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Tout ce qui brûle avec les arbres

De Tizi Ouzou aux montagnes de Jijel, de Skikda ou d’El Tarf, ces images racontent un même territoire façonné par le relief et par des générations de travail. Une luxuriance fragile, née autant de la nature que du lien ancien des habitants avec la montagne. Quand le feu passe, ce sont des vergers, des troupeaux, des revenus, des paysages et des souvenirs qui disparaissent avec lui.


Il faut regarder longtemps ces montagnes pour comprendre qu’elles ne sont pas seulement vertes. Elles sont travaillées. Sous les oliviers, la terre a été retournée. Le long des pentes, des pierres ont été assemblées pour retenir les sols. Les treilles ont été dressées, les arbres taillés, les sources ménagées, les sentiers ouverts et entretenus année après année.

Ici, un verger finit par se confondre avec la forêt, un troupeau disparaît derrière les arbres, un potager surgit au fond d’un vallon. De Tizi Ouzou aux montagnes de Jijel, de Skikda ou d’El Tarf, les paysages changent à peine de langue. Ils racontent la même patience.

Des générations ont appris à tirer de ces reliefs abrupts des olives, des figues, des raisins, des grenades, des légumes et du fourrage. C’est cette abondance silencieuse qu’il faut avoir vue pour mesurer un incendie. Car lorsque le feu descend une montagne, il ne brûle jamais seulement des arbres.

Au printemps, l’herbe et les fleurs effacent les limites entre pâturages, vergers et forêt.

Au-dessus des terres cultivées, la forêt protège les sols, retient l’humidité et forme avec les vergers un même paysage continu.

Cette apparente permanence cache des années de taille, d’entretien et d’attente.

Les murets de pierre retiennent la terre, ralentissent l’eau et permettent de cultiver là où le relief semblerait l’interdire.

Certains arbres finissent par appartenir au paysage autant qu’aux familles qui les entretiennent.

Un enfant dans les bras, elle regarde les arbres après les avoir arrosés. Il y a dans cette attente quelque chose qui dépasse la récolte : l’espoir de voir grandir. Dans ces montagnes, on donne parfois un nom aux bêtes, parfois aux arbres, et on leur parle. La terre y est travaillée et accompagnée, saison après saison.

Même dans les plus petites parcelles, rien n’est laissé tout à fait au hasard.

Un sentier se faufile entre les arbres, les murs de pierre et les cultures, reliant les maisons aux parcelles et dessinant cette géographie intime que les cartes savent rarement raconter.

Aux marges des champs, le cultivé et le spontané poussent ensemble jusqu’à devenir indissociables.

Dans une montagne cultivée, chaque source et chaque filet d’eau peuvent décider de la vie d’un jardin.

Des mois séparent ces fleurs minuscules des olives qu’elles promettent.

L’année agricole avance lentement, au rythme de ce que les arbres consentent à donner.

La vigne est soutenue et accompagnée jusqu’au fruit.

La profusion visible à la fin de l’été est le résultat de mois de soins, d’eau et de patience.

Les vergers font de certaines parcelles de véritables jardins nourriciers, serrés entre la montagne et les maisons.

Les raquettes du figuier de Barbarie bordent murs, talus et chemins, dessinant les limites des parcelles et formant aussi un rempart vivant contre le feu.

Pendant quelques semaines, les terres cultivées prennent l’apparence d’une végétation sans maître.

Chaque morceau de terrain disponible trouve ici sa place dans l’économie de la montagne.

Le printemps rend visible cette richesse que les mois secs feront oublier.

Sur quelques kilomètres de pente, plusieurs saisons peuvent ainsi cohabiter.

Vergers et élevage ne forment pas deux mondes séparés, mais les différentes couches d’une même économie rurale.

Les bêtes aussi façonnent ces paysages en les parcourant.

La montagne peut sembler généreuse, mais cette abondance a un poids. Quelqu’un, toujours, le porte.