Dans une réflexion publiée sur Facebook, l’ancien ministre de l’Industrie Ferhat Aït Ali livre une charge frontale contre ce qu’il présente comme l’un des grands poisons politiques des sociétés bloquées : la tentation d’imputer leurs faiblesses à « l’autre », au passé colonial, à l’Occident ou aux ennemis extérieurs. Pour lui, ce réflexe n’est pas une analyse, mais un refuge. « L’autre n’est jamais un justificatif à nos glissements, c’est juste un prétexte low cost », écrit-il.
Le propos ne nie pas les rapports de domination ni les blessures de l’histoire. Il les renvoie à leur juste place : celle d’un facteur, non d’une excuse totale. « Même quand il y est pour quelque chose, la faiblesse est en nous, le vent ne cassant que les fenêtres mal conçues », poursuit l’ancien ministre. L’image résume sa thèse : les pressions extérieures existent, mais elles ne suffisent pas à expliquer les blocages de sociétés qui refusent de reconnaître leurs propres fragilités.
L’exemple des pays d’Asie orientale
Ferhat Aït Ali oppose ainsi les pays d’Asie orientale, comme la Chine, le Japon, le Vietnam ou la Corée, à des sociétés restées prisonnières d’une mémoire transformée en doctrine de l’impuissance. Les premiers, selon lui, ont connu des destructions autrement plus lourdes, mais ont « tout revu et reconstruit en silence ». Les autres auraient entretenu leurs « faiblesses originelles » en les imputant sans cesse à autrui.
La cible est aussi interne. L’ancien ministre vise les élites locales qui prospèrent sur le ressentiment, mais aussi les « faux amis » occidentaux, « faussement compatissants et réellement anesthésiants », qui conforteraient les peuples dominés dans une posture victimaire au lieu de les pousser à construire. À ses yeux, le danger n’est pas seulement l’ennemi déclaré. Il réside aussi dans ces discours qui flattent la plainte et détournent des chaînes réelles du présent.
Sortir du sentiment victimaire
Cette critique débouche sur une mise en garde politique. « Il est peut-être temps », écrit-il, de s’émanciper « de l’emprise la plus fatale pour la construction des nations, celle du sentiment victimaire général, décliné en justification à tout ». Pour Ferhat Aït Ali, une nation ne se construit pas en troupeau, ni dans la répétition des mêmes slogans, mais par « des idées, des consensus, des conflits d’idées et d’intérêts » et par la confrontation pacifique de projets.
La charge atteint son point le plus politique lorsqu’il s’en prend à cette mentalité de déresponsabilisation collective, invitant à « arrêter de crier au loup, quand on voit dans sa glace un mouton ». Derrière la rudesse de l’image, Ferhat Aït Ali défend une idée de souveraineté fondée sur la lucidité, la production et l’organisation, plutôt que sur la seule désignation des coupables. À ses yeux, l’Occident redoute moins les ennemis bruyants et inoffensifs que l’émergence de futurs « concurrents perspicaces et productifs ».