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La rivalité entre les États-Unis et la Chine et le piège de Thucydide

La rivalité entre les États-Unis et la Chine exprime désormais un basculement de l’ordre mondial, marqué par le déclin relatif de l’hégémonie américaine, la montée en puissance chinoise, le poids de la dette publique américaine, la suprématie du dollar et les tensions autour de Taïwan. Lahouari Addi relit cette confrontation à travers le piège de Thucydide : la guerre devient-elle inévitable lorsqu’une puissance montante défie une puissance dominante ?


Des techniciens de l’US Navy sur le pont de l’USS George Washington, en mer de Chine méridionale, théâtre central de la rivalité stratégique entre Washington et Pékin. Photo : AP/Na Son Nguyen.

Dans un discours prononcé à l’occasion de la visite de Donald Trump à Pékin en mai dernier, le président Xi Jinping a invité les États-Unis à ne pas tomber dans le piège de Thucydide, rappelant que ce n’est pas une fatalité qu’une puissance déclinante et une puissance montante entrent en guerre.

À son retour à Washington, Trump a répondu sur son réseau Truth Social que les États-Unis étaient en déclin sous l’administration Biden, mais pas sous la sienne. Par ce tweet de quelques mots, Trump a montré qu’il n’avait pas compris les propos de Xi Jinping et qu’il n’avait jamais entendu parler de Thucydide, l’historien de l’Antiquité grecque.

Ce que le président chinois disait à son hôte est que les États-Unis ont perdu le monopole de la suprématie dans le monde et qu’il serait dangereux de vouloir la reconquérir par la guerre. Il a invité les Américains à accepter le changement de l’équilibre géopolitique mondial en faveur de la Chine et à limiter la compétition entre les deux puissances à l’économie.

La rivalité croissante entre les deux pays est l’expression d’un changement dans l’équilibre géopolitique mondial, où l’hégémonie américaine n’est plus ce qu’elle était après la Seconde Guerre mondiale. Et, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les États-Unis sont victimes des lois inexorables du capitalisme dont ils ont été l’incarnation flamboyante depuis un siècle.

Ces lois qu’ils ont défendues les ont affaiblis dans une division internationale du travail qui a intégré des espaces périphériques autrefois structurellement sous-développés. En insérant la Chine dans la mondialisation, le capital international espérait faire d’une pierre deux coups : produire avec de bas salaires et s’implanter dans un marché de plus d’un milliard de consommateurs potentiels.

Trente ans après, les Occidentaux réalisent qu’ils ont contribué à l’émergence d’un concurrent puissant qui les défie sur leur terrain, un concurrent autrement plus dangereux pour leurs intérêts stratégiques que la Russie.

L’insertion de la Chine dans la division internationale du travail et ses conséquences

À partir des années 1980, les entreprises américaines ont délocalisé vers la Chine et d’autres pays du Sud, estimant que les salaires des ouvriers américains étaient trop élevés. Elles ont choisi d’approvisionner le marché américain avec des produits qu’elles fabriquaient en Chine, au Mexique, au Vietnam…

La mondialisation des années 1980 et 1990 a été un phénomène de délocalisation de grande ampleur, obéissant aux contraintes de rentabilité du capital financier. Les différentes administrations, républicaines et démocrates, ont encouragé le mouvement en supposant que la Chine, fabriquant des jeans et des poupées pour le marché américain, aurait un pouvoir d’achat qui lui permettrait d’acheter des marchandises à forte valeur ajoutée comme les avions Boeing et les ordinateurs HP.

La Chine a joué le jeu tout en remontant les chaînes de production pour maîtriser le savoir-faire des entreprises étrangères. Ses universités ont formé des centaines de milliers d’ingénieurs et de cadres qui ont doté les ateliers des années 1990 de laboratoires qui les ont transformés en unités innovantes.

En deux décennies, la Chine est arrivée à maîtriser les technologies relatives à l’intelligence artificielle, à l’énergie, à la robotique, aux matériaux de pointe et à la biotechnologie. Les centres de recherche et développement chinois égalent ceux d’Europe et des États-Unis, mettant fin à la dépendance technologique.

À partir de 2015, par son PIB, la Chine était devenue la deuxième puissance économique mondiale. Il n’y a jamais eu, dans l’histoire, un développement économique aussi rapide et d’une telle ampleur.

L’accumulation primitive du capital en Angleterre et en France, qui avait préparé le développement industriel, s’était étalée sur deux siècles, au cours desquels ces deux pays se sont imposés comme des puissances économiques mondiales.

Les États-Unis se sont inquiétés de la croissance rapide de la Chine, qui met en cause leur hégémonie, particulièrement en Asie et en Amérique latine, où la doctrine Monroe est tenue en échec.

À la compétition militaro-idéologique entre l’Occident capitaliste et le bloc communiste de l’après-guerre a succédé la rivalité politico-économique entre l’Occident et la Chine. Ce dernier pays semble avoir maîtrisé la grammaire de la concurrence capitaliste, défiant les pays occidentaux sur le terrain où ils avaient démontré leur supériorité : l’économie.

Les Chinois ont profité des contradictions du capitalisme mondial en accueillant les multinationales qui produisaient pour le reste du monde et non pour le marché chinois. La stratégie consistait à utiliser la force de travail locale et à exporter les marchandises produites en attendant que le capital privé national maîtrise le savoir-faire des firmes étrangères.

La Chine a fait le pari de s’intégrer dans l’économie mondiale par l’exportation de biens manufacturés, en faisant jouer les avantages comparatifs. Elle ne s’est pas refermée au système de prix international ; elle lui a obéi tout en améliorant la productivité du travail et du capital pour atteindre la compétitivité requise.

C’est comme si le choix avait été fait d’insérer des millions de travailleurs dans le champ de la production manufacturière mondiale. Cela a conduit à la formation d’un marché intérieur avec sa propre demande effective, dans le sens de Keynes, qui accompagne une croissance tirée par les exportations.

Cette stratégie est attestée par l’évolution des salaires mensuels : 49,5 euros en 2000 ; 81,6 euros en 2011 et 281,3 euros en 2020. Il faut noter cependant que si la Chine s’est ouverte au libéralisme économique, elle a refusé le néolibéralisme qui efface la frontière entre biens marchands et biens non marchands.

En effet, ni l’éducation, ni la santé, ni les transports en Chine ne sont exclusivement des sources de profit. Le secteur d’État fournit ce que l’économiste Alfred Marshall appelait « les économies externes », qui sont des coûts supportés par la collectivité pour permettre au capital, public et privé, de dégager des profits.

L’État a fourni les économies externes qui ont permis à la production nationale de prospérer : santé, éducation, infrastructures, communications, finance. Le modèle de croissance chinois se caractérise par les éléments suivants. 1. Une production manufacturière orientée d’abord vers l’exportation. 2. La formation d’une demande effective locale à la suite de l’accroissement du pouvoir d’achat des différents groupes sociaux. 3. Un secteur économique d’État jouant le rôle d’économies externes.

La Chine a accepté la suprématie du dollar tout en achetant des bons du Trésor aux États-Unis et en constituant la plus grande réserve de change au monde, principalement dans la monnaie américaine.

Le dollar et la dette publique américaine

Le dollar a été déclaré de facto comme monnaie internationale en 1944 par les accords de Bretton Woods, qui avaient cependant pris la précaution de relier sa parité à l’or. Sa convertibilité était garantie par le volume d’or détenu par la Réserve fédérale, convertibilité supprimée en 1971 par l’administration Nixon pour financer la guerre au Vietnam.

Le Congrès votera désormais des dépenses militaires sans se soucier ni de la parité avec l’or ni de l’équilibre du budget de l’État, espérant que le surplus par rapport au PIB sera absorbé par le reste du monde.

Depuis, le volume de dollars en circulation s’est démultiplié et, malgré des fluctuations conjoncturelles, la monnaie américaine est restée solvable en raison d’une économie américaine en expansion qui n’avait pas de concurrents à sa taille dans les années 1970 et 1980.

Lorsque les chocs pétroliers de 1973 et 1979 se sont produits, la demande de dollars s’est accrue à la suite de l’augmentation des prix des hydrocarbures. Les États-Unis et les monarchies du Golfe, dont l’Arabie saoudite, avaient conclu un pacte tacite selon lequel les ventes d’hydrocarbures seraient libellées en dollars.

C’est ainsi que sont nés les pétrodollars, qui ont intégré le circuit financier américain, comme si les PIB des monarchies du Golfe s’ajoutaient à celui des États-Unis pour donner au dollar une robuste validité internationale.

Il n’empêche que le dollar baissait parfois, ce qui avait des effets sur les balances du commerce extérieur de tous les pays du monde. Lorsqu’un interlocuteur de John Connally, secrétaire au Trésor sous l’administration Nixon, s’en était plaint, ce dernier lui avait répondu : « Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème ».

C’étaient les années 1970, au cours desquelles le principal adversaire, l’Union soviétique, était sur la défensive, la Chine était encore sous-développée et les dirigeants du tiers-monde avaient perdu leur ardeur révolutionnaire.

L’Empire était au sommet de sa puissance avec un dollar-roi incarné par la Bourse de New York, sur laquelle s’alignaient celles de Londres, Francfort, Paris, Tokyo… Le soft power du dollar suffisait pour imposer le consensus de Washington entre le FMI, la Banque mondiale et le Trésor américain, auquel les autres pays ne pouvaient résister.

Une question se pose et les économistes devraient s’y intéresser. La masse des dollars en circulation n’est-elle pas trop grande par rapport au PIB américain ? Une monnaie nationale appartient à un marché domestique où elle assure l’équilibre monétaire entre l’offre et la demande de biens et services.

Lorsqu’une monnaie devient internationale, elle donne au pays émetteur l’illusion de l’argent facile. Il y a comme un syndrome de la monnaie internationale qui finit par la faire s’effondrer, comme l’atteste la livre sterling britannique, qui a cessé d’être internationale après 1929.

Les économistes devraient tester l’hypothèse, par une analyse empirique, selon laquelle le surplus de dollars, que ni l’économie réelle ni l’économie virtuelle, Wall Street, n’absorbent, se transforme en dépôts bancaires qui alimentent l’essentiel de la dette publique américaine.

Ne trouvant pas d’investissements qui les sollicitent, certains capitaux se dirigent vers le Trésor américain, qui les prête au gouvernement pour financer ses dépenses. Une partie du volume de dollars en circulation fait suite à des projets politiques votés au Congrès et non à des nécessités économiques.

C’est là un des facteurs qui participent à l’enflement de la dette publique, qui est passée de 500 milliards de dollars en 1976 à 39 000 milliards en 2025. Elle atteindra 54 000 milliards en 2034 selon le CBO, Congressional Budget Office.

En conséquence, la dette publique augmente, et avec elle le service de la dette, qui s’est élevé en 2025 à 1 000 milliards, représentant 14 % du budget de l’État fédéral, dépassant le budget du ministère de la Défense.

Si l’on ajoute le déficit budgétaire, s’élevant à 1 833 milliards de dollars, et le déficit de la balance commerciale, 918,4 milliards de dollars en 2024, il est facile de déduire que les Américains vivent au-dessus de leurs moyens. Ils consomment en valeur plus qu’ils ne produisent en biens et services en une année.

Cela est possible parce que les États-Unis n’ont pas la contrainte d’acheter des devises étrangères puisque leur monnaie est la devise internationale. Si le syndrome de la monnaie internationale se vérifie, il est dans l’intérêt des Américains de revenir sur la décision de l’administration Nixon de suspendre la convertibilité du dollar avec l’or.

Le débat sur la dette au Congrès est permanent et les différents courants politiques proposent des solutions que les uns et les autres refusent. L’aile gauche du Parti démocrate, Bernie Sanders, Alexandria Ocasio-Cortez…, souhaite mettre à contribution les entreprises florissantes et les grandes fortunes pour éponger la dette, tandis que leurs adversaires républicains proposent d’opérer des coupes budgétaires dans les dépenses sociales liées à l’éducation, aux services publics, à l’aide aux pauvres, food stamps, et à Medicare et Medicaid, programmes de santé gratuits pour les Américains âgés de plus de 65 ans.

Pour ne s’aliéner ni les riches qui financent son parti ni sa base électorale, qui compte beaucoup de Blancs pauvres, Donald Trump croit avoir trouvé la solution en imposant des tarifs douaniers sur les produits importés. Mais la mesure est controversée, car, outre qu’elle est inflationniste, elle risque de provoquer des représailles que craignent les exportateurs américains de biens et de services.

Avec la dette publique colossale, l’État américain risque d’être dans une situation de cessation de paiement qui menace d’effondrement le système financier mondial.

En étudiant les guerres dans l’histoire de l’Europe des XVIIe-XIXe siècles, l’universitaire américain Niall Ferguson observe que celles-ci éclatent lorsque le service de la dette du pays dépasse le budget militaire (cf. Niall Ferguson, « Ferguson’s Law: Debt Service, Military Spending and the Fiscal Limits of Power », History Working Paper, Hoover Institution, February 2025).

Est-ce là l’explication du changement de nom du ministère de la Défense, désormais appelé ministère de la Guerre par l’administration Trump ? L’Amérique se prépare-t-elle à déclarer la guerre au Canada et au Danemark pour annexer leurs territoires, alléger la dette publique et affronter la Chine dans de meilleures conditions financières ?

L’émergence de la puissance économique chinoise

Le développement économique de la Chine a été, aux yeux de ses dirigeants, une nécessité géopolitique dans une région où la prospérité du Japon et le décollage économique de la Corée du Sud et de Taïwan, trois pays alliés aux États-Unis, étaient une menace existentielle pour le Parti communiste chinois.

Attirant des investissements américains, la Corée du Sud et Taïwan se développaient, au contraire de la Corée du Nord et de la Chine continentale, confrontées à la pauvreté. Pékin devait se débarrasser de l’économie administrée pour éviter l’effondrement qu’a connu l’Union soviétique.

À la fin des années 1970, Deng Xiaoping avait perçu qu’à moyen terme, le Parti communiste perdrait le pouvoir si l’écart économique avec Taïwan se creusait. Pour éviter cette perspective, il a imposé un changement radical de la doctrine économique du parti. Il avait compris que pour être indépendant des puissances étrangères et posséder une armée forte, il fallait maîtriser la grammaire économique du capitalisme.

Après des luttes au sommet de l’État et du parti entre réformateurs et gardiens du temple, le courant de Deng Xiaoping est sorti vainqueur, rompant avec l’économie administrée qui planifie les quantités et fixe les prix des marchandises. Il avait compris que la souveraineté d’un pays dépend de la force de son économie et de sa balance commerciale.

À cet effet, il élaboré le concept d’« économie socialiste de marché » pour légitimer l’insertion de la Chine dans la mondialisation capitaliste. Il disait à ses compatriotes : « Il est glorieux de s’enrichir », les invitant cependant à le faire sur la base du travail productif et non sur la base des activités spéculatives.

La nouvelle politique économique orientait le capital privé vers la production manufacturière destinée à l’exportation. En 1999, le nombre des entreprises privées, 1,5 million, était presque aussi élevé que celui des entreprises publiques, 1,6 million. Entre 1996 et 2000, le volume d’emplois du secteur privé est passé de 11,71 millions à 24,07 millions.

Les successeurs de Deng Xiaoping ont continué dans sa voie en faisant de la Chine la deuxième économie mondiale après celle des États-Unis dans les années 2000. Son PIB n’a cessé d’augmenter depuis les réformes, atteignant 21 000 milliards de dollars en 2025 selon le FMI, représentant 17,65 % de l’économie mondiale.

Rappelons qu’il ne représentait que 1,7 % du total mondial en 1978. En comparaison, celui des États-Unis est de 32 000 milliards, représentant 25 % du PIB mondial. Aujourd’hui, la Chine est la deuxième puissance et les économistes prévoient qu’elle dépassera les États-Unis dans un futur proche.

De partenaire commercial, la Chine est devenue le principal rival militaire des États-Unis. Son objectif est de récupérer Taïwan après avoir récupéré Hong Kong en 1997, et d’instaurer son hégémonie dans la zone indopacifique, devenue une aire de rivalité stratégique. Ce que craignent entre autres les Américains, c’est que la Chine traduise sa puissance économique en force militaire, surtout que Pékin dispose de la plus importante réserve de change au monde, estimée à 3 442 milliards de dollars.

Selon des rapports du Pentagone de 2020, la Chine possède 350 navires militaires contre 293 pour l’US Navy, ainsi que plus de sous-marins, 55 contre 53. La Chine prévoit par ailleurs d’avoir un millier de têtes nucléaires opérationnelles en 2030. En 2027, la marine chinoise sera forte de 400 navires, dont des porte-avions, des destroyers furtifs et des sous-marins nucléaires.

Les États-Unis ont certes plus d’avions de combat, mais la Chine a doublé en trente ans son budget de la Défense, ce que ne peuvent se permettre les États-Unis car leur budget est plombé par la colossale dette publique, à moins de supprimer le financement des dépenses sociales comme la santé et les retraites, ce qui ferait basculer des millions de personnes sous le seuil de pauvreté.

Comment réagiront les États-Unis face à ce nouveau défi militaire dans la zone indopacifique qu’ils contrôlaient ? Chinois et Américains tomberont-ils dans le piège de Thucydide ou sauront-ils l’éviter ?

Le piège de Thucydide

La guerre du Péloponnèse, dont l’historien grec a rendu compte, a duré plus de trente ans, opposant Sparte à Athènes avec la même logique qui régit aujourd’hui les relations internationales.

Thucydide est le premier théoricien qui a observé que les rapports entre États sont régulés par le rapport de force et la peur d’être dominé. Sparte, État guerrier et première puissance navale de la Méditerranée à son époque, se méfiait d’Athènes, dont l’ascension était perçue comme une menace existentielle.

Les guerres entre les nations contemporaines appartiennent à la problématique élaborée par Thucydide il y a 2 500 ans. Les tensions qui avaient mené à la guerre entre Sparte et Athènes sont similaires à celles qui marquent aujourd’hui les relations entre les États-Unis et la Chine, qui se disputent l’hégémonie mondiale.

C’est la thèse de l’universitaire américain Graham Allison, professeur de relations internationales à Harvard, qui a publié un ouvrage en 2018 intitulé « Destined for War. Can America and China escape Thucydides’s trap? ».

Le livre a fait suite à un séminaire annuel dans lequel Allison et ses étudiants ont analysé 16 compétitions entre États européens entre les XVIIe et XXe siècles. Ils ont observé que, sur les 16 cas étudiés, 12 ont donné lieu à une guerre entre un État puissant et un autre perçu comme menaçant sa puissance.

De l’analyse historique, Allison tire la loi qu’il dit trouver chez l’historien grec Thucydide, qui écrit : « C’est l’ascension d’Athènes et la peur qu’elle a suscitée chez Sparte qui ont rendu la guerre inévitable ».

Thucydide est le premier théoricien qui a observé que les relations entre États sont régulées par le rapport de force et la peur d’être dominé. Sparte, État guerrier et première puissance méditerranéenne, se méfiait d’Athènes, dont l’ascension était perçue comme une menace existentielle.

Les guerres des deux derniers siècles entre nations européennes, et la guerre froide des années 1950-1980 entre les États-Unis et l’Union soviétique, appartiennent à la problématique théorique élaborée par Thucydide il y a 2 500 ans. Elle est au cœur de la compétition présente entre les États-Unis et la Chine, qui se disputent l’hégémonie mondiale. La Chine conteste la présence militaire américaine dans le Sud-Est asiatique, considéré comme sa zone d’influence, et veut récupérer Taïwan, protégée par les États-Unis.

Ce dernier pays acceptera-t-il que la Chine devienne le futur hégémon ou bien lui déclarera-t-il la guerre pour l’empêcher d’être la future première puissance mondiale ? C’est le piège de Thucydide dont parle Allison, qu’il espère voir évité. Car il y a 2 500 ans, si Sparte et Athènes avaient eu l’arme nucléaire, il n’y aurait eu plus tard ni culture gréco-romaine ni civilisation méditerranéenne.