s’en est allée


Le journaliste sportif Mohamed Bouchama, figure du Soir d’Algérie, est décédé jeudi et a été inhumé vendredi au cimetière d’El Alia, à Alger, laissant derrière lui le souvenir d’un homme de rédaction, d’un compagnon de route pour toute une génération de confrères et d’une plume qui a longtemps servi la presse algérienne avec exigence, culture et dignité.

Né le 6 février 1966, Mohamed Bouchama a lié son nom pendant trente-six ans au Soir d’Algérie, devenu sa deuxième maison et sa deuxième famille. Son bref passage de quelques mois à peine comme rédacteur en chef de Maracana n’aura été qu’une parenthèse avant son retour au journal auquel son parcours restera attaché. Jusqu’à ses derniers jours, malgré la maladie et l’épuisement, il a continué à écrire, comme si la plume restait pour lui la dernière manière de tenir debout.

Dans un hommage publié après sa disparition, Amine Andaloussi, qui a partagé avec lui dix-huit années de rédaction, évoque un professionnel capable de maîtriser avec la même aisance l’ensemble des disciplines sportives. Chaque jour, écrit-il, Mohamed Bouchama animait plusieurs pages du journal avec une facilité déconcertante.

Lors des déplacements avec l’équipe nationale, en Coupe du monde comme en Coupe d’Afrique, il était cette « machine à écrire » dont les rédactions gardent longtemps le souvenir : reportages, analyses, billets de réflexion, titres percutants, angles justes. Sa plume ne s’arrêtait jamais.

Mais derrière le journaliste solide, cultivé, généreux dans le travail, il y avait aussi l’homme éprouvé. Amine Andaloussi rappelle qu’avant la maladie, Mohamed Bouchama avait déjà traversé les années sombres du terrorisme. Il avait quitté Djemaâ Lihoud pour s’établir à Mostaganem avec sa famille, afin de préserver sa vie, à une époque où des confrères tombaient sous les balles assassines.

Il avait survécu à cette violence-là, avant d’être rattrapé par une autre, plus lente, moins visible : le stress, la précarité, les difficultés de la presse écrite, la fatigue accumulée, les blessures d’un métier qui donne beaucoup et protège peu ceux qui le servent.

Peu avant sa mort, Mohamed Bouchama avait publié lui-même un cri de détresse. Il y disait son amour du pays et de son peuple, mais aussi sa déception devant ce qu’il avait vécu dans les hôpitaux, en particulier aux urgences cardiologiques de l’hôpital Mustapha, à Alger. Affaibli par une maladie suivie depuis 2009, il racontait s’être présenté pour être orienté, avoir été renvoyé d’un service à l’autre pour un simple ECG, puis être rentré chez lui sans consultation, souffrant, en attendant, écrivait-il, « un ordre divin de rejoindre l’au-delà ».

Dans ce texte, il disait aussi qu’un spécialiste lui avait parlé d’une greffe qui ne se faisait pas en Algérie, et que la prise en charge restait hors de portée pour un homme sans fortune, sans appui, sans accès aux cercles de pouvoir. Il écrivait n’être « pas fils d’un général », encore moins « un homme friqué », mais simplement un salarié d’un journal à peine capable de régler les salaires de ses employés.

Ce cri n’était pas seulement celui d’un malade. C’était celui d’un journaliste qui avait donné sa vie au métier et qui, au bout du chemin, se sentait abandonné. Il y avait dans ses mots la douleur d’un homme, mais aussi celle d’une génération de journalistes usés par les années de violence, les rédactions fragilisées, les salaires incertains, les maladies affrontées sans protection réelle.

Sa mort laisse une peine profonde dans la presse algérienne. Elle emporte un homme de culture, un artisan du journalisme sportif, un témoin des stades, des sélections, des grandes compétitions et des années difficiles. Elle rappelle aussi ce que ce métier a coûté à ceux qui l’ont exercé sans privilèges, avec pour seules armes leur plume, leur endurance et leur attachement au pays.

Mohamed Bouchama s’en est allé. Sa plume s’est arrêtée, mais son empreinte demeure dans la mémoire de ceux qui ont travaillé avec lui, lu ses papiers, partagé ses déplacements, ses veilles de bouclage, ses colères et sa fidélité au journalisme.