Le journaliste Mustapha Bendjama a annoncé avoir été à nouveau convoqué par la brigade de cybercriminalité, selon un message publié sur Facebook, prolongeant une série de procédures engagées contre lui ces dernières années.
Et comme si cela ne suffisait pas, il a déjà passé deux années en prison.
Le reste, on commence à le connaître. Ou plutôt, à s’en lasser.
Car derrière cette convocation de plus, il y a une mécanique qui ne surprend plus personne — sauf peut-être ceux qui refusent encore de la nommer. Une mécanique qui ne passe pas forcément par un grand procès spectaculaire, mais par une succession de petites pressions, régulières, répétées, presque routinières.
Prenez son procès de février 2026 à Annaba. Deux à trois minutes pour répondre, selon lui. Interrompu. Pressé. Écourté. Une audience suspendue pour traiter d’autres affaires, comme si le sien pouvait attendre, ou se régler en accéléré. Puis, à l’arrivée, une peine alourdie : d’un an avec sursis à un an ferme.
On pourrait dire : c’est la justice, elle tranche. Sauf que pour trancher, encore faut-il écouter. Et c’est là que le bât blesse. Car ce qui frappe, dans cette affaire, ce n’est pas seulement la décision. C’est la manière. Le rythme. L’accumulation.
Mustapha Bendjama ne découvre pas la procédure judiciaire. Il y est désormais installé. Une convocation, puis une autre. Une affaire, puis la suivante. Une dizaine, dit-il, depuis le Hirak. À ce niveau, ce n’est plus une succession de dossiers. C’est un régime de pression. Une trajectoire. Et une trajectoire qui use.
À force d’être convoqué, défendu, jugé, rappelé, ce n’est pas seulement du temps qu’on prend à un journaliste. C’est son énergie. Sa concentration. Sa capacité à faire ce qu’il est censé faire : travailler, enquêter, écrire.
La sanction ne tombe plus seulement au moment du jugement. Elle s’installe avant. Dans la répétition. Dans l’incertitude. Dans cette impression qu’à tout moment, tout peut recommencer.
Les convocations, les procédures, les décisions, relèvent du fonctionnement ordinaire de la justice. Soit. Leur répétition, en revanche, change leur portée et installe une contrainte qui dépasse le seul cadre judiciaire. C’est une pression continue, assez diffuse pour ne pas dire son nom et suffisamment constante pour l’entraver durablement.
Et cela se mesure.
Mustapha Bendjama est un jeune journaliste. Un de ceux qui ont encore l’envie, l’énergie et le potentiel. Justement ce que toute société devrait chercher à préserver. Pas à user. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. À force de répéter les procédures, ce n’est plus seulement un cas que l’on traite. C’est un individu que l’on érode.
La question n’est donc plus de savoir s’il doit répondre à la justice. Elle est de savoir combien de fois, à quel rythme, et dans quelles conditions. Et surtout : jusqu’à quand. Parce qu’à un moment, il faudra bien le dire clairement : ce harcèlement doit cesser.