À Béjaïa, on continue de désigner la place du 1er-Novembre par son ancien nom colonial, place Gueydon. Il vient de l’amiral Louis-Henri de Gueydon, gouverneur général de l’Algérie de 1871 à 1873, au moment où l’insurrection de Mokrani était écrasée et où la Kabylie subissait le génocide et les confiscations qui suivirent. Les noms officiels changent plus vite que les habitudes d’une ville. Ici, pourtant, ce qui a traversé les générations n’est pas l’enseigne, c’est le geste. On vient jusqu’à la balustrade, on s’y arrête, puis le regard part vers les cargos, les barques, les nuages et les montagnes enneigées. La rénovation a refait le sol, le mobilier et la lumière. Elle n’a pas changé ce pour quoi on vient ici : regarder Béjaïa s’ouvrir sur son horizon.