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Y a qu’à, faut qu’on


Le président Abdelmadjid Tebboune lors de la réunion consacrée aux conséquences des incendies, le 30 août 2026. Photo Présidence de la République.

Le feu n’était pas encore éteint que l’État avait déjà trouvé sa doctrine. Il fallait exécuter les incendiaires.

Le président de la République a demandé au ministre de la Justice de modifier le Code pénal avant le 15 septembre pour permettre l’application de la peine de mort aux auteurs d’incendies volontaires. Il a aussi ordonné l’indemnisation intégrale des sinistrés, le rétablissement de l’eau, du gaz, de l’électricité et des télécommunications en une semaine et le retour rapide à la normale dans les régions touchées.

Voilà. Y a qu’à. Faut qu’on.

Pendant des jours, les forêts ont brûlé, encerclant des villages et poussant des familles à fuir. Des hommes sont morts, des réseaux ont été coupés et, dans plusieurs localités, des habitants ont attendu les secours en regardant les flammes descendre vers leurs maisons. La première réponse politique consiste pourtant à annoncer le châtiment de ceux qui auraient mis le feu avant même que l’on sache quelle part des départs de feu était volontaire.

Il existe évidemment des incendiaires. Il faut les arrêter, les juger et les condamner lorsque les faits sont établis. Cela relève de la justice et personne ne songe à leur distribuer des médailles. Mais l’incendiaire possède une qualité politique. Il simplifie tout.

Une fois le coupable désigné, on peut oublier les lignes électriques, les pistes forestières, les réserves d’eau, l’état des forêts, les moyens aériens et les délais d’intervention. La catastrophe n’interroge plus l’État ni sa capacité à prévenir et à combattre le feu. Un homme a craqué une allumette. Circulez.

Une enquête sérieuse devrait précisément empêcher cette paresse en commençant par établir les faits. D’où sont partis les principaux foyers, pourquoi certains incendies sont-ils devenus incontrôlables, quels moyens étaient disponibles et à quel moment ont-ils été engagés ? Il faudrait aussi examiner l’état des réseaux électriques et des dispositifs de prévention dans les zones touchées. C’est seulement après ce travail qu’on peut séparer le crime de l’accident et la fatalité de la négligence.

Mais non. On préfère parler de la peine de mort.

L’avantage politique est remarquable. Elle ne coûte rien à annoncer et produit immédiatement une impression de fermeté. L’État qui, quelques heures auparavant, courait derrière le feu devient soudain celui qui promet de faire trembler les incendiaires. L’autorité est rétablie dans le communiqué. Pour le reste, on verra plus tard.

Puis viennent les autres injonctions. Il faut rétablir l’électricité et l’eau, indemniser les sinistrés, réparer les dégâts et ramener rapidement la vie à la normale. Tout cela est évidemment nécessaire. Rien de tout cela ne devrait pourtant constituer une révélation présidentielle. Réparer un réseau détruit, reloger une famille et indemniser une victime ne sont pas des largesses accordées depuis le sommet. C’est le travail ordinaire de l’État lorsqu’une catastrophe survient.

Le problème est qu’il faut désormais le président de la République pour rappeler à chaque administration son métier. Dans un État qui fonctionne, le distributeur d’électricité sait qu’il doit rétablir l’électricité sans attendre une instruction présidentielle. Les services chargés des sinistrés n’ont pas besoin qu’on leur explique qu’il faut les recenser et les indemniser. Les collectivités connaissent ce qu’elles ont à réparer. Les plans d’urgence existent avant l’urgence et ne naissent pas dans le compte rendu d’un Conseil des ministres.

À force de vouloir montrer un président qui décide de tout, on finit surtout par montrer un État qui attend qu’il décide de tout. Le « y a qu’à, faut qu’on » cesse alors d’être une plaisanterie de comptoir pour devenir une méthode de gouvernement. Y a qu’à modifier la loi. Faut qu’on exécute les incendiaires. Y a qu’à indemniser à 100 %. Faut qu’on rétablisse les réseaux en une semaine. Puisque l’ordre a été donné, le problème est réputé traité.

Le feu, malheureusement, ne lit pas les communiqués. Il se moque aussi des effets d’annonce. Ce qui empêche un départ de feu de devenir une catastrophe se décide bien avant les premières flammes, avec des forêts entretenues, des lignes surveillées, des moyens disponibles, des routes praticables, des secours préparés et une administration capable d’agir sans attendre que quelqu’un lui rappelle qu’elle existe.

Punir les responsables lorsqu’ils existent est le travail de la justice. Les trouver avant même d’avoir cherché les causes est seulement plus confortable. Le « y a qu’à, faut qu’on » a toujours réponse à tout. C’est justement pour cela qu’il ne répond à rien.