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Carnet d’un voyage algérien en Égypte

En Égypte, les cartes postales cohabitent avec le vacarme, les marchandages, les longues routes et les petites surprises du quotidien. Du Caire à Alexandrie, puis de la mer Rouge aux pyramides de Gizeh, ce carnet suit le regard de notre reporter sur un pays familier de loin, beaucoup plus déroutant lorsqu’on le parcourt.


Du Caire à Alexandrie, d’Alexandrie à Hurghada, puis de Hurghada à Gizeh, mon voyage en Égypte aura été une succession de contrastes. Une ville immense et bruyante, une cité méditerranéenne tournée vers la mer et l’histoire, une station balnéaire où le bleu de la mer Rouge domine tout, avant de terminer face aux pyramides, ces monuments que l’on a vus des centaines de fois en photographie mais dont la réalité dépasse largement l’image.

Pour le touriste algérien qui cherche une destination dépaysante sans forcément disposer d’un budget considérable, l’Égypte apparaît comme l’une des options les plus intéressantes. La proximité géographique, les liaisons aériennes, la diversité de l’offre touristique et, surtout, la possibilité de composer un séjour selon ses moyens en font une destination relativement accessible.

Mais voyager en Égypte demande aussi quelques précautions. Il faut notamment connaître les formalités d’entrée. À mon arrivée, le sticker que l’on collait auparavant sur le passeport pour 30 dollars avait laissé place à un papier avec un QR code, payable uniquement par carte Visa ou Mastercard, au prix de 36 dollars par personne.

Il faut aussi comprendre le fonctionnement du pourboire et apprendre à négocier les prix, que ce soit pour les souvenirs ou pour certains services.

C’est cette Égypte-là que j’ai découverte.

Le Caire, la ville qui ne dort jamais

La première impression est celle d’une ville gigantesque, dense, bruyante et constamment en mouvement. Les voitures, les taxis, les bus, les piétons, les klaxons et les commerces semblent fonctionner simultanément dans une sorte de désordre parfaitement organisé.

Il y a d’abord le Caire islamique, avec ses mosquées et ses vieilles ruelles. Khan Al-Khalili est probablement l’un des meilleurs endroits pour ressentir cette profondeur historique. Le célèbre bazar est une expérience à lui seul. Les boutiques, les épices, les objets artisanaux et les vendeurs composent un univers où le tourisme et la vie quotidienne se mélangent.

C’est également là que le visiteur comprend rapidement une règle essentielle : en Égypte, il faut savoir dire non. Le marchandage fait partie du voyage. Certains vendeurs sont sympathiques et jouent le jeu avec humour. D’autres peuvent se montrer insistants. Le touriste doit donc apprendre à distinguer la simple sollicitation commerciale de la tentative de lui faire payer beaucoup trop cher.

Puis vient la citadelle de Saladin, installée sur les hauteurs du Mokattam. Depuis ses remparts, la vue sur Le Caire permet de comprendre l’immensité de la ville. Les minarets apparaissent à perte de vue, rappelant le surnom de « ville aux mille minarets » donné à la capitale.

Le Caire, vu depuis la citadelle de Saladin.

Le Caire possède également un patrimoine chrétien remarquable, notamment dans le quartier copte. L’Église suspendue, construite au-dessus des vestiges de la forteresse romaine de Babylone, en est l’un des monuments les plus connus.

Impossible de parler du Caire sans parler du Nil. Le fleuve traverse la capitale et lui donne une atmosphère particulière. Mais c’est surtout la nuit qu’il offre un autre spectacle : les lumières de la ville se reflètent sur l’eau tandis que les bateaux glissent entre les deux rives. Depuis le Nil, Le Caire dévoile alors un visage plus calme.

Le Nil by night.

Alexandrie, l’Égypte méditerranéenne

Après l’agitation du Caire, Alexandrie donne presque l’impression de changer de pays. Le rythme est différent. L’air marin modifie l’atmosphère. La Méditerranée devient le décor principal et la ville semble davantage tournée vers l’horizon.

Fondée en 331 avant notre ère par Alexandre le Grand, Alexandrie fut l’un des grands centres intellectuels et culturels du monde antique. Son héritage gréco-romain reste visible notamment dans les catacombes de Kom el-Chouqafa et la colonne dite de Pompée.

Mais Alexandrie n’est pas seulement une ville de ruines. La citadelle de Qaitbay, construite au XVe siècle sur l’emplacement de l’ancien phare d’Alexandrie, se dresse face à la Méditerranée.

À l’intérieur, couloirs et salles permettent de parcourir la forteresse, mais c’est surtout depuis ses hauteurs que le site prend toute sa dimension : la mer s’étend à perte de vue et le regard embrasse une large partie de la ville.

Citadelle de Qaitbay.

Alexandrie possède une identité méditerranéenne très forte. La corniche, les cafés, les restaurants de poissons et les promenades au bord de l’eau donnent à la ville un caractère très différent de celui du Caire.

Pour un voyageur algérien, cette dimension méditerranéenne crée d’ailleurs une proximité particulière. On retrouve une mer que l’on connaît, une cuisine où les poissons et les produits de la mer occupent une place importante, mais dans un environnement culturel différent.

L’un des symboles touristiques et culturels d’Alexandrie reste évidemment la Bibliotheca Alexandrina. Elle se veut l’héritière de la mythique bibliothèque antique et constitue aujourd’hui l’un des grands symboles culturels de la ville.

Stanley Bridge, Alexandrie.

Hurghada, l’Égypte tournée vers la mer Rouge

Après les monuments et les vieilles pierres, Hurghada change complètement le scénario. Ici, ce ne sont plus les pyramides, les mosquées ou les vestiges gréco-romains qui dominent le paysage. C’est la mer.

Ancien village de pêcheurs, Hurghada est aujourd’hui l’une des principales destinations touristiques de la mer Rouge, avec ses hôtels, ses plages et ses excursions en bateau.

Pour le touriste qui veut simplement se reposer, la destination s’y prête parfaitement. Pour celui qui cherche davantage d’activités, elle offre notamment plongée, snorkeling et sorties vers les îles.

Les îles Giftoun constituent notamment l’une des principales attractions de la région. Les eaux transparentes et les récifs coralliens permettent de découvrir une autre richesse naturelle de l’Égypte, très éloignée des monuments de la vallée du Nil.

Hurghada possède également une dimension urbaine. Son centre-ville, ses marchés traditionnels et sa marina permettent de sortir quelques heures de l’univers des hôtels.

Mais soyons honnêtes : on ne vient pas à Hurghada pour passer ses journées dans un marché. On vient pour la mer. Une mer d’un bleu turquoise éclatant, presque irréel, dont les nuances semblent changer à chaque instant.

À Hurghada, la présence massive de touristes venus de Russie et d’Europe de l’Est est d’ailleurs impossible à manquer. Dans certains hôtels, sur les plages et dans les rues, le russe est omniprésent. Au point que l’on entend parfois le surnom « Russghada ».

Hurghada a récemment fait son entrée dans les programmes de plusieurs agences de voyages algériennes. Les vols directs au départ d’Alger, proposés depuis peu, permettent désormais aux touristes algériens de rejoindre plus facilement cette station balnéaire de la mer Rouge.

Gizeh, finir face aux pyramides

Et puis arrive Gizeh. Après un trajet de huit heures par bus depuis Hurghada.

Même après plusieurs jours en Égypte, même après avoir vu des dizaines de photographies des pyramides, le premier face-à-face avec elles provoque quelque chose de difficile à expliquer.

Les pyramides ne sont pas seulement grandes. Elles sont anciennes. Terriblement anciennes.

Le plateau de Gizeh appartient à la nécropole de Memphis, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il abrite les pyramides de Khéops, Khéphren et Mykérinos ainsi que le Sphinx.

La pyramide de Khéops est la plus ancienne et la plus imposante des trois. Elle est aussi la dernière des Sept Merveilles du monde antique encore debout. Construite il y a plus de 4 500 ans, elle donne immédiatement la mesure de l’écart entre les livres d’histoire et la réalité.

La pyramide de Khéphren semble presque aussi haute que celle de Khéops parce qu’elle est construite sur un terrain légèrement plus élevé. Son sommet conserve encore une partie de son revêtement calcaire.

Et devant le complexe se trouve le Sphinx. Corps de lion, visage royal, regard tourné vers l’horizon : il constitue l’un des monuments les plus célèbres de la planète.

Mais une fois sorti de la zone des pyramides, le contraste est saisissant.

Dans les secteurs que j’ai parcourus autour des grands sites archéologiques et du Grand Musée égyptien, l’environnement urbain m’est apparu beaucoup moins séduisant. Certaines rues sont négligées, les sollicitations nombreuses et la circulation particulièrement désordonnée.

Les tuk-tuks, très nombreux, se mêlent aux voitures et aux minibus, tandis que les klaxons, omniprésents, rappellent par leur intensité l’agitation du Caire. L’ambiance peut rapidement devenir pesante pour un visiteur qui souhaite simplement se promener.

Pyramide de Khéops.

À la nuit tombée, je ne me suis pas senti suffisamment à l’aise dans certains secteurs pour m’y aventurer longtemps. J’ai préféré rejoindre directement mon hôtel après mes visites plutôt que de me promener dans les rues environnantes.

Gizeh reste ainsi une étape incontournable pour son patrimoine exceptionnel, mais beaucoup moins séduisante, à mes yeux, lorsqu’on s’éloigne des sites qui ont fait sa renommée.

Dans l’assiette : découvrir les saveurs de l’Égypte

Un voyage en Égypte ne serait pas complet sans parler de sa cuisine.

Le premier plat que j’ai rencontré est le foul, préparé à base de fèves mijotées et généralement accompagné d’huile, de citron, d’ail et d’épices. Il est particulièrement présent au petit-déjeuner.

Les falafels, souvent appelés taamya en Égypte, sont également très populaires. Contrairement à certaines versions du Moyen-Orient préparées principalement avec des pois chiches, la version égyptienne est traditionnellement préparée à partir de fèves.

Impossible également de passer à côté de la kebda skanderani, du foie assaisonné et grillé que l’on retrouve dans de nombreux restaurants et échoppes.

Dans les villes côtières comme Alexandrie et Hurghada, les produits de la mer prennent naturellement une place importante. Poisson grillé, crevettes, calamars et autres fruits de mer permettent de découvrir une autre facette de la gastronomie égyptienne.

Pour les desserts, impossible de passer à côté des glaces d’Azza Gelati. Très populaires à Alexandrie, elles se distinguent par leurs goûts généreux et leur texture particulièrement crémeuse. Elles font partie de ces petites découvertes que l’on finit par associer spontanément à une ville.

Une Égypte généreuse, mais parfois fatigante

Il serait facile de raconter uniquement la beauté des pyramides, la mer Rouge, les monuments et les couchers de soleil.

Mais le voyage a aussi son envers.

L’Égypte est un pays extrêmement touristique et cela se ressent. Le bakchich fait partie du quotidien. Dans certaines situations, il semble presque impossible d’y échapper.

Un service, une aide, une photo, une indication, une petite attention : tout peut devenir l’occasion de demander quelques livres égyptiennes. Il faut donc avoir de petites coupures et apprendre à gérer cette réalité sans se laisser emporter par l’agacement.

J’en ai moi-même fait l’expérience à plusieurs reprises.

Dans les gares routières, par exemple, les travailleurs chargés de mettre les bagages dans les bus n’hésitent pas à réclamer un bakchich à chaque passager dès qu’ils ont pris en charge sa valise. Le geste est parfois présenté comme allant de soi : le bagage est chargé, puis la main se tend.

Dans les restaurants, le phénomène prend une autre forme. À l’addition, certains établissements ajoutent des frais de service pouvant représenter entre 10 et 15 % du prix du repas. Il ne s’agit pas exactement du bakchich traditionnel demandé directement par quelqu’un, mais d’une somme supplémentaire liée au service, qu’il faut intégrer au budget lorsqu’on mange au restaurant.

Et puis il y a ceux qui essaient de tirer parti de la méconnaissance des prix par les touristes, en gonflant les tarifs ou en faisant payer un service dont le coût n’avait pas été clairement annoncé.

J’en ai fait moi-même les frais à la fin de mon séjour.

Depuis mon hôtel à Gizeh, je devais rejoindre l’aéroport international du Caire. J’ai commandé une course sur Uber et l’application affichait un tarif d’environ 500 livres égyptiennes, soit une dizaine de dollars américains.

Mais le chauffeur m’a proposé directement une course à 25 dollars, soit environ deux fois et demie le prix indiqué sur l’application. Face à cet écart, difficile de ne pas y voir une tentative de profiter de la situation et de la méconnaissance éventuelle des tarifs locaux par le touriste.

La meilleure défense reste souvent la même : demander le prix avant, négocier lorsque c’est nécessaire, rester poli mais ferme et ne pas craindre de dire non.

Le patrimoine a un prix

Un autre point négatif concerne le coût des billets d’entrée aux sites historiques et archéologiques.

Auparavant, les touristes venant des pays arabes bénéficiaient d’une catégorie tarifaire spécifique. Les billets qui leur étaient proposés étaient plus chers que ceux réservés aux Égyptiens, mais moins élevés que les tarifs appliqués aux autres visiteurs étrangers.

Lors de mon séjour, ce tarif spécifique ne m’a pas été proposé et les prix appliqués étaient ceux des visiteurs étrangers. Une évolution qui alourdit considérablement le budget consacré aux visites.

À titre d’exemple, l’entrée générale sur le plateau des pyramides était affichée à 700 livres égyptiennes par personne au moment de mon passage, tandis que l’accès à la citadelle de Saladin coûtait 550 livres.

Pour un voyageur disposant d’un budget limité, l’accumulation de ces entrées finit donc par peser.

Enfin, il existe un détail qui peut surprendre le visiteur : les chiens.

Ils sont nombreux et font véritablement partie du décor urbain. On en croise dans les rues, près des monuments, dans certains quartiers ou aux abords des hôtels. Pourtant, contrairement à l’image que l’on pourrait avoir de chiens errants agressifs, beaucoup semblent intégrés à leur environnement et ne prêtent pratiquement aucune attention aux passants.

Au bout du voyage, les images se mélangent : le tumulte du Caire, l’air marin d’Alexandrie, le bleu de la mer Rouge, la pierre de Gizeh. L’Égypte reste spectaculaire, mais ce sont souvent ses détails les plus ordinaires, ses fatigues et ses imprévus qui finissent par donner au voyage sa véritable couleur.