J’avais abusé du Chivas. C’est la seule explication rationnelle.
Dans mon rêve, l’Algérie avait d’abord sorti la Suisse, puis la Colombie, avant de retrouver l’Argentine en quart de finale. Une revanche, évidemment. Trois semaines après le 3-0 du premier tour, les Argentins avaient moins fière allure.
Maza, que tout le monde appelait désormais « Mazadona » sans que personne ne sache vraiment qui avait commencé, dribblait jusqu’aux ramasseurs de balle. Il avait déjà terminé la phase de groupes meilleur dribbleur du tournoi. Dans mon sommeil, il allait aussi en devenir le meilleur passeur.
Amoura, de retour de blessure, marquait contre l’Argentine, puis encore contre le Brésil en demi-finale. À force, il avait dépassé les 46 buts de Slimani avec l’équipe nationale. On le retrouva après le match en train de consoler l’ancien recordman. Il lui promettait un jubilé, des centres aériens pendant quatre-vingt-dix minutes et tous les penalties, jusqu’à ce qu’il récupère son bien. Slimani ne semblait pas convaincu, mais dans les rêves aussi les grands buteurs comprennent qu’un record n’est qu’un appartement loué.
Le Brésil, lui, n’avait rien compris. Il avait attaqué pendant une heure et perdu sur deux contres. Bensebaini et Mandi se serraient les coudes dans l’axe, parce que les latéraux algériens s’oubliaient régulièrement et se prenaient pour des ailiers. À chaque montée d’Aït-Nouri, Petković retirait sa gabardine. À chaque retour défensif réussi, il la remettait.
Après la qualification, il racontait à qui voulait le croire qu’il avait prévu tout cela depuis le début. Il ajoutait qu’il voulait même emmener Fawzi Chaouchi à la Coupe du monde, mais que son staff l’en avait dissuadé. Personne ne savait s’il plaisantait. Avec Petković, un gardien tous les deux matchs tient lieu de conférence de presse.
Puis vint la finale contre la France.
Les Français déposèrent des réserves avant le coup d’envoi. Ils estimaient que Bentaleb était trop imposant, que sa taille inhumaine effrayait leurs milieux et constituait peut-être une forme de dopage morphologique. La FIFA promit d’étudier le dossier après la finale, comme elle promet toujours d’étudier les dossiers quand elle espère surtout qu’ils disparaissent.
Donald Trump, saisi par l’histoire, autorisa un pont aérien pour transporter les supporters algériens vers le stade. Oum Dorman, mais avec des Boeing, des contrôles biométriques et des billets revendus six fois leur prix. Dans les tribunes, on chantait comme si le monde entier avait été conçu pour cette soirée.
Maza élimina deux Français dès la troisième minute. Amoura frappa le poteau. Mahrez posa le ballon pour tirer un coup franc. Bentaleb entra dans la surface et les milieux français reculèrent par réflexe.
C’est à ce moment-là que je me suis réveillé.
Il fallait aller pisser. Le Chivas réclamait sa part du match. Je suis resté quelques secondes immobile, partagé entre l’envie de connaître le résultat et la peur de réveiller ma femme. Et si j’avais pissé sur le lit, elle me ferait une scène, les voisins se réveilleraient et l’Algérie ne saurait jamais si elle avait gagné la Coupe du monde.
Je me suis levé sur la pointe des pieds. Dans le salon, la télévision était restée allumée. Un bandeau rouge annonçait que le FIS était donné vainqueur des législatives du lendemain, selon les sondages.
Mahrez n’avait toujours pas tiré.