Le but du joueur égyptien Mostafa Ziko face à l’Argentine, annulé suite à une intervention de la VAR, continue de générer de la polémique, deux jours après l’élimination des Pharaons suite à une rencontre intense au 8e de finale de la Coupe du monde 2026.
Le joueur, ainsi que son sélectionneur Hossam Hassan ont crié à l’injustice après le match, alimentant une nouvelle controverse dans ce tournoi déjà secoué par l’ingérence éhontée du président américain dans l’affaire Balogun.
Donald Trump s’était vanté de son ignorance des règles du jeu avant de révéler avoir demandé au président de la FIFA, Giovanni Infantino, d’intervenir pour permettre à l’attaquant américain Folarin Balogun, de jouer contre la Belgique après avoir reçu un carton jaune au match précédent face à la Bosnie. Le dirigeant suisse s’est exécuté, provoquant de vives réaction au plus grand scandale de cette coupe du monde.
Heureusement que les Belges ont étouffé l’histoire en écrasant les États-Unis 4-1, en présence du joueur. Leur victoire a laissé place, le lendemain, à une nouvelle affaire.
Le but annulé de Ziko, qui en a pourtant marqué un autre similaire (et valide) quelques minutes plus tard, est devenue le point focal de la polémique et le symbole d’un arbitrage biaisé qui aurait défavorisé l’Égypte.
Une majorité d’observateurs estiment que la VAR est allée trop loin en intervenant pour faire annuler le but de Mostafa Ziko. Quelques commentateurs considèrent que la décision était justifiée dans son respect de la lettre des règles du jeu.
Et il ne s’agit pas de commentaires des supporters écrits sous le coup de l’émotion vu le scénario du match (2-0 pour l’Égypte jusqu’à la 79e minute, 2-3 pour l’Argentine au sifflet final). Ce sont les avis de professionnels, des anciens arbitres et joueurs dont le football de haut niveau a été le métier.
« Si on accorde une faute pour cela, si on revient 100 mètres en arrière pour dire ‘désolé, c’était une faute et on va refuser un des meilleurs buts du tournoi…je pense que c’est de la pure foutaise », a lancé l’ancien international anglais Alan Shearer sur le podcast The Rest Is Football. Pour lui, et au-delà du recours à la VAR, l’intervention du milieu de terrain égyptien Marwan Attia sur Lisandro Martinez pour récupérer le ballon ne constituait même pas une faute.
Même son de cloche chez l’ancien arbitre anglais Mark Clattenburg. « Je ne pense pas que A. c’était une faute et B. la VAR devait intervenir pour faire annuler ce but », a-t-il déclaré à Fox Sports.
L’ancien arbitre anglais Graham Scott, a lui aussi considéré que le but de Ziko aurait dû être accordé. «Le fait de l’avoir refusé est une erreur, tant au regard de la lettre que de l’esprit du protocole de la VAR », a-t-il écrit dans un article publié par The Athletic et le New York Times.
Du côté opposé de la polémique, l’ancien arbitre italien Pierluigi Collina a estimé que la décision était correcte. « Si une faute est commise durant la construction de l’action et qu’elle est susceptible d’avoir une incidence sur le but, l’arbitre vidéo recommande une analyse au bord du terrain », a-t-il affirmé sur le site de la FIFA. « La règle ne précise pas de distance par rapport au but ni de durée limite entre l’endroit ou le moment de la faute et le but », a-t-il précisé.
À noter que même si Collina est probablement l’officiel le plus respecté du monde du football, il est aussi directeur de la sous-division Arbitrage de la FIFA, et la défense des arbitres qu’il exprime est prévisible. À rappeler aussi que sa carrière sur le terrain a pris fin en 2005 suite à un contentieux avec la fédération italienne. L’arbitre avait décidé de signer un contrat de partenariat avec Opel, alors que le constructeur automobile était également le sponsor de l’AC Milan. Interdit d’officier les rencontres de la Serie A à cause de ce conflit d’intérêt, Collina avait pris sa retraite.
Mais que penser du fait que des arbitres internationaux expérimentés tirent des conclusions différentes devant une même décision ? La situation est d’autant plus consternante qu’au début du tournoi, des interventions similaires à celle contre Martinez n’étaient pas sifflées par les arbitres.
C’est ce que relève l’autre ancien international anglais, Gary Lineker. « [La VAR] n’était pas aussi utilisée que ça au début du tournoi, et maintenant ils veulent l’utiliser un peu plus. Et ils vont probablement l’impliquer moins vu la polémique suscitée », a-t-il dit sur le podcast The Rest Is Football. « Le problème n’est pas nécessairement les gens qui l’utilisent, le problème est la VAR elle-même », a-t-il ajouté.
L’ironie est que la VAR a été introduite pour essayer de réduire les erreurs d’arbitrage, et donc des décisions injustes. Des bourdes comme le but non-comptabilisé de Frank Lampard face à l’Allemagne en 2010 ou encore la main de Thierry Henry face à l’Irlande en 2009 ont accéléré l’introduction de cette technologie, utilisée pour la première fois en coupe du monde lors de l’édition de 2018 en Russie.
Les Anglais ont de quoi prétendre au statut de l’équipe qui a souffert le plus de l’injustice en coupe du monde. La Main de Dieu en 1986, le but refusé de Lampard, le carton rouge de Beckham en 1998 sont quelques exemples des injustices subies par la sélection aux trois lions. Mais ils ont également profité des erreurs d’arbitrage, notamment pour remporter leur seul trophée mondial en 1966 avec le fameux but fantôme.
On serait tenté de croire qu’à la longue, le football corrige ses injustices en en créant d’autres, mais pourquoi donc les décisions controversées ne profitent jamais aux « faibles » ? Pourquoi les erreurs semblent-elles aller dans le sens des favoris ? C’est la question qu’a posé le présentateur sud-africain Trevor Noah sur son podcast. Et elle trouve un début de réponse chez Joe Cole, l’ancien international anglais.
« Je pense que ce qui s’est passé [sur le but de Ziko] c’est du biais subconscient », a indiqué l’ancien attaquant de Chelsea, expliquant que l’improbabilité d’un résultat tel que l’Égypte qui bat l’Argentine influence indirectement les décisions. « J’ai constaté durant ma carrière que les arbitres favorisent les grandes équipes et les grands joueurs, et j’ai joué dans de grands clubs ainsi que dans de petits clubs. C’est la nature humaine », a-t-il ajouté.
La nature humaine fera toujours partie de l’équation et de sport restera cruel, avec ou sans la VAR. Le football sublime l’injustice, les supporters l’acceptent tant bien que mal, et la défaite de l’Égypte face à l’Argentine rejoindra la longue liste des belles tragédies de la Coupe du monde, produites par des erreurs d’arbitrage ou des connivences anti-sportives sur le terrain. Ce qui est beaucoup moins beau, ce qui met en péril l’avenir du football, ce sont les magouilles d’Infantino, qui a inventé un « prix FIFA de la paix » sur mesure pour Donald Trump, signalant que la vulgarité et l’audace des puissants sera accommodée aux dépends de l’intégrité du jeu.