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Sahara occidental : le Maghreb n’est pas une monnaie d’échange


Véhicules de la MINURSO au Sahara occidental.
Des véhicules de la MINURSO au Sahara occidental. Un projet américain soumis au Conseil de sécurité prévoit de retirer la référence au référendum du nom de la mission, de réduire fortement sa composante militaire et de transformer celle-ci en mission politique en 2027.

Il aura suffi d’une signature à Washington pour que l’on prétende disposer du destin d’un peuple. Le 10 décembre 2020, Donald Trump reconnaissait la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en contrepartie de la normalisation entre Rabat et Israël. Cinquante ans de conflit, des milliers de réfugiés et un processus de décolonisation inachevé étaient sacrifiés à une transaction diplomatique.

Emmanuel Macron s’est inscrit dans cette perspective en juillet 2024. Le Conseil de sécurité lui a donné une première consécration en octobre 2025, avec la résolution 2797 faisant du plan d’autonomie marocain la base des négociations.

Washington entend maintenant aller plus loin. Un projet américain de résolution présenté ce mois-ci prévoit de retirer le mot « référendum » du nom de la MINURSO et d’organiser la réduction de sa présence militaire avant la fin de sa mission de maintien de la paix en avril 2027.

Le texte n’est pas encore adopté. Mais sa logique est limpide. Après avoir empêché pendant trente-cinq ans l’organisation du référendum, on entreprend de supprimer jusqu’à sa référence dans le dispositif des Nations unies.

Les Sahraouis auraient ainsi le droit de négocier, mais plus celui de décider. Leur avenir serait enfermé dans une autonomie sous souveraineté marocaine, arrêtée à Washington et avalisée à Paris.

La Cour internationale de justice avait pourtant établi dès 1975 que les liens historiques invoqués par le Maroc ne constituaient pas une souveraineté territoriale de nature à écarter le droit à l’autodétermination.

Le droit n’a pas changé. C’est le rapport de forces qui a changé.

La force pour briser le fait accompli

Il faut désormais regarder la réalité en face. La voie diplomatique n’a pas échoué par manque de négociations. Elle a été méthodiquement vidée de sa substance par ceux-là mêmes qui prétendaient garantir le règlement du conflit.

Le cessez-le-feu de 1991 devait conduire à un référendum. Il a surtout permis au Maroc de consolider son contrôle sur le territoire. La reprise des hostilités par le Front Polisario en novembre 2020 a marqué la fin de cette attente.

Depuis, les grandes puissances demandent aux Sahraouis de retourner à la table des négociations pour accepter ce qu’ils ont refusé pendant un demi-siècle.

Dans ces conditions, la force devient le seul moyen encore capable de remettre en cause le fait accompli. Non parce que les armes seraient préférables à la politique, mais parce qu’une négociation dont le résultat est fixé d’avance n’en est plus une.

Une occupation consolidée par le temps, protégée par des alliances et légitimée par les puissances occidentales ne disparaîtra pas sous l’effet de protestations diplomatiques.

La résistance sahraouie doit redevenir un élément incontournable du rapport de forces régional. Sans capacité à rendre le statu quo coûteux, le droit à l’autodétermination risque de rester une formule que l’on répète dans les communiqués pendant qu’on l’efface des résolutions.

L’Algérie face à ses responsabilités historiques

Cette entreprise ne concerne pas seulement les Sahraouis. Elle dessine un nouvel ordre stratégique en Afrique du Nord, construit autour du rapprochement entre le Maroc, Israël et les États-Unis, avec l’appui de la France.

On voudrait que l’Algérie accepte cet ordre comme une fatalité et se contente d’en dénoncer les manifestations successives.

Mais l’Algérie n’est pas une puissance secondaire dans son propre environnement. Sa géographie, sa profondeur africaine, ses ressources et ses capacités militaires lui donnent les moyens de peser sur l’équilibre régional.

Encore faut-il les employer.

L’Algérie ne peut plus limiter sa réponse aux protestations diplomatiques. Elle doit construire un rapport de forces, consolider ses alliances et donner une portée stratégique à son soutien au droit du peuple sahraoui.

Cela implique d’assumer pleinement la dimension militaire de cette confrontation et de ne pas exclure le recours à la force parmi les instruments de défense de ses intérêts vitaux.

Une puissance qui renonce par principe à faire peser ses moyens militaires sur le rapport de forces laisse à ses adversaires le soin de fixer les limites de ce qu’ils peuvent lui imposer.

Le Sahara occidental est devenu le terrain sur lequel Washington et ses alliés entendent consacrer une nouvelle hiérarchie régionale. Accepter cette logique reviendrait à reconnaître que les intérêts stratégiques algériens peuvent être redéfinis sans l’Algérie.

Le conflit ne se réglera pas en effaçant le référendum, en rebaptisant la MINURSO ou en sommant les Sahraouis d’accepter une souveraineté qu’ils contestent depuis cinquante ans.

Si la diplomatie internationale n’est plus qu’un instrument de validation du fait accompli, c’est le rapport de forces qui décidera de son avenir.

L’Afrique du Nord n’est ni une annexe du Proche-Orient ni une pièce à déplacer sur l’échiquier de Washington. Et l’Algérie n’a pas traversé son histoire pour accepter que d’autres décident, une fois encore, de l’ordre qui doit régner à ses frontières.

Elle doit en tirer toutes les conséquences. La paix ne se construit pas sur la dépossession d’un peuple. Et aucun équilibre régional durable ne peut se bâtir en demandant à l’Algérie de renoncer à la puissance qui garantit sa souveraineté.