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Éducation : Tebboune reprend en main les réformes et la parole du ministère


Abdelmadjid Tebboune entend désormais contrôler jusqu’au moment où les réformes de l’école peuvent être annoncées. Dimanche, le président a ordonné que tout changement concernant l’Éducation soit d’abord examiné en Conseil des ministres et qu’il ne fasse auparavant l’objet d’aucun « marketing médiatique ». Une consigne qui ressemble à un recadrage après plusieurs mois durant lesquels le ministre Mohamed Seghir Saâdaoui avait pris les devants.

Le chef de l’État a également demandé de tenir l’établissement scolaire à l’écart des « courants idéologiques » et des « conflits politiques » et de maintenir le débat sur un terrain « exclusivement pédagogique ». Le message intervient après qu’une réforme pédagogique a déclenché une bataille idéologique.

Saâdaoui avait ouvert le dossier dès décembre 2025. Devant l’Assemblée populaire nationale, il avait annoncé qu’il avait été « décidé » de supprimer en terminale les matières jugées secondaires et sans rapport avec la spécialisation des élèves. La Commission nationale pour la qualité de l’éducation avait, disait-il, achevé son étude sur la réforme des programmes. Twala relevait alors que la définition même d’une matière « non essentielle » promettait des affrontements, notamment autour de l’éducation islamique et de la philosophie.

L’été a donné raison à cette prévision. Les nouvelles grilles préparées pour 2026-2027 ont sensiblement redessiné le cursus : l’anglais commence avant le français, le dépasse au BEM et devient, dans plusieurs filières scientifiques de troisième année secondaire, la seule langue étrangère maintenue. Parallèlement, la spécialisation progresse au détriment de plusieurs enseignements communs.

Le débat a rapidement quitté les salles de classe. Horaires et coefficients sont devenus des marqueurs identitaires. Langues étrangères, arabe, islam et mémoire nationale ont été mobilisés dans la controverse. L’Association des oulémas musulmans algériens elle-même avait fini par appeler à ne pas transformer un désaccord pédagogique en guerre idéologique.

Neuf jours pour défaire un calendrier

Mais la reprise en main avait commencé avant même cette polémique. Le 30 juillet, le ministère avait officiellement fixé la rentrée des élèves au 6 septembre, celle des enseignants au 30 août et celle des personnels administratifs au 23 août. L’administration s’était mise en ordre de marche.

Neuf jours plus tard, le calendrier était défait. Le 8 août, ce n’est pas Saâdaoui mais le Premier ministère qui annonçait que les élèves ne rentreraient finalement que le 21 septembre, « sur instructions » de Tebboune. Les enseignants reprendraient le 13 septembre et les administratifs le 6. Entre-temps, des députés avaient invoqué la chaleur et des professionnels de l’hôtellerie demandé au président de prolonger les vacances. Le calendrier préparé par le ministère n’avait pas résisté à l’arbitrage présidentiel.

Dimanche 6 septembre, Tebboune est allé un cran plus loin. Il ne se réserve plus seulement le dernier mot : il fixe désormais les conditions dans lesquelles une réforme peut être rendue publique avant que ce dernier mot soit prononcé.

Saâdaoui reste ministre et continue de piloter administrativement la rentrée. Le ministère peut étudier, préparer et exécuter. Mais pour annoncer une réforme touchant des millions d’élèves, il faudra désormais passer par le Conseil des ministres.

Dans un système déjà fortement présidentialisé, même la grille horaire d’une classe devient ainsi une affaire susceptible de remonter à El Mouradia. Le ministre de l’Éducation garde son portefeuille. Tebboune, lui, vient d’en récupérer les clés.