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Les journalistes du président


Abdelmadjid Tebboune lors de l’une de ses entrevues périodiques avec les représentants de la presse nationale. Depuis 2020, le format a installé ses habitudes et ses visages récurrents.

Depuis 2020, Abdelmadjid Tebboune reçoit périodiquement des représentants des médias algériens. Près de trente rencontres ont été organisées, avec leurs habitudes et leurs visages récurrents. Habbet Hannachi, Brahim Takheroubt, Fateh Boumerdjane, Mohamed Baghali, Jalal Bouati, Djamel Laalami ou Abdelwahab Djakoune reviennent assez souvent pour être désormais associés à ces rendez-vous autant qu’aux rédactions qu’ils représentent.

Le format a quelque chose de pratique. Quelques journalistes, un président et suffisamment de temps pour aborder les sujets que ce dernier souhaite mettre sur la table. Les questions sont larges, les relances rares et les objections plus rares encore. Tebboune peut annoncer, démentir, répondre à un adversaire, commenter une polémique ou déplacer le débat vers le terrain de son choix.

Le dispositif porte pourtant le nom d’entretien.

Il en conserve la disposition des fauteuils et l’alternance des prises de parole. Pour le reste, l’exercice ressemble davantage à une longue séquence de communication découpée en questions. Certaines sont taillées pour ouvrir la voie à une déclaration manifestement attendue.

Le retour des mêmes journalistes et une architecture désormais familière émoussent l’effet de conversation. Le spectateur comprend rapidement qu’il ne s’agit pas de découvrir ce que le président dira sous la pression d’une question inattendue, mais d’entendre ce qu’il a décidé de dire ce soir-là.

La dernière émission est venue avec son lot de complaisance. Une fausse information sur le passage d’un navire algérien par Ormuz est entrée par la question d’un journaliste, n’a été corrigée par personne et a reçu la validation du président. Même chose avec les 400 milliards de dollars de PIB, lorsque Tebboune invoque le FMI sans que ses projections réelles lui soient opposées.

La contradiction évitée sur le plateau revient ensuite dans l’espace public. Une affirmation fragile ou un chiffre laissé sans vérification devient alors le sujet de la controverse, mais sans que le président soit encore là pour y répondre.

La présence répétée de certains noms finit aussi par peser sur les journalistes concernés.

Mohamed Baghali travaillait à El Khabar lorsqu’il participa au premier entretien. Il dirigera ensuite la Radio algérienne puis la Télévision publique. Brahim Takheroubt passera de L’Expression à la direction d’El Moudjahid. Samira Belamri, venue d’Echorouk, prendra la tête d’El Massa. Djamel Laalami dirigera Echaâb. Samir Aggoune, passé par Echorouk TV et présent dans les premières années du dispositif, rejoindra la présidence en 2020 comme chargé de mission, avant d’en devenir le porte-parole en 2021. Il quittera cette fonction en septembre 2026.

Ces parcours donnent une saveur particulière aux anciennes émissions. Plusieurs journalistes régulièrement invités à interroger le chef de l’État se retrouvent ensuite à la tête de médias publics. L’un d’eux rejoint même la communication présidentielle.

Ces promotions posent aussi une question de crédibilité journalistique. À force de devenir un visage familier du pouvoir qu’il est censé interroger, un journaliste risque d’être davantage identifié à ces soirées présidentielles qu’à une enquête, une révélation ou une interview qui aurait marqué les esprits.

Le procédé finit par desservir Tebboune. Un format sans surprise, sans véritable accident et presque sans contradiction se regarde rapidement comme une émission dont chacun connaît déjà le déroulé.

Près de trente éditions ont suffi pour fixer les rôles. Les journalistes posent les questions qui permettent à Tebboune d’aborder ses sujets, le président déroule et les relances ne viennent pas troubler la soirée.

Ce cérémonial devait installer un dialogue avec les médias. Il aura surtout créé une petite troupe de journalistes dont les noms resteront attachés à ses années de pouvoir.