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Tebboune invoque le FMI pour les 400 milliards de dollars, ses chiffres disent autre chose


Abdelmadjid Tebboune voit l’économie algérienne franchir rapidement le seuil des 400 milliards de dollars. Le Fonds monétaire international, qu’il cite à l’appui de cette prévision, voit une trajectoire nettement moins spectaculaire.

« Nous pouvons atteindre les 400 milliards de dollars de PIB à la fin de 2026 ou au premier trimestre 2027 », a déclaré samedi le président de la République lors de son entretien avec la presse nationale. Il a ajouté que cette perspective était confortée par le FMI.

Le problème est que les dernières projections du Fonds, publiées le 21 septembre, ne conduisent pas à ce chiffre.

Le FMI prévoit une croissance de 3,8 % en 2026 puis un ralentissement à 3,1 % en 2027. Il évalue le PIB par habitant à 6 733 dollars cette année et à 6 979 dollars l’année prochaine. À ce niveau de richesse par habitant, un PIB de 400 milliards de dollars supposerait une population de plus de 57 millions d’habitants, très au-dessus de la population algérienne attendue en 2027.

Le Fonds chiffre par ailleurs le PIB algérien à 43 024 milliards de dinars en 2026 et 45 041 milliards en 2027. Rien, dans son tableau de prévisions, ne fait apparaître les 400 milliards de dollars évoqués par Tebboune.

L’écart ne porte pas seulement sur la taille du PIB. Tebboune décrit une économie reposant sur une « base solide » et estime que l’Algérie s’approche en 2027 d’un « point de non-retour » dans son développement. Le FMI emploie un vocabulaire autrement plus prudent.

Dette en hausse, réserves en baisse

Le Fonds reconnaît une croissance robuste et des progrès dans la diversification. Mais il avertit surtout que les déficits budgétaires ont épuisé les marges de manœuvre financières et que les marges extérieures se sont réduites.

Le déficit budgétaire atteindrait 9,6 % du PIB en 2026 puis 10,2 % en 2027. La dette publique passerait de 53,2 % à 60,4 % du PIB en un an. Elle grimperait ensuite à 66,4 % en 2028, puis à 79 % en 2031.

Les réserves officielles reculeraient de 68,9 milliards de dollars en 2024 à 46,5 milliards cette année, puis à 41 milliards en 2027. Le FMI les projette sous les 20 milliards en 2031.

Le Fonds attribue cette dégradation aux déficits élevés, à la hausse des importations et au recul des exportations d’hydrocarbures. Il recommande de réduire progressivement le déficit, d’accroître les recettes hors hydrocarbures et de mieux maîtriser l’investissement public.

Autre désaccord, le dinar. Tebboune défend un contrôle strict des sorties de devises pour préserver les réserves. Le FMI préconise davantage de flexibilité du taux de change, alors que l’écart avec le marché parallèle continue de se creuser.

Le président prévoit également de poursuivre la hausse des salaires en 2027. Le Fonds anticipe pour cette même année un déficit public supérieur à 10 % du PIB.

Tebboune mise sur une croissance qui placerait bientôt l’Algérie à un « point de non-retour » dans son développement. Le FMI prévoit une croissance qui ralentit, une dette qui monte et des réserves qui baissent.

Les 400 milliards de dollars concentrent cet écart. Tebboune les attend dans quelques mois. Ils ne figurent pas dans les projections du Fonds.