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La Suisse nous sort, le vrai mal reste à la maison

Deux buts encaissés aux pires moments, une possession décorative et un billet de retour depuis Vancouver : l’Algérie quitte le Mondial en seizièmes. On peut bouder les Suisses, pas le diagnostic. Les Verts ont perdu un match, mais le football algérien, lui, perd du temps depuis des années.


La Suisse célèbre l’un de ses deux buts face à l’Algérie, éliminée dès son premier match à élimination directe du Mondial. Photo AP.

Il fallait vraiment que la Suisse choisisse ce soir-là pour se souvenir qu’elle savait gagner un match à élimination directe en Coupe du monde. Elle attendait depuis 1938 : elle pouvait patienter encore un tour. Mais non. À Vancouver, la Suisse n’a pas eu besoin d’en faire beaucoup. Deux accélérations, deux coups de marteau : 2-0, les Verts rentrent à la maison.

Le premier but arrive dès la 10e minute. Manzambi avale son couloir, Embolo termine et l’Algérie commence son seizième avec une dette au tableau d’affichage. Le second tombe à la 46e, juste après la pause, ce moment où l’on espère que le sélectionneur a trouvé les mots et où Ndoye trouve surtout le coin opposé. Encaisser au début de chaque période a condamné l’Algérie à courir après le score. La Suisse n’a pas volé sa qualification, ce qui la rend encore plus agaçante puisqu’elle a simplement été plus efficace.

Les chiffres ne nous offrent même pas une théorie du complot. La Suisse termine avec onze tirs et vingt-huit touches dans la surface algérienne. L’Algérie garde 55 % du ballon, frappe huit fois, mais ne totalise que quinze touches dans la surface adverse. Nous avons davantage possédé le ballon, mais les Suisses ont possédé le match. Ils nous ont laissé la conversation et gardé les arguments.

Une élimination, pas un effondrement

On pourra discuter les changements, la sortie de Mahrez, l’entrée de Hadj Moussa et ces attaques où le porteur levait la tête comme un automobiliste cherchant une place à Alger-Centre. On pourra regretter l’incapacité à transformer une possession correcte en véritable menace pour Kobel. Mais cette élimination n’est pas un effondrement national. L’Algérie a retrouvé la Coupe du monde, franchi la phase de groupes et joué un match à élimination directe pour la deuxième fois de son histoire. On est éliminés. C’est le football, ce sport absurde où il faut parfois reconnaître que l’autre a été meilleur.

Supporter les Verts ne consiste pas à leur lancer des fleurs après les victoires et des pierres après les défaites. Il faut préserver ce qui a été construit, accompagner les jeunes déjà prêts et organiser la succession des cadres. Mahrez et Mandi ayant annoncé leur retraite internationale après la rencontre, cette succession n’est plus une question lointaine. À un an de la CAN, il faudra reconstruire avec les forces disponibles, sans improviser une équipe au dernier moment.

Mais reconstruire la sélection sans soigner le football qui la nourrit reviendrait à ne traiter que les symptômes. Notre championnat produit trop peu de joueurs capables de s’imposer au très haut niveau. Il offre des crises, des entraîneurs limogés et des déclarations enflammées, mais peu de latéraux complets, peu de milieux formés à jouer sous pression et peu d’attaquants prêts pour l’intensité internationale. Alors la sélection regarde vers la France et l’Europe, où d’autres détectent, forment et professionnalisent les talents que nous appelons ensuite au nom du pays.

Former enfin nos propres joueurs

Treize joueurs de la liste algérienne du Mondial 2026 sont nés en France. À lui seul, ce chiffre dit la place prise par le système de formation français dans la construction des Verts. Ce n’est pas un reproche à la diaspora. Elle est algérienne, choisit les Verts et constitue une richesse immense. Le problème commence lorsque cette richesse tient lieu de politique de formation. L’Algérie ne peut pas sous-traiter durablement la fabrication de ses internationaux à Lille, Lyon, Paris ou Marseille.

La Suisse nous a éliminés parce qu’elle a été meilleure pendant quatre-vingt-dix minutes. Voilà la leçon de Vancouver. On peut maudire Embolo, trouver Xhaka insupportablement satisfait et espérer que les Suisses prennent quatre buts au tour suivant : nous sommes de mauvais perdants, pas des moines.

Les Verts reviendront. Nous les supporterons, surtout quand ça fait mal. La CAN se préparera avec les joueurs disponibles. Le reste demandera des années : former les éducateurs, protéger les jeunes, structurer les centres et rendre au championnat sa fonction première, celle de produire enfin des joueurs.