L’entretien accordé samedi par Abdelmadjid Tebboune à la presse nationale a livré une série de prises de position fortes, sur le Niger, les Émirats, les prix, l’économie, les incendies de Jijel ou encore la peine de mort. Ces dossiers montrent une même manière d’exercer le pouvoir, où la décision et son récit remontent ensemble vers la présidence.
Au Niger, Tebboune révèle que l’envoi de chasseurs algériens répondait à une provocation contre l’Algérie. Il ne nomme pas l’adversaire dans ce passage, mais revient plus loin sur les Émirats dans des termes qui éclairent largement sa première sortie. L’Algérie entend rester fidèle à son discours sur la stabilité du Sahel, mais ne s’interdit plus de montrer les muscles lorsqu’elle estime ses intérêts directement menacés. La diplomatie reste à la table, avec quelques Su-30 garés non loin.
À l’intérieur, Saïd Sayoud a reçu une démonstration plus directe encore. Trois jours après avoir déclaré n’avoir jamais vu une telle cherté en soixante ans, le ministre de l’Intérieur a été repris publiquement par le chef de l’État. Tebboune a cité sa phrase, l’a jugée fausse et inacceptable, puis opposé ses propres exemples de flambées anciennes des prix. Le ministre avait parlé en responsable de premier plan. Le président lui a rappelé que le dernier mot ne lui appartenait pas.
Tebboune décrit une Algérie proche d’un « point de non-retour » dans son développement et capable d’atteindre rapidement 400 milliards de dollars de PIB. Il convoque même le FMI à l’appui de cette perspective. Or le dernier rapport du Fonds est sensiblement plus prudent. Il salue la croissance, mais voit aussi des déficits élevés, une dette qui progresse et des réserves qui reculent. Le désaccord dépasse les chiffres et oppose deux lectures d’un même moment économique.
Jijel pose un problème plus grave. Le président chiffre les indemnisations à près de 1 200 milliards de centimes, revient sur les incendies et leurs causes, mais le nombre de morts reste absent de la communication officielle plus d’un mois après la catastrophe. Les blessés ont été comptés, les dégâts évalués et les compensations annoncées. Le chiffre humain le plus attendu, lui, n’a toujours pas été donné.
Même la peine de mort est replacée dans cette logique de confrontation directe avec l’opinion. Aux partis qui contestent le retour aux exécutions, Tebboune demande d’aller défendre leur position devant les Algériens. Le débat juridique et politique est ainsi ramené à un face-à-face avec un « peuple » dont le pouvoir se fait lui-même l’interprète.
L’entretien montre surtout jusqu’où la présidence concentre désormais la parole publique. Les ministres, les partis ou les institutions peuvent produire leurs propres diagnostics et leurs propres chiffres, mais c’est Tebboune qui les reprend, les corrige ou les écarte lorsqu’ils ne cadrent pas avec la ligne qu’il entend imposer.
Dans un système aussi vertical, le pouvoir ne s’exerce pas seulement par la décision. Il s’exerce aussi sur les mots, les chiffres et les silences. Samedi, Tebboune a montré qu’il entendait garder la main sur les trois.