Comme beaucoup d’Algériens, je sors à peine du choc des incendies, et il m’a été difficile d’écrire sur ce qui vient de se passer. Dans mon village, à Seraïdi (wilaya d’Annaba), j’ai vécu la catastrophe au plus près des maisons, tandis qu’à Jijel et dans plusieurs villages du nord-est algérien, des pans entiers du territoire ont été calcinés. Ces incendies s’inscrivent aussi dans un contexte de dérèglement climatique qui dessèche les sols, fragilise les forêts, allonge les saisons de feu et transforme des épisodes autrefois exceptionnels en menaces de plus en plus récurrentes et violentes.[1]
Avec le retour au calme demeurent l’effroi, le sentiment douloureux qu’une partie du drame humain et écologique aurait pu être limitée, mais aussi une immense reconnaissance envers les citoyens, la Protection civile, les services des forêts et tous ceux qui se sont mobilisés.
C’est ce décalage entre ce qui a été vécu et la manière dont la catastrophe a ensuite été racontée qu’il faut interroger. Trois récits, en particulier, peuvent voiler la possibilité même du bilan : la célébration de la solidarité populaire, la désignation d’un complot avant les conclusions de l’enquête et l’explication religieuse de la catastrophe. Ces récits peuvent finir par produire le même effet : nous faire parler d’autre chose que de la question la plus embarrassante : étions-nous réellement préparés ?
Ce texte s’inscrit dans le prolongement de l’essai publié quelques jours plus tôt par Akram Kharief sur la nécessité de bâtir un système national intégré de gestion des crises[2]. Il en prolonge le questionnement du côté de la prévention, des droits des sinistrés, de la responsabilité des institutions et du contrôle de l’action publique.
Une nouvelle réponse risque désormais de refermer le débat d’une autre manière : la promesse de rétablir l’exécution de la peine de mort contre les incendiaires. C’est précisément là que le débat ne doit pas s’arrêter. Identifier une responsabilité pénale éventuelle est nécessaire ; cela ne dit cependant rien du niveau de préparation ni de ce qui aurait pu limiter les conséquences du feu.
C’est à partir de cette question que je voudrais regarder ce que nous venons de vivre : qu’est-ce qui aurait pu mieux fonctionner, et que faudrait-il changer ? Qui contrôle la préparation avant les incendies ? Quels droits s’ouvrent automatiquement aux victimes ? Quelles données doivent devenir publiques ? Quelles institutions peuvent contraindre l’administration à corriger ses défaillances ?
C’est à l’aune de ces questions qu’il faut examiner les mesures rendues publiques. Dans les jours qui ont suivi les incendies, le chef de l’État s’est exprimé et le Premier ministre a réuni, le 31 août, les ministres concernés autour de la réparation, du rétablissement des services et de l’accompagnement des sinistrés. Le ministère de la Solidarité a annoncé, le 2 septembre, 124 cellules de proximité dans la seule wilaya de Jijel, parmi d’autres mesures. Ces mesures sont nécessaires, mais elles ne forment pas encore une doctrine capable de préparer les territoires aux prochains incendies d’éviter de reconstruire les mêmes vulnérabilités.[3]
La peine de mort n’est pas une politique de prévention
Le 30 août, le chef de l’État a ordonné la modification du Code pénal avant le 15 septembre afin de « réinstaurer la peine de mort, avec exécution » contre les personnes impliquées dans des incendies volontaires. La peine capitale demeure en droit algérien, mais aucune exécution n’a eu lieu depuis 1993. La décision mettrait donc fin à trente-trois ans de moratoire de fait.[4]
Une telle reprise constituerait une régression majeure en matière de droits humains. Elle introduirait une peine irréversible dans un contexte d’émotion collective, alors que les enquêtes sont encore inachevées. Elle exige donc un débat parlementaire, juridique et moral : quels actes seraient visés ? Quelles garanties empêcheraient qu’une accusation serve à fabriquer un coupable commode ou à masquer des défaillances publiques ? Comment prévenir l’erreur judiciaire et éviter des incriminations vagues ? Et surtout, cette mesure sera-t-elle réellement efficace ?
Les travaux sur la dissuasion pénale indiquent que la probabilité d’être identifié et arrêté pèse généralement davantage que l’alourdissement d’une peine déjà très sévère. Ils ne permettent pas non plus d’établir que la peine capitale réduit les homicides.[5][6][7] Si l’objectif est de prévenir les incendies volontaires, la priorité devrait être la capacité d’enquête. Combien de départs de feu donnent lieu à une expertise scientifique indépendante ? Dispose-t-on d’enquêteurs suffisamment formés et de procédures fiables de collecte des preuves ?
Une politique crédible devrait donc créer des équipes spécialisées associant police scientifique, gendarmerie, forestiers, Protection civile et magistrats, et publier chaque année les causes établies, le taux d’indétermination et les suites judiciaires. Mieux vaut accroître la probabilité d’identifier d’éventuels auteurs que promettre une peine toujours plus lourde.
De l’étincelle à la catastrophe
La question pénale ne dit pourtant qu’une partie de ce qui s’est passé. C’est, à mes yeux, une distinction essentielle : la cause d’un départ de feu n’est pas celle de sa transformation en catastrophe. Un acte criminel peut expliquer l’étincelle. Il n’explique pas, à lui seul, pourquoi le feu n’a pas été contenu, pourquoi il a atteint les habitations ou pourquoi des habitants n’ont pas pu être mis à l’abri.
Entre l’étincelle et la victime, il y a toute une chaîne de facteurs qui peuvent ralentir le feu ou, au contraire, le laisser devenir incontrôlable. Il y a bien sûr la chaleur, le vent, la sécheresse et l’état de la forêt, autant de facteurs aggravés par le réchauffement climatique. Mais il y a aussi l’entretien du territoire, l’accès des secours, l’eau disponible, la rapidité de l’alerte et, surtout, la capacité à décider et à organiser l’évacuation à temps.
La responsabilité pénale d’un éventuel auteur ne suffit donc pas à épuiser la question des responsabilités. La justice doit établir l’origine de l’incendie, son auteur et son intention; les pouvoirs publics doivent répondre de la prévention, de l’alerte et des secours ; et les victimes doivent obtenir réparation. Établir une responsabilité ne dispense jamais d’examiner les autres.
Des lois existent. Qui répond ?
En relisant les textes de loi après les incendies, on se rend compte que le pays dispose déjà d’un ensemble relativement dense de lois, de plans et d’institutions consacrés aux risques majeurs. La loi 24-04 relative à la prévention des risques majeurs et à la gestion des catastrophes en constitue le cadre principal.
Les obligations sont précises. L’article 10 garantit l’accès aux informations sur les risques ; les articles 11 et 13 prévoient leur diffusion et leur enseignement. Pour les feux de forêt, l’article 35 exige le classement des zones dangereuses, la cartographie des interfaces entre habitat et forêt et l’inventaire des pistes, pare-feu, points d’eau et postes de surveillance. Les articles 65 à 69 organisent cinq niveaux de plans ORSEC — national, inter-wilayas, wilaya, communal et sites sensibles — qui structurent la réponse des pouvoirs publics en cas de catastrophe, tandis que l’article 89 attribue à chaque intervenant des responsabilités précises.[8]
Dès lors, il faut regarder ce qui a réellement été fait : où étaient les cartes prévues par l’article 35 ? Quels points d’eau avaient été testés ? Quelles pistes avaient été déclarées praticables ? Quels plans communaux avaient réellement été mis à l’épreuve ? Quelles populations avaient reçu l’information garantie par l’article 10 ? Rendre des comptes commence là : savoir ce qui devait être fait, par qui, et constater si cela l’a réellement été.
Et ce diagnostic n’est pas nouveau. Le travail conjoint mené de 2021 à 2023 par la Délégation nationale aux risques majeurs, structure publique chargée de la coordination et du suivi de la politique de prévention des risques, et la Banque mondiale avait déjà identifié les priorités : 1) coordination; 2) connaissance du risque; 3) investissements dans la prévention des inondations et des feux; 4) alerte précoce; 5) financement et assurance.[9]
Selon les estimations gouvernementales, les pertes futures liées aux catastrophes pourraient représenter en moyenne 0,7 % du PIB chaque année, presque deux fois la moyenne historique.[10]
À ce stade, l’Algérie n’a probablement pas besoin d’une nouvelle grande loi. Beaucoup de choses existent déjà sur le papier. Le problème est plus prosaïque : savoir qui fait quoi, avec quels moyens, dans quels délais — et pouvoir vérifier ensuite que cela a été fait. La Délégation nationale pourrait être profondément réformée, voire remplacée par une Agence nationale des risques et des crises, compétente pour l’ensemble des risques et dotée d’une véritable capacité de coordination interministérielle. Elle devrait disposer d’un accès obligatoire aux données sectorielles, d’un pouvoir d’évaluation de la capacité d’exiger des corrections. Sans prise sur les ministères, une structure supplémentaire ne ferait qu’ajouter une institution de plus sans résoudre le problème de fond.
Cette question de la responsabilité se pose avec acuité au moment de la crise. La coordination doit alors se traduire par une chaîne de commandement claire. Chaque activation d’un plan ORSEC devrait désigner un directeur unique des opérations, son suppléant et un poste de commandement partageant en temps réel la carte du feu, les routes coupées, les moyens disponibles et les décisions prises. Un inventaire commun permettrait de mobiliser automatiquement les renforts entre wilayas. Il ne s’agit pas de tout centraliser à Alger, mais de garantir à chaque niveau une autorité clairement identifiée et une information partagée.
Des droits pour les sinistrés, pas des faveurs
Après ce que nous venons de vivre, une question s’impose pour les sinistrés : à quoi ont-ils droit, et à partir de quand ? Recensement, hébergement, indemnisation et simplification des démarches sont encore souvent présentés comme les effets d’une instruction présidentielle. Cette intervention peut accélérer ou renforcer la réponse, mais elle ne devrait pas être nécessaire pour activer des obligations administratives prévues. L’impulsion politique peut apporter davantage de moyens, mais elle ne doit pas conditionner l’ouverture des droits des sinistrés.
Loin du populisme de l’urgence et des annonces ponctuelles, cela suppose des critères précis : évacuations, logements inhabitables, interruption des services essentiels et niveau de destruction devraient déclencher de plein droit le recensement, les crédits d’urgence, l’hébergement et les procédures d’indemnisation. Les décisions devraient être prises dans des délais connus, et les refus, motivés et susceptibles de recours. Les victimes doivent disposer de droits automatiques et égaux sur tout le territoire, sans attendre une faveur venue du sommet ou l’attention des médias.
Le Fonds des calamités naturelles et des risques de catastrophes, réorganisé par le décret 26-271 du 1er août 2026, offre un premier test de cette exigence. Le texte impose au wali d’établir un rapport détaillé après la catastrophe et permet d’engager certaines dépenses urgentes sans attendre la déclaration formelle de zone sinistrée. Il autorise également le financement préventif d’études de risques et de réserves stratégiques. Il faut désormais rendre son action vérifiable : rapports transmis, crédits disponibles, montants engagés, délais de paiement et part consacrée à la prévention devraient être publiés.[11]
Reste que la procédure d’aide est lourde : le sinistré dispose de trente jours pour déposer sa demande, puis les commissions communale et de wilaya peuvent disposer chacune de trente jours supplémentaires pour l’examiner. La procédure peut ainsi approcher trois mois, avant même le paiement, davantage encore en cas de recours. Une instruction présidentielle peut accélérer ces délais ou débloquer des moyens; elle ne devrait toutefois pas être nécessaire pour garantir aux sinistrés un accès rapide à des droits. Exiger une demande manuscrite et des justificatifs d’une personne endeuillée, déplacée ou privée de documents risque d’exclure les plus vulnérables.[12]
Il faut donc simplifier l’entrée dans le dispositif. Les commissions devraient enregistrer d’office les ménages déjà recensés, aider à reconstituer les preuves et accepter des déclarations provisoires. Dès l’enregistrement, une avance de première nécessité devrait être versée sans attendre l’expertise définitive, puis déduite de l’indemnisation finale. Les circuits existants de protection sociale pourraient être temporairement mobilisés pour accélérer le paiement. L’urgence consiste aussi à empêcher qu’une famille vende ses derniers biens, abandonne son exploitation ou s’endette avant l’arrivée de l’aide.
La même logique vaut pour l’assurance. La lacune assurantielle relevée par Akram Kharief — l’absence des incendies de forêt dans le régime obligatoire Cat-Nat — doit déboucher sur une réforme précise. L’article 63 de la loi de 2024 fixe l’objectif d’une assurance accessible et d’une indemnisation équitable sans délai ; il faut désormais choisir entre l’intégration des incendies catastrophiques au Cat-Nat et un dispositif spécifique adossé au Fonds public.[13] Pour l’agriculture, l’évaluation doit inclure non seulement le bien détruit, mais aussi les années de revenus perdues avant la reconstitution d’un verger, d’un cheptel ou d’une exploitation.
Compter, enquêter et rendre des comptes
Dans les jours qui suivent une catastrophe, l’incertitude sur le bilan est inévitable. Comme le souligne Akram Kharief, aucun gouvernement ne peut disposer immédiatement de chiffres définitifs. Mais l’incertitude ne doit pas devenir un prétexte à l’opacité. L’État doit dire clairement ce qu’il sait, ce qu’il ignore encore et ce qui reste à vérifier. Un tableau national actualisé pourrait distinguer morts confirmés, disparus, blessés, personnes évacuées ou déplacées, logements détruits et communes touchées.
L’UNDRR propose notamment DELTA Resilience, un système destiné à enregistrer les catastrophes et leurs pertes selon une méthode commune. Il n’est pas certain que l’Algérie l’ait adopté ; elle pourrait toutefois s’en inspirer et mettre en place un protocole public de collecte et de validation.[14] Un premier tableau des incendies aurait pu paraître dès le lendemain des premiers feux, puis être actualisé régulièrement à mesure que les dommages, les aides et les données vérifiées étaient recensés.
Mais compter ne suffit pas. Au-delà de l’enquête judiciaire, une commission publique indépendante devrait examiner la préparation, le commandement, les alertes et les évacuations. Son rôle serait précisément d’établir les éventuelles responsabilités institutionnelles, sans les laisser disparaître derrière l’identification d’un incendiaire.
Une telle commission pourrait réunir magistrats, spécialistes des incendies et des catastrophes, chercheurs, élus, associations et personnes ayant vécu la catastrophe. Son indépendance est décisive : elle doit pouvoir accéder aux documents, entendre publiquement les responsables, protéger témoins et lanceurs d’alerte et reconstituer librement les décisions prises. Un rapport rendu avant l’été suivant identifierait les défaillances à corriger, les responsables de ces corrections et les délais impartis ; le gouvernement devrait y répondre publiquement.
Mais une commission indépendante ne suffit pas si le cadre politique lui-même empêche un véritable contrôle. À mon sens, l’Algérie possède un droit abondant, mais cela ne suffit pas à en faire un État de droit effectif. Celui-ci se mesure à la capacité des citoyens d’opposer la loi à l’administration, d’obtenir les documents et de contester une décision devant une autorité indépendante. Lorsque l’exécutif maîtrise l’information et choisit ses évaluateurs, le contrôle est vidé de sa substance : les institutions existent, mais le pouvoir reste juge de sa propre action. L’État de droit protège aussi les responsables publics : des compétences clairement fixées, des décisions datées et des procédures écrites permettent de distinguer la faute, la négligence, le manque de moyens et l’impossibilité d’agir.
Il est illusoire de construire une politique moderne de prévention des catastrophes avec des technologies du XXIe siècle et des libertés affaiblies. La presse doit pouvoir enquêter sur les bilans et les budgets, les chercheurs accéder aux données, les associations documenter les besoins, les agents signaler les défaillances et les sinistrés contester une décision ou saisir la justice. Sans contre-pouvoirs, la prévention devient une affaire d’appareils et de procédures que personne ne peut réellement mettre à l’épreuve. Un pouvoir privé de contradiction se trompe plus longtemps, dissimule plus facilement ses défaillances et les corrige trop tard.
Prenons un exemple concret : l’information. Le droit reconnu par l’article 10 de la loi 24-04 doit devenir opposable. Cartes de risques, plans ORSEC non sensibles, budgets de prévention et bilans de pertes seraient ainsi présumés publics. Les médias pourraient alors les consulter et confronter les autorités à ce qui était prévu et à ce qui a réellement été fait. Tout refus devrait être motivé, fondé uniquement sur des considérations de sécurité ou de vie privée et susceptible d’un recours rapide. Sans accès aux faits, l’administration conserve le monopole du récit sur sa propre action.
Mais le contrôle démocratique ne s’arrête pas à l’information. Gouverner le risque, c’est aussi décider qui sera protégé, où l’on pourra encore construire et quels territoires devront parfois être abandonnés. Imposée d’en haut sans débat ni recours, la prévention peut devenir une nouvelle injustice territoriale, dont le coût retombe sur les villages ruraux et les ménages modestes. Leur participation n’est donc pas un supplément: elle conditionne des décisions justes et applicables.
Rendre les cartes publiques ne suffit toutefois pas : encore faut-il qu’elles produisent des effets sur l’aménagement du territoire.
Prévenir aussi par le territoire
Le dérèglement climatique rend cette prévention territoriale plus urgente encore : il fragilise les milieux, assèche la végétation et favorise des feux plus rapides et plus difficiles à contenir. Dans ce contexte, le zonage prévu par la loi doit produire des effets concrets sur les permis de construire, la localisation des équipements, les normes du bâti, l’entretien des parcelles et les décisions de reconstruction.
La Californie classe légalement les territoires en danger modéré, élevé ou très élevé selon les feux passés, les combustibles, le relief et la météo. L’Algérie doit elle aussi publier son propre zonage : interdiction des constructions nouvelles dans les secteurs les plus dangereux, sauf exception dûment justifiée.[15] Mais l’aléa ne suffit pas : la vulnérabilité compte tout autant. Une localité à route unique, sans refuge, peuplée de personnes âgées ou privée de réseau fiable est plus exposée qu’un secteur disposant de plusieurs sorties. Le zonage doit donc intégrer les possibilités d’évacuation, l’accès des secours, l’eau et la vulnérabilité sociale.
Ailleurs, cette logique se traduit aussi par des obligations d’entretien autour des habitations. La France impose dans certaines zones un débroussaillement d’au moins cinquante mètres autour des constructions ; la Californie prévoit un périmètre de protection pouvant atteindre environ trente mètres. Ces distances ne sont pas universelles : pente, vent, espèces et densité appellent à des normes adaptées aux réalités algériennes.[16]
Le principe peut être adapté en Algérie : interrompre le combustible, éloigner bois et déchets, protéger toitures et aérations, prévoir l’eau et garantir le passage des secours. Son respect doit être contrôlé, accompagné et subventionné pour les ménages modestes. Sinon, la charge sera simplement reportée sur les habitants. Protéger ne signifie pas raser : il s’agit plutôt d’élaguer, de débroussailler et de ménager des coupures dans la végétation qui ralentissent la propagation du feu.
La même logique vaut pour le bâti existant. L’étude annoncée sur l’habitat forestier doit inclure maisons anciennes, extensions informelles, écoles, centres de santé et postes de secours. Dans les secteurs impossibles à sécuriser, l’article 64 de la loi de 2024 fournit une base à l’expropriation, mais tout déplacement doit être transparent, indemnisé et précédé d’un relogement acceptable.[17]
La forêt, elle aussi, doit être entretenue avant le feu. Les moyens aériens sont indispensables, mais interviennent sur un incendie déjà constitué. Une grande partie du travail se joue en amont : pistes, parcelles abandonnées, dépôts sauvages et végétation autour des villages. La lutte contre les dépôts sauvages et l’accumulation de déchets dans les espaces forestiers doit aussi devenir une priorité : au-delà de la pollution qu’ils provoquent, les déchets favorisent les départs de feu et leur propagation.
Cette prévention à long terme suppose aussi une politique continue d’entretien des territoires. Après les feux meurtriers de 2017, le Portugal a relié gestion rurale, prévention, surveillance, intervention et relèvement dans un programme pluriannuel visant l’entretien de 1,2 million d’hectares d’ici 2030. Les montants engagés ne sont pas directement transposable ; ils posent surtout la bonne question : combien l’Algérie dépense-t-elle avant le feu, et combien après ?[18]
Encore faut-il savoir qui entretient quoi. Des contrats pluriannuels pourraient confier l’entretien à des communes, entreprises et coopératives, en rémunérant les travaux effectivement réalisés. Un cadastre clair est indispensable pour identifier propriétaires, limites et obligations. L’enjeu est particulièrement important dans les espaces forestiers et para-forestiers privés : Amar Naït Messaoud rappelle que plus de 90 % des espaces brûlés lors des grands incendies de 2021 dans les montagnes de Tizi Ouzou appartenaient à des particuliers, souvent en indivision ou sans documents fonciers clairement établis. Clarifier ces responsabilités est une condition de la prévention. Redonner une valeur économique à ces espaces — agriculture de montagne, oléiculture, apiculture ou petite hydraulique — peut aussi contribuer à leur entretien. Un territoire qui produit un revenu risque moins d’être abandonné.
Le reboisement doit obéir à la même exigence. L’indicateur pertinent est la surface restaurée et le taux de survie après un, trois et cinq ans, non le nombre de plants annoncés. Selon les sols, plantation, régénération naturelle ou stabilisation contre l’érosion peuvent être privilégiées.
Une alerte n’a de sens que si l’on peut évacuer
Mais prévenir l’exposition ne suffira jamais partout. Lorsque le feu est déjà là, le dernier rempart reste l’alerte et l’évacuation. Une alerte n’est pas seulement un capteur ou un communiqué. Le cadre international « Early Warnings for All » (Des alertes précoces pour tous) repose sur quatre piliers : connaissance du risque, détection, diffusion de l’alerte et préparation à agir.[19] Un système peut détecter correctement et échouer si personne n’a l’autorité d’émettre l’ordre ou si les habitants ignorent sa signification. Dans les zones habitées menacées, l’évacuation doit être la priorité des priorités : une alerte n’a de sens que si elle permet de mettre les habitants à l’abri à temps.
Cette question n’a rien de rhétorique. À Sidi Temmam, à Seraïdi, où j’ai vécu les incendies, je l’ai éprouvée très concrètement : la majorité des habitants avaient déjà quitté leurs maisons par leurs propres moyens avant l’arrivée de la gendarmerie et sans avoir reçu d’ordre officiel d’évacuation. Ailleurs, notamment dans plusieurs villages de Jijel, elle s’est posée avec une acuité particulière : lorsqu’un feu se rapproche des habitations, quelques minutes peuvent séparer une évacuation encore possible d’une situation incontrôlable.
La société algérienne produit déjà des solutions. En réaction aux incendies de 2026, Fouad Bousetouane a lancé 7ARESS | حارس, un outil gratuit combinant données satellitaires, intelligence artificielle et signalements citoyens. Ce type d’outil mérite d’être testé, mais une application volontaire ne remplacera ni une alerte officielle universelle ni l’autorité d’évacuer.[20]
L’État semble également avancer sur ce terrain. Le 1er septembre, le ministre de la Poste et des Télécommunications a demandé d’accélérer la mise en service d’un système d’alerte (Cell Broadcast) directement sur les téléphones mobiles.[21] Il faut désormais savoir quand il fonctionnera et où il sera testé. Sans inscription préalable, le dispositif devrait couvrir les principaux risques. Chaque message devrait indiquer clairement le danger, la zone concernée et ce que les habitants sont censés faire. Sirènes, radios et relais locaux resteraient indispensables en cas de panne ou d’absence de réseau.
Encore faut-il déterminer à l’avance qui peut déclencher l’alerte, dans quelles circonstances et à quel moment. Attendre une validation centrale pendant qu’un feu progresse en quelques minutes peut rendre le message inutile. Il faudrait pouvoir dater précisément la détection, la décision et l’envoi de l’alerte.
Mais la technologie ne dispense pas d’organisation locale. Le programme portugais « Village sûr, population sûre », créé en 2018, a combiné référents locaux, refuges, plans d’évacuation et exercices dans plus de 2 200 villages. [22] L’intérêt de l’exemple est moins le chiffre que la méthode : une population doit savoir où aller avant que le feu n’arrive.
Dans chaque village algérien exposé, les itinéraires, les refuges, les personnes vulnérables et les moyens de les évacuer devraient être identifiés à l’avance. Écoles, hôpitaux et établissements recevant du public gagneraient également à tester régulièrement leurs plans. En zone rurale, le bétail doit aussi être pris en compte : une famille peut refuser de partir si elle pense abandonner son unique moyen de subsistance. Dans les villages les plus exposés, des comités locaux de prévention et de protection pourraient aussi préparer les habitants avant la saison des feux, organiser les premiers gestes et servir de relais avec la Protection civile.
Cette préparation suppose toutefois des moyens locaux. Elle se joue dans des communes souvent privées d’ingénieurs, de cartographes ou de spécialistes de crise. Leur imposer des obligations sans moyens ni assistance revient à déplacer la responsabilité sans leur donner la capacité d’agir. Des équipes régionales mutualisées pourraient appuyer les communes les plus exposées dans la préparation des cartes et des plans. Chaque zone à risque devrait également disposer d’un plan opérationnel de la Protection civile identifiant à l’avance les moyens disponibles, les renforts, les itinéraires d’évacuation et les points de regroupement. Mais ces dispositifs n’ont de valeur que s’ils sont éprouvés avant la catastrophe.
Avant chaque saison à risque, un exercice complet permettrait de tester l’alerte, la décision d’évacuer, les itinéraires, les secours et la coordination entre les équipes déployées. Les résultats devraient être publics : l’alerte est-elle arrivée, dans quels délais, l’évacuation a-t-elle réellement pu être menée, quelles défaillances sont apparues et qu’a-t-on corrigé ? Le même retour d’expérience devrait suivre chaque événement réel.
Les habitants ont évidemment leur place dans cette préparation. La mobilisation citoyenne peut être préparée par des formations aux premiers secours et des protocoles de coordination. Mais les associations ne doivent devenir ni une main-d’œuvre gratuite ni des auxiliaires silencieux de l’administration. Coopérer pendant l’urgence ne doit pas les priver de leur indépendance après. La solidarité appartient aux citoyens ; prévention, alerte, évacuation, secours et information relèvent d’obligations publiques.
Financer avant le feu, reconstruire autrement
Après un incendie, tout pousse naturellement à revenir vite à la normale. Mais reconstruire au même endroit, avec les mêmes matériaux et les mêmes accès, peut préparer le désastre suivant. Toute aide devrait tenir compte de la nouvelle carte des risques, des voies d’évacuation, de la capacité des bâtiments à résister aux projections de feu, de l’eau disponible et de la sécurité des réseaux.
Cela suppose aussi de financer la prévention dans la durée. Elle souffre d’une asymétrie politique : avions, convois et indemnisations sont visibles ; l’entretien d’une piste, le renforcement d’une école ou un exercice réussi le sont peu. D’où la nécessité d’un financement pluriannuel garanti, pour que les travaux préventifs ne disparaissent pas avec l’attention publique.
Encore faut-il mesurer la préparation par ses résultats. Plans réellement testés, pistes praticables, points d’eau fonctionnels, alerte arrivée à temps et indemnisations qui ne prennent pas des mois : c’est à partir de ces résultats que l’état réel de préparation peut être jugé. Ces résultats doivent en outre être publiés à l’échelle locale : une moyenne nationale peut masquer une localité sans issue de secours.
Préparer l’Algérie aux crises qui viennent
L’un des enseignements de ces incendies dépasse le seul risque de feu. Derna en fournit un avertissement régional : en septembre 2023, la tempête Daniel et l’effondrement de deux barrages ont emporté des quartiers entiers, sur fond d’infrastructures vieillissantes, de gestion défaillante et d’alerte insuffisante.[23]
Le risque sismique conduit au même constat. Aucun gouvernement ne peut empêcher une faille de bouger ; il peut en revanche contrôler le bâti, renforcer les structures vulnérables et préparer les services essentiels.
Cette exigence vaut aussi pour les infrastructures stratégiques — hôpitaux, écoles, centres de commandement, barrages et installations essentielles. Les articles 61 et 62 de la loi de 2024 prévoient justement des études de vulnérabilité et des plans de confortement pour ces équipements.[24] La question est de savoir lesquels ont déjà été évalués, lesquels doivent être renforcés et dans quels délais.
À ces vulnérabilités s’ajoute le réchauffement climatique. Il n’explique pas chaque départ de feu, mais modifie les conditions dans lesquelles l’étincelle devient incontrôlable. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la température moyenne de surface en Algérie a augmenté de 0,49 °C par décennie entre 2000 et 2023, contre 0,37 °C dans le monde. Dans le Nord, les précipitations pourraient diminuer fortement d’ici la fin du siècle. Le climat n’allume pas nécessairement le feu ; il assèche la végétation, prolonge la saison dangereuse et rend l’adaptation plus urgente.[25]
Cette vigilance concerne aussi les prochains mois. El Niño pourrait renforcer certains phénomènes extrêmes jusqu’en février 2027, même si ses effets précis en Algérie restent incertains. Cela renforce l’intérêt d’une appréciation quotidienne du niveau de danger, afin de prépositionner les moyens et de placer les services essentiels en état de vigilance lorsque le risque augmente.[26]
Le risque doit aussi entrer dans les décisions d’investissement. Tout projet nouveau ou toute rénovation majeure d’un équipement essentiel devrait être précédé d’une évaluation publique tenant compte de l’évolution probable des risques, notamment climatiques. Si elle révèle une vulnérabilité excessive, le projet devrait être revu ou les protections retenues publiquement justifiées. Cette logique rejoint le constat d’Amar Naït Messaoud sur le SNAT : les risques restent insuffisamment pris en compte dans les choix de terrain, les études de projets et les budgets locaux.
D’ici 2027, ces principes pourraient se traduire par des résultats vérifiables. Chaque commune exposée pourrait faire l’objet d’une évaluation publique de sa préparation — satisfaisante, incomplète ou critique — fondée sur sa capacité réelle à prévenir, alerter et évacuer. Lorsqu’elle reste incomplète ou critique, un plan correctif préciserait qui agit, avec quels moyens et dans quel délai. À l’échelle des wilayas, tester les plans ORSEC avec la Protection civile, les services forestiers, les communes, les opérateurs de réseaux, les associations et les habitants permettrait d’identifier les failles avant la catastrophe. Les défaillances constatées appelleraient alors des corrections, des moyens dédiés et un calendrier public.
Prévenir ne signifie pas promettre qu’aucun feu ne se déclarera. Cela signifie empêcher, autant que possible, qu’un aléa ne se transforme en catastrophe. C’est sans doute la tâche la moins spectaculaire de l’État, mais aussi l’une des plus décisives : lorsque les premières fumées apparaîtront, elles devront trouver face à elles un dispositif prêt à agir, et non mettre une nouvelle fois ses failles à nu.
[1] Agence internationale de l’énergie (AIE), « National Climate Resilience Assessment for Algeria », Paris, 2025, https://www.iea.org/reports/national-climate-resilience-assessment-for-algeria.
[2] Akram Kharief, « De la Protection civile à un système national intégré de gestion des crises : comment l’Algérie peut-elle transformer une nécessité climatique en force stratégique ? » [en arabe], MENADEFENSE ANALYSES, 27 août 2026 ; repris par Assafir al-Arabi, 31 août 2026.
[3] Algérie Presse Service (APS), « Mobilisation de 124 cellules de proximité de solidarité pour accompagner les familles sinistrées à Jijel », 2 septembre 2026, https://www.aps.dz/fr/algerie/societe/mtkh6jbv-mobilisation-de-124-cellules-de-proximite-de-solidarite-pour-accompagner-les-familles-sinistrees-a-jijel; Algérie Presse Service (APS), « M. Ghrieb préside une réunion consacrée au suivi de la mise en œuvre du plan d’urgence destiné à réparer les dégâts des incendies », 31 août 2026, https://www.aps.dz/fr/algerie/actualite-nationale/mthjbr2f-m-ghrieb-preside-une-reunion-consacree-au-suivi-de-la-mise-en-%C5%93uvre-du-plan-d-urgence-destine-a-reparer-les-degats-des-incendies.
[4] Algérie Presse Service (APS), « Le président de la République ordonne la modification du Code pénal pour réinstaurer la peine de mort avec exécution contre les individus impliqués », 30 août 2026, https://www.aps.dz/fr/presidence-news/mtgakmk8-le-president-de-la-republique-ordonne-la-modification-du-code-penal-pour-reinstaurer-la-peine-de-mort-avec-execution-contre-les-individus-impliques; Amnesty International, « Algeria: Activists & poet could face death sentence », 16 avril 2026, Index MDE 28/0899/2026, https://www.amnesty.org/en/wp-content/uploads/2026/04/MDE2808992026ENGLISH.pdf.
[5] National Research Council, Deterrence and the Death Penalty, Washington, DC, National Academies Press, 2012, https://doi.org/10.17226/13363; Daniel S. Nagin, « Deterrence in the Twenty-First Century », Crime and Justice, vol. 42, 2013, p. 199-263, https://doi.org/10.1086/670398
[8] Algérie, loi n° 24-04 du 26 février 2024 portant les règles de prévention, d’intervention et de réduction des risques de catastrophes dans le cadre du développement durable, Journal officiel de la République algérienne démocratique et populaire, n° 16, 6 mars 2024, notamment art. 10, 11, 13, 35, 65-69 et 89, https://www.joradp.dz/FTP/jo-francais/2024/F2024016.pdf.
[9] Banque mondiale, « Tirer les leçons du passé pour renforcer la résilience aux catastrophes et au climat en Algérie », 24 avril 2024, https://blogs.worldbank.org/fr/arabvoices/learning-from-past-shocks-to-scale-up-disaster-and-climate-resilience-in-algeria.
[10] Banque mondiale, « New Study Suggests Ways to Boost Algeria’s Disaster Resilience », 12 décembre 2023, https://www.worldbank.org/en/news/press-release/2023/12/12/new-study-suggests-ways-to-boost-algeria-s-disaster-resilience.
[11] Algérie, décret exécutif n° 26-271 du 1er août 2026 relatif au Fonds des calamités naturelles et des risques de catastrophes, Journal officiel, n° 57, 5 août 2026, art. 3-5, https://www.joradp.dz/FTP/jo-francais/2026/F2026057.pdf.
[12] Ibid.,
[13] Algérie, loi n° 24-04 du 26 février 2024, art. 63, Journal officiel, n° 16, 6 mars 2024, https://www.joradp.dz/FTP/jo-francais/2024/F2024016.pdf; Conseil national des assurances, « Assurance contre les effets des catastrophes naturelles (Cat-Nat) », 4 septembre 2026, https://cna.dz/faq/assurance-contre-les-effets-des-catastrophes-naturelles-cat-nat/.
[14] Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNDRR), « DELTA Resilience: Disaster Losses and Damages Tracking System », https://www.undrr.org/building-risk-knowledge/disaster-losses-and-damages-tracking-system-delta-resilience.
[15] California Office of the State Fire Marshal (CAL FIRE), « Fire Hazard Severity Zones », https://osfm.fire.ca.gov/what-we-do/community-wildfire-preparedness-and-mitigation/fire-hazard-severity-zones.
[16] CAL FIRE, « Defensible Space », https://www.fire.ca.gov/dspace/; France, Code forestier, art. L. 134-6, version en vigueur au 26 juillet 2026, Légifrance, https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000047810678/2026-07-26.
[17] Algérie, loi n° 24-04 du 26 février 2024, art. 64, Journal officiel, n° 16, 6 mars 2024, https://www.joradp.dz/FTP/jo-francais/2024/F2024016.pdf.
[18] Agência para a Gestão Integrada de Fogos Rurais (AGIF), « Programa Nacional de Ação », 2021, https://www.agif.pt/pt/programa-nacional-de-acao.
[19] Organisation météorologique mondiale (OMM), « Early warning system », https://wmo.int/fr/node/21170.
[20] 7ARESS | حارس, « De l’espace au terrain », plateforme développée par Fouad Bousetouane, https://7aress.com/fr.
[21] La Sentinelle, « Catastrophes naturelles : le déploiement du système d’alerte par Cell Broadcast accéléré», 2 septembre 2026, https://lasentinelle.dz/index.php/2026/09/02/catastrophes-naturelles-le-deploiement-du-systeme-dalerte-par-cell-broadcast-accelere/.
[22] Lusa, « Mais de 2.200 povoações aderiram ao programa “Aldeia Segura” », RTP, 29 janvier 2024, https://www.rtp.pt/noticias/pais/mais-de-2200-povoacoes-aderiram-ao-programa-aldeia-segura_n1546672.
[23] Human Rights Watch, « Libya: Derna Flood Response Costs Lives », 6 décembre 2023, https://www.hrw.org/news/2023/12/06/libya-derna-flood-response-costs-lives.
[24] Algérie, loi n° 24-04 du 26 février 2024, art. 61-62, Journal officiel, n° 16, 6 mars 2024, https://www.joradp.dz/FTP/jo-francais/2024/F2024016.pdf.
[25] Agence internationale de l’énergie (AIE), « National Climate Resilience Assessment for Algeria », Paris, 2025, https://www.iea.org/reports/national-climate-resilience-assessment-for-algeria.
[26] Organisation météorologique mondiale (OMM), « Info-Niño/Niña (Août 2026) », 3 septembre 2026, https://wmo.int/fr/resources/publication-series/el-ninola-nina-updates/aout-2026.